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La foi

 

Belief

 

Rev. David E. Butler

Gorham, Maine, USA

 

 

9 mai 2014

Je viens de lire l’article intelligent et bien écrit d’un athée critiquant l’absurdité de la foi en Dieu. On m’a demandé si ses arguments m’effrayaient et j’ai répondu que pas du tout. Je suis plutôt encouragé par la polémique des athées car, le plus souvent, je les approuve. La sorte de foi superficielle et infantile à laquelle ils attaquent en général doit, en effet, être dénoncée et c’est d’ailleurs ce que je fais dans mes prédications à l’église dimanche après dimanche. Les athées ne savent pas s’attaquer vraiment au cœur vivant de la foi. Ils s’imaginent généralement que la foi en Dieu se compose d’affirmations concernant des faits historiques ou des vérités concernant l’univers dont ils pourraient critiquer et démontrer l’inanité. Mais la foi n’est pas faite d’affirmations intellectuelles sur le monde.

En ce qui me concerne, je ne crois certainement pas en une sorte de super être demeurant au ciel et contrôlant ce qui se passe sur la terre. Je ne crois pas en un vieillard à barbe blanche aux super pouvoirs. Je ne crois pas en une naissance virginale, en une marche sur l’eau, en un mort sortant vivant de sa tombe ou en quelqu’un venant dans le monde sur les nuées du ciel. Je suis pourtant chrétien.

Les athées commettent les même erreurs que les fondamentalistes. Ils paraissent incapables de comprendre la nature métaphorique des mythes et la manière dont les écritures peuvent transmettre un sens profond bien différent d’une série de faits historiques.

C’est comme s’il reprochaient aux poètes d’être de mauvais scientifiques et aux tragédies de Shakespeare leurs écarts avec la réalité historique. Ils se moquent de la manière dont on parle de Dieu aux enfants du catéchisme mais ils se gardent de débattre avec les théologiens plus profonds.

Mais surtout l’athéisme ne semble pas comprendre que la vie religieuse n’est pas faite d’affirmations intellectuelles. Autrefois, le mot anglais « croyance » était synonyme de « foi ». Il vient de l’allemand « croire » qui signifiait initialement « donner son cœur ». Le sens que l’on donne aujourd’hui au mot « croyance » est bien différent. La « foi » est ce pourquoi on vit, avec quoi on vit, en quoi on est impliqué, ce que l’on valorise fondamentalement, ce à quoi on donne son cœur.

Pris en ce sens, il n’y a pas d’athéisme car tout le monde voue sa vie à quelque chose, à ce qui semble plus important que tout. En ce sens, tout le monde a un Dieu, même si on ne le nomme pas ainsi. Tillich parle de « préoccupation ultime, fondamentale ». Nous avons tous quelque chose qui nous concerne fondamentalement, c’est là notre foi, que ce soit la famille, l’argent, le succès, la puissance, une TV à écran plat ou quelque chose d’autre que nous appelons Dieu.

La foi ressemble plus à être amoureux qu’à admettre des arguments logiques. Quand on est vraiment amoureux, quand on « donne son cœur » à quelqu’un, on n’est pas dans une attitude logique et de bon sens. Même si on nous dit que celui ou celle qu’on aime n’est pas fait pour nous pour telle ou telle raison, on ne l’écoute pas : l’amour ne passe pas par la raison mais par le cœur.

 

L’athéisme n’élimine pas non plus le cœur. Il implique le courage d’avoir la force d’affronter la vie avec ses propres forces et de prendre conscience que la mort débouche sur le néant. Friedrich Nietzsche écrivait à sa sœur : « crois si tu veux la sécurité mais si tu veux la vérité, cherche ». Où qu’elle conduise, qu’elle donne du monde une image dure ou froide, la poursuite courageuse de la vérité a sa valeur en elle-même. Un tel athéisme est un idéal noble qui n’est pas éloigné d’une attitude de foi, de la recherche d’une valeur ultime, fondamentale à l’opposé de l’inconsistance facile des idées reçues. Nietzsche se voit même comme l’archétype du « surhomme » exaltant la puissance et la noblesse de l’humanité que la religion infantilise au contraire en ne la retrouvant que dans le ciel. Il y a une véritable grandeur dans la recherche athée de la vérité qui correspond tout à fait à la dignité de la religion.

La grandeur de la religion ne ressemble pas à celle d’un surhomme. Elle est plutôt dans la découverte d’une réalité, présente au cœur de la vie humaine, plus grande qu’elle. L'attitude de foi n’est pas de s’en tenir avec noblesse à la seule force que l’on puise en soi-même mais au contraire de croire à une communion intérieure : en définissant Dieu comme le « fondement de l’être », Tillich ne voit pas Dieu comme une entité autonome mais comme la plénitude de tout ce qui existe. En disant que « Dieu est amour », le Nouveau Testament affirme que Dieu n’est donc pas un être dont on puisse supputer l’existence mais qu’il est la communion qui nous unit à nous-même et aux autres. L’humanité n’est donc pas une simple assemblée d’êtres individuels. L’univers entier n’est donc pas composé de mondes séparés tournoyant sans connexion les uns avec les autres dans le vide sidéral. Une unité fondamentale existe qui donne son sens à l’ensemble.

Dire que « Dieu est amour » est une métaphore comparable à la loi physique de la gravité.

Nous sommes, certes, des individus distincts avec chacun son idiosyncrasie, son passé, son milieu, son histoire et sa psychologie. Il nous est évidemment facile de suivre chacun sa propre orbite et de nous laisser éloigner les uns des autres par l’irrésistible force centrifuge. Mais il y a la force de gravité. Les scientifiques l’appellent « la force faible » car, comparée aux autres, elle paraît peu importante. Elle est pourtant constante, omniprésente, incessante, immuable et tend sans cesse à rapprocher tous les être les uns des autres.

C’est ainsi que Dieu agit en nous et parmi nous, nous rapprochant les uns des autres incognito et mystérieusement mais inévitablement. Tant de choses interviennent parmi nous et nous divisent mais au cœur de chacun de nous il y a cette force centripète qui nous pousse à l’unité et suscite en nous sympathie, compassion, empathie, fraternité et besoin d’amour.

Lorsqu’on est croyant on nomme cette force de communion « Dieu ». Nous sommes ceux qui sont tombés amoureux de ce que nous appelons la création, qui sont convaincus de l’unité de tous les êtres et qui veulent vivre de cette foi.

Peu importe la manière dont nous rendons compte de manière abstraite de cette histoire d’amour, que nous appelions cette force d’unité « Dieu » ou autrement. Nous attachons notre cœur à une manière de comprendre le monde comme un grand réseau de relations. Nous ne Nous ne nous en tenons pas avec noblesse à la seule force que l’on puise en soi-même dans la recherche de la vérité : nous recherchons la communion avec les autres car nous croyons que c’est dans un tel amour mutuel que nous touchons au fondement de notre être. Nous sommes une partie de la grande réalité universelle qui est éternelle et nous participons ainsi à son éternité.

 

Traduction Gilles Castelnau


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