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Le reniement d’un père

 


Michel Leconte

 

 

22 mars 2014

Luc 15, 11-24
11 Il dit encore : Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père :
- Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir.
Et le père leur partagea son bien.
13 Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche.
14 Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.
15 Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya dans ses champs garder les cochons.
16 Il aurait bien voulu se rassasier des carouges que mangeaient les cochons, mais personne ne lui en donnait.
17 Etant rentré en lui-même, il se dit :
- Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
18 Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai :
- Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi,
19 je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes serviteurs.
20 Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et l’embrassa.
21 Le fils lui dit :
- Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils.
22 Mais le père dit à ses serviteurs :
- Apportez vite la plus belle robe, et mettez-la lui ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds.
23 Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ;
24 car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.

 

Le reniement

Le cadet se sentait-il mal aimé pour faire une demande aussi violente à son père (12) ? Sa demande de la part des biens qui doivent lui revenir plus tard, à la mort de son père, cacherait-elle une demande d'amour ? Ou bien est-ce une façon de le faire mourir avant l’heure, de le tuer symboliquement ? En tous cas, loin de son père, se sentant libéré, peut-être d’une emprise imaginaire, il peut maintenant accéder à une jouissance éperdue (13). Le père imaginaire est bel et bien oublié, maintenant, il s’imagine libre, sans loi aucune, il peut « jouir sans limites » comme on le disait en 1968. Mais, peu à peu, sa conduite qui brûle la chandelle par les deux bouts va l’amener à sa perte. C’est la puissance du père, puissance qu’il fantasme illimitée qu’il dépense ainsi. Mais bientôt il n'a plus rien quand une famine vient à survenir, il est misérablement condamné à garder des animaux impurs et n’est même pas autorisé à manger leur nourriture ! Sa déchéance sociale et religieuse est complète : il correspond à ce stade au type même du « pécheur » dont scribes et pharisiens se détournent avec répulsion (Luc 15, 2). Il est vraiment réduit à une condition infrahumaine, un déchet.

Le retour

C'est alors que le jeune homme, n’en pouvant plus, se reconnaît dans la détresse : plutôt devenir simple ouvrier de son père que mourir de faim (17) : ce n’est ni l’amour, ni le remord qui le motive de revenir à la maison paternelle, c’est un besoin primaire : la faim. La conversion peut ainsi prendre parfois des chemins déroutants : son besoin va lui permettre de découvrir grâce à un père prodigieusement aimant son humanité authentique et son vrai désir. Chemin faisant, il prend alors conscience de l'échec de la relation, de la blessure qu'il a infligée à son père, mais aussi de son sentiment d’indignité, de sa culpabilité. On dirait que son manque, sa pauvreté matérielle lui a permis de percevoir sa pauvreté intérieure : mais quelle souffrance cela suppose pour en arriver là !

Le fils coupable

Toutefois, le chemin vers la véritable relation à son père est semé d’embuches. Son sentiment de culpabilité, sa honte probablement, engendre chez lui un certain masochisme ; il éprouve en effet le besoin de se rabaisser en projetant de demander à son père de le traiter comme un simple ouvrier voire peut-être un esclave, il ne se sent plus digne d’être son fils (18-19). La culpabilité engendre toujours la dévalorisation de soi, et, s'anéantir devant l'autre, s’humilier, se déclarer coupable est un moyen archaïque de se faire reconnaître comme sujet, c'est à dire, d'exister, d’être reconnu. Plutôt être reconnu coupable que ne pas exister, plutôt avoir un juge - éventuellement miséricordieux - qu’être sans relation, car cela instaure un lien indestructible : à coupable il faut un juge, et à un juge un coupable, pour l’éternité.

Le père aimant

Le père, cependant, ne rentre pas dans ses pensées morbides, il n’est pas le juge sévère imaginé. Il se jette au cou de son fils, le couvrant de baisers, lui coupant même la parole, lui interdisant ainsi de se déclarer coupable et d’aller jusqu’au bout de son humiliation (20-21). La communion des retrouvailles se doit aussi sans doute de rester silencieuse tant la joie du père est immense : ils s’étreignent longuement. Ce père aime véritablement son enfant, quoi qu'il ait pu faire. Maintenant, puisqu'il est revenu, il faut faire la fête et tuer le veau gras (22.23) ! Le jeune homme est accueilli en retrouvant sa dignité de fils qu'il n'avait pourtant jamais perdue, sauf, le croyait-il à tort, à ses propres yeux. La plus belle robe, l’anneau au doigt, les sandales aux pieds sont les signes éclatants de sa dignité de fils restaurée.

Le Dieu inattendu

Oui, ce père représente symboliquement la conduite de Dieu : c'est Dieu lui-même qui accepte d’être rejeté, c’est lui qui court vers nous et se jette à nos cous, c'est lui-même qui rétablit la relation que l’on croit brisée et défait le lien morbide de la faute et du péché dans lesquels nous nous enfermons. Il n'est nul besoin de nous accuser ni de faire pénitence pour retrouver son amour. Le Dieu de Jésus-Christ n'est pas une récompense à la vertu ou pour le pécheur repenti. C'est au contraire de retrouver un homme perdu qui semble être une joie et une récompense pour Dieu, si l'on en croit cette parabole et bien d'autres. Jésus, cet homme-là ne faisait-il pas, à l’inverse des Pharisiens et des scribes, bon accueil aux pécheurs, partageant le repas avec eux (15, 2). Dieu n’est pas Dieu comme nous voudrions qu’il soit : l’implacable juge omnipotent, interdicteur et gardien de l’ordre immémorial, devant lequel nous devons nous soumettre avec crainte et révérence. Ce Dieu est un tyran pervers, il n’est pas créateur, il ne libère pas, il n’aime pas.

Dieu : fondement et origine de toute tendresse

Regardons l'immense joie de Dieu ; si Dieu nous accepte ainsi, nous ne pouvons que nous accepter avec la même joie. Dieu est plus grand que notre cœur (cf. 1 Jn 3, 20). Dieu nous attend toujours même si nous sommes encore loin de lui (21), c’est lui qui nous cherche et qui descend pour nous trouver, aussi bas que nous soyons car il vient en nous. Dieu veut rejoindre tous les humains afin de les irradier de sa puissance d’amour créatrice, sans exclusion aucune. Il bénit tous les humains afin qu’ils puissent parvenir tous à leur plénitude d’être. Absolument rien ne peut et ne doit plus nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur (cf. Rm 8, 39). Réjouissons-nous (v. 24), car c’est la joie de Dieu de nous donner la Vie ! Il ne veut que cela.

Jésus, dans cette parabole, compare Dieu à un père. Il est difficile pour nous, hommes du XXIe siècles, de croire encore à un être invisible, comme un père au-delà des cieux. Cette parabole aurait-elle fini de nous parler ? Je ne le pense pas, elle nous dit encore avec des mots d’autrefois que Dieu, l’Être-même, le réel ultime du monde, sa dimension de profondeur réside dans un dynamisme créateur d’amour et de tendresse. Son souffle nous délivre de la tristesse, de la honte et de la culpabilité. Désormais, nous pouvons avoir confiance devant la vie car nous sommes précédés par une grâce originelle inamissible, nous pouvons vivre avec la certitude que nul ne peut être exclu ou condamné.

 


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