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Israël-Palestine

 

Invoquer sans cesse la paix autoriserait à ne pas la faire

 

 

Bertrand Vergniol

pasteur de l’Église protestante unie
prochain secrétaire général du service protestant de mission

Envoyé trois mois à Hébron
au titre du programme EAPPI
(Ecumenical Accompaniment Programme in Palestine and Israel),
l'auteur propose son analyse de la situatio


14 mars 2014

« Vous appellerez sans doute ce pays Cisjordanie. Moi je le nomme Judée. C'est notre Terre sainte. Le berceau des juifs. » Bob est responsable de la colonie juive d'Efrat qu'il nous fait visiter. Ses parents ont fui les persécutions nazies aux États-Unis. Lui est arrivé à seize ans en Israël. Il travaille à Jérusalem dans l'administration publique. « Nous nous entendons bien avec les Arabes qui vivent dans les villages alentour. Certains travaillent chez nous. » Efrat est une jolie cité de 9 000 habitants, fondée en l9B3 sur le haut d'une colline au sud de Bethléem. Derrière ses barbelés et la « route de Sécurité » qui l'entoure, la bourgade domine la nationale qui mène à Hébron. La ville est à 30 kilomètres.

À l'entrée, une lourde barrière métallique comme on en voit Partout. Ouverte, sauf en cas de couvre-feu. Des guérites sur le bord de la route, et une immense pancarte rouge : « Cette route mène en zone "A" sous l'Autorité palestinienne. L'entrée est interdite aux citoyens israéliens, dangereuse pour vos vies, et contre la loi israélienne ».

Bienvenue en Cisjordanie ! Pour l'Israélien de la rue, nous sommes dans « les territoires ». Pour I'ONU, nous sommes en territoire palestinien, occupé par l'armée israélienne depuis juin 1967 et l'écrasante victoire de la guerre des Six-Jours.

Depuis bientôt trois générations en Cisjordanie, des enfants passent devant des soldats mitraillette au poing pour aller à l'école. Des terrains agricoles sont occupés pour des raisons de sécurité. Des maisons sont détruites. Les véhicules de l'armée sillonnent les routes, les ferment et les ouvrent au gré des impératifs militaires. « Nous pouvons bloquer les territoires en vingt minutes », affirme un soldat.

Ismaël est né en 1994 à Al Arrub, un camp de réfugiés au nord d'Hébron. Avec des copains, il a écrit des graffitis sur les murs de son camp. Un acte de jeune. Il s'est fait prendre. Cinq mois de prison. Tout jeune homme palestinien est un suspect aux yeux de l'armée israélienne. Malheur à celui qui a oublié sa carte d'identité. Malheur à celui qui emprunte la route interdite. C'est l'interpellation assurée, souvent la fouille au corps, et l'emprisonnement si le tribunal apprend qu'il a été vu jetant des pierres.

Depuis les accords d'Oslo (1993) et la vague d’attentats terroristes (2000-2005), les « restrictions de mouvement » sont le lot des Palestiniens : le Mur sépare terrains et familles, les check point barrent les routes, un permis est indispensable pour passer des territoires occupés en Israël. Yara, petite fille d'Hébron qui vit à 50 kilomètres de la Méditerranée, n'a jamais vu la mer... sinon à la télé. Elle ne peut visiter ses cousines qui vivent à Jérusalem-Est, à une heure de bus d'Hébron. Son père n'a pu avoir le travail convoité, pour lequel il avait été recruté, parce que l'administration militaire ne lui a pas délivré le permis indispensable pour passer le check point.

« Pire que l'occupation, c'est la colonisation qui nous étrangle », précise Hamed, responsable à Hébron de I'UNOCHA (United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs). La colonisation, c'est 500 000 citoyens israéliens qui sont venus habiter en territoires occupés. Au mépris du droit international, des dizaines de villes et de bourgades se sont construites au fil des ans, grâce à des financements d'État, avec les routes réservées et les zones de sécurité dédiées.

Ils se sont installés sur ce tout petit territoire, la surface d'un département français moyen, peuplé par 2,3 millions de Palestiniens. Les colons sont en pays conquis. Conquis au vrai sens du mot. Comme si personne n'habitait là avant eux. Ou plutôt comme s'ils étaient les seuls habitants légitimes, les Palestiniens autochtones étant donc au mieux des squatters dont il faut s’accommoder, au pire des étrangers qu'il faut faire partir.

Nombre de colons vivant en Cisjordanie se considèrent comme les véritables indigènes revenus sur leurs terres pour récupérer leurs biens. Ces hommes, ces femmes, originaires des quatre coins du monde, sont « at home » en Cisjordanie. Ils y ont leur maison, leurs amis. Certains, souvent intégristes, sont extrêmement violents, dangereux. D'autres sont simplement arrogants face aux Palestiniens, l'arrogance de ceux qui sont assurés de leur bon droit. Beaucoup sont là parce que c'est moins cher. Tous ont peur. Car la situation est explosive. L’histoire proche est lourde de violences. Pourtant la cohabitation entre juifs et Arabes n'a pas toujours été conflictuelle. On parle encore à Hébron du temps où les deux communautés vivaient côte à côte sans violence, on parle de la protection apportée par des Arabes aux juifs lors du massacre de 1929.

Aujourd'hui, l'avenir est sombre. Car, dans ce pays essentiellement agricole, c'est la terre qui est au cœur du conflit, la terre pour habiter et pour cultiver. Les Palestiniens voient leurs terrains non seulement occupés, mais colonisés. Au nom du « Grand Israël », une idéologie politico-religieuse qui les repousse hors de ce qui a toujours été - de mémoire d'homme - leur pays.

Le territoire palestinien à l'ouest du Jourdain est dorénavant morcelé. Éclaté entre les zones sous Autorité palestinienne et les implantations israéliennes. Routes réservées, barrières de séparation, colonies sécurisées, zones militaires... la terre de Cisjordanie est maillée. Au point de rendre impossible la constitution d'un État palestinien viable aux côtés de l'État d'Israël, la solution pourtant souvent évoquée par la plupart des pays occidentaux. « Les États-Unis savent, disait Clinton à Arafat en 1999, combien la construction d' implantations et la confiscation de terres ont une influence négative sur la poursuite du processus de paix. » John Kerry ne dit rien d'autre aujourd'hui.

Paix. Le mot est partout, dans toutes les bouches. Salam, disent les Arabes, Shalom, disent les juifs. Comme si l’invoquer autorisait à ne pas la faire. Une sorte de dissuasion à l'envers. Certes, la plupart des Israéliens, qui vivent loin des « territoires », sont lassés de cette guerre qui leur prend leurs fils, pour le service militaire, trois années durant.

Certes, les Palestiniens voudraient se déplacer librement, travailler, commercer, « avoir une vie normale », disait Mohamed.

Mais comment se prépare la paix lorsqu'en Cisjordanie on va à la synagogue une mitraillette en bandoulière ? Comment se prépare la paix avec les Palestiniens lorsque les impératifs de sécurité justifient toujours l'oppression et l'humiliation des gens ? Comment se prépare la paix avec Israël lorsque, à l'école palestinienne, l'histoire du pays est présentée sans faire allusion à l'État hébreu sinon comme à une armée d'occupation qui doit disparaître ?

Il faut pourtant la négocier, cette paix. Car aujourd'hui Israël perd son âme et le peuple palestinien est sacrifié. Palestiniens et Israéliens sont condamnés à vivre ensemble, entre le Jourdain et la Méditerranée. Dans ce pays où, pour les uns comme pour les autres, le ciel s’est rapproché de la terre.

 


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