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Agir pour le bien commun

 

Action for the Common Good

 

Chris Howson

Prêtre anglican d’abord à Bradford, près de Leeds en Angleterre,
puis aumônier d’étudiants à l’Université de Sunderland (Newcastle).

 

Inspiré par la théologie de la Libération Chris Howson nous entraîne dans l’action pour le bien commun
que Jésus appelait le Royaume de Dieu.

 

12 mars 2014

J’ai commencé mon ministère dans la ville de Bradford que je connaissais bien pour y avoir travaillé plusieurs années dans le domaine social. Mon premier souhait était d’impliquer davantage l’Église dans le bien commun alors qu’aux yeux de bien des plus jeunes elle s’y oppose au contraire et soutient plutôt le mal commun. Pourtant je suis convaincu que l’Église anglicane et bien des autres Églises et des autres religions, comme aussi des gens sans religion, œuvrent sans relâche au bien commun. Dans toutes les paroisses anglicanes où j’ai été, on disait : « que pourrait-on faire pour améliorer la vie dans notre secteur ? »

A Bradford on a essayé de collaborer avec les gens qui haïssaient l’Église. Ils sont nombreux et cela nous faisait donc beaucoup de gens avec qui travailler. J’étais vraiment motivé à l’idée d’ouvrir l’Église à ceux qui justement ne l’aimaient pas, la trouvaient homophobe, raciste, institutionnalisée, liée à la hiérarchie car j’étais assez d’accord avec eux. On s’est alors occupé des questions de l’environnement, de la paix, des droits de l’homme.

C’était la période de la guerre en Irak et en Afghanistan et naturellement les jeunes en étaient furieux. Pourtant les Églises s’étaient opposées à la guerre et les fidèles étaient nombreux, en 2003, parmi les deux millions de manifestants pacifistes. Mais l’opposition s’est calmée lorsque la guerre a commencé alors même qu’il était évident qu’elle faisait plus de mal que de bien.

Alors nous avons organisé des activités pacifistes ; nous parlions d’aller manifester devant les bases militaires américaines ou britanniques, de nous laisser arrêter, d’aller partout où notre foi nous conduirait.

Nous avions aussi à Bradford des problèmes particuliers. La recherche du bien commun n’était-il pas de résister à l’extrême droite ? Nous avons établi des contacts avec l’Association antifasciste de Bradford et les groupes qui s’opposaient à l’extrême droite. Tout ceci était un peu dangereux mais nous avons senti qu’il était important pour les Églises de collaborer pour le bien commun avec des gens qui n’appartenaient pas à l’Église et se refusaient habituellement à tout lien avec elle.

Nous nous sommes aussi impliqués dans des relations interreligieuses. La situation de Bradford n’était pas facile car depuis des années les autres Églises pensaient que Dieu attendait d’elles qu’elles convertissent les immigrés musulmans, ce qui, bien entendu, ne marchait pas. Il y avait beaucoup de tension entre les différentes communautés. Nous nous sommes attachés à établir des relations nouvelles et nous avons montré une Église qui n’agressait pas les musulmans, les sikhs et les hindous mais les traitait en amis et en collègues.
L’assistance du dimanche comportait finalement dans notre église autant de participants des différentes religions que de chrétiens et nous en étions très fiers. Nous nous sommes aussi heurtés au pouvoir des entreprises et des multinationales lorsqu’elles étaient tyranniques.

Ce que nous voulions était être une Église ouverte et inclusive. Le diocèse de Bradford était relativement conservateur et n’a pas apprécié l’idée que la théologie de la libération signifie aujourd'hui accepter et soutenir les croyants gay tels qu’ils sont.
Avec beaucoup de regrets j’ai donc finalement quitté Bradford pour Durham.

 

A Durham un des grands moments de l’année était le gala des mineurs. On y respire une incroyable atmosphère d’espérance et de joie au milieu des non-croyants véritablement motivés pour le bien commun. A la fin de la séance l’orchestre conduit tout le monde à la cathédrale. Dans le transept une plaque dit : « vivre comme si chaque lendemain était meilleur qu’aujourd’hui », maxime du christianisme social qui exprime ainsi la recherche du bien commun : collaborer à construire un monde meilleur. Et je peux vraiment dire que, globalement, c’est ce que nous réussissons à faire. Ceux qui se dépriment devant l’humanité n’ont pas raison car les choses vont mieux que par le passé. L’Église n’y est pas pour rien mais, il faut le reconnaître, c’est souvent en dehors de l’Église qu’on a fait le plus.

Je me rappelle avoir vu la tombe de Karl Marx. Il y est écrit : « les philosophes n’ont fait qu’expliquer le monde de différentes manières. Mais ce dont il s’agit est de le changer ». Je pense que l’on peut dire la même chose des théologiens : ils ont souvent expliqué le règne de Dieu mais ce dont il s’agit est de le construire.

Comment changer le monde et édifier le bien commun lorsqu’on se heurte à des puissants qui veulent nous en empêcher ?

Je suis allé au G8 en Irlande. La sécurité y était militaire. De gros canons à eaux étaient en place. La police devait craindre des violences. Mais les opposants n’étaient représentés que par un ou deux prêtres aux cheveux longs. Ce n’était pas grand chose.

J’y était avec la Campagne IF (Nourriture suffisante pour tous et justice fiscale. Note de GC). Cette action me semble fondamentalement importante pour le bien commun. Après tout c’est l’argent de nos impôts qui permet l’instruction, l’aide sociale, l’éclairage des rues et la sécurité. Personne n’est vraiment heureux de voir tout cela se réduire. C’est pourquoi le dernier mercredi des Cendres, je suis sorti de la cathédrale et j’ai fait une grande croix de cendre sur la vitrine du Starbucks. Ce geste a évidemment provoqué des débats dans la paroisse qui n’est guère habituée à des actions concrètes. Mais la presse et la radio en ont parlé et brusquement les jeunes ont compris que l’Église s’intéressait au bien commun.

A Bradford aussi, nous avons fait un coup de ce genre. La ville fermait la moitié des bibliothèques publiques pour cause d’austérité. Et comme la banque Barclays venait de reconnaître qu’elle ne payait presque rien au titre de l’impôt sur les sociétés, nous l’avons envahie en apportant une grande quantité de vieux livres et nous l’avons transformée en bibliothèque publique. Ils ont naturellement appelé la police mais les choses ne se sont pas passées comme ils l’avaient pensé. Ils ignoraient que j’étais très proche de la police car j’avais lancé l’association des « Anges de Bradford » qui ouvrait les vendredis et samedis soirs des toilettes pour les agents et leur offrait des tasses de thé afin de les apprivoiser et de les empêcher d’être trop durs avec les jeunes de la ville. Ce qui fait que lorsqu’ils sont arrivés dans la banque que nous occupions, ils ont déclaré que nous ne faisions aucun mal et les choses en sont restées là.

Ceci est une des manières dont l’Église peut manifester dans une ville l’intérêt qu’elle attache au bien commun.

 

La mission de protestation

L’Église doit rendre visible par des actions publiques sa volonté de construire une société plus honnête et plus juste. Les chrétiens se doivent d’être au cœur de toutes les manifestations d’opposition à la guerre, à la dégradation environnementale, aux injustices économiques. Chaque fois que nous manifestons, nous rendons visible le désir de Dieu d’un monde meilleur. De nouvelles formes d’Églises rendront évidemment plus faciles ce genre d’action.

En voici des exemples :

• Être au cœur des luttes contre le réchauffement climatique et la dégradation écologique.

• Résister à toutes les réductions du budget de l’éducation, de la santé, de la sécurité sociale, services qui sont les piliers d’une société juste.

• Établir des modèles de vie alternatifs promouvant l’égalité, le partage et le soutien mutuel.

• Travailler à la paix et à la réconciliation, s’opposer à tout ce qui suscite conflit et guerre.

• Participer aux actions locales ayant pour but de créer la justice et aux mouvements internationaux contre la pauvreté.

• Prendre les droits de l’homme au sérieux.

 

Le ministère prophétique

• Avoir une forme d’Église participative, organiser le peuple de Dieu dans le dialogue.

• Établir des ponts avec les autres religions dans le respect et la compréhension mutuelle. • Approfondir la compréhension de la volonté inclusive de Dieu afin de lutter contre les inégalités basées sur la race, le genre, les classes sociales, l’orientation sexuelle ou l’invalidité.

• Toujours élever la voix contre les injustices au plan local comme au plan global et collaborer avec ceux qui construisent un monde meilleur.

• Être critique à l’égard de ce qui va mal dans l’Église et reconnaître pourquoi ceux qui sont hors de l’Église pensent et agissent parfois de manière plus juste. Utiliser les outils de la théologie de la libération pour mieux comprendre la Bible et le dessein de Dieu pour le monde.

 

 

Jésus subversif

Redécouvrir le rôle de subversion qui était celui de Jésus défiant l’empire romain au nom de la vérité et de la compassion. En tant que chrétiens, nous croyons que nous connaissons la volonté de Dieu à travers les activités et les enseignements de Jésus. Il était un modèle pour ses disciples et nous devons nous efforcer de comprendre le contexte dans lequel il exerçait son ministère afin d’être nous-mêmes capables de l’enseigner. Ceci implique :

• Lire la Bible avec attention et utilisant des commentaires qui précisent le contexte dans lequel ces textes ont été écrits.

• Prendre conscience des éléments anti-impérialistes présents dans les récits des évangiles.

• Voir dans quelle mesure les critiques sociales faites par Jésus sont encore valables pour notre temps et révèlent les oppressions dont on souffre au 21e siècle.

• Imaginer de nouvelles manières de nous impliquer dans la lutte pour la paix et la justice.

• Résister à la logique du matérialisme, de l’individualisme et du consumérisme.

• Manifester l’amour de Dieu par des actes de compassion conduisant au bien commun

 

 

La construction du bien commun, le Royaume

Au 21e siècle, la théologie de la libération exigera que l’on trouve de nouvelles expressions du Royaume de Dieu. Il faut apprendre à nos Églises à reconnaître l’oppression et à avoir le courage d’intervenir pour construire un monde selon le désir de Dieu. Il faut réfléchir avec intelligence dans un esprit de prière et de méditation qui permet au saint Esprit de nous mettre en mouvement et de nous guider. Nous devons trouver de nouvelles manières de rester fidèles lorsque nous serons débordés par l’immensité de la tâche à accomplir. Construire le règne de Dieu implique :

• Créer des communautés de foi fondées sur le respect et l’inclusion.

• Être à l’écoute de la création, comprendre sa vie et la protéger.

• Remarquer l’injustice lorsqu’elle se produit et collaborer avec tous ceux qui lutte contre elle.

• Établir des relations de solidarité avec tous les marginalisés, au plan local comme au plan international.

• Accueillir les étrangers et développer le sens de l’hospitalité, notamment pour ceux qui en sont privés.

 

Il ne faut pas parler de ces choses de manière purement émotionnelle : édifier une Église juste et mettre tout cela en pratique n’est pas une tâche facile. Dans le passé on a tous été impliqués dans des mouvements radicaux comme le new-age, les actions des années 1960, mais l’Église a globalement échoué dans l’espérance que beaucoup de gens mettaient en elle. Nous devons, me semble-t-il, la revigorer et lui rappeler ses origines.
La théologie de la libération à laquelle je me rattache ne dit rien de nouveau ; elle veut seulement que l’on retrouve ses fondements. Souvenons-nous de la belle citation de Jean Chrysostome qui disait que la meilleure chose est de rechercher le bien commun et de collaborer avec tous ceux, quels qu’ils soient, qui disent : « nous agissons pour que chaque lendemain soit meilleur qu’aujourd’hui ».

 

Traduction Gilles Castelnau


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