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Castration ?

 


Michel Leconte

 

 

1er mars 2014

Marc 9, 42-50
Mais, si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui mît au cou une grosse meule de moulin, et qu'on le jetât dans la mer.
43. Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la ; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie, 44. que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point.
45. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le, mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie, 46. que d'avoir les deux pieds et d'être jeté dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point.
47. Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le, mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu n'ayant qu'un œil, que d'avoir deux yeux et d'être jeté dans la géhenne, où leur ver ne meurt point et où le feu ne s'éteint point.
Car tout homme sera salé de feu.
Le sel est une bonne chose ; mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l'assaisonnerez-vous ?

 

Autant le début et la fin de ce passage sont faciles à comprendre, autant les versets 43 à 47 sont étranges et inquiétants. Le ton y est menaçant. Il y est question de trancher une main, un pied et de s'arracher un œil si ces membres sont pour nous occasion de chute avec, en plus, la menace de la géhenne si on ne le fait pas. Jésus y préconiserait-il la castration ? Ce n'est pas possible. Que veut dire Jésus ?

La chute en question (scandalon) est de faire tomber, de blesser la confiance que met « un petit », quelqu’un qui dans sa vie fait confiance à Jésus, de faire obstacle en lui à l'épanouissement de la vie que Dieu lui propose. Ce sera, par exemple, de le désespérer ou de le culpabiliser parce qu’il n’est pas conforme à ce que la religion attend de lui en matière de comportement sexuel, matrimonial ou autre... Jésus nous dit qu'aucun organe humain, si précieux soit-il, ne mérite d'être conservé si l’on blesse l'autre et empêche son entrée dans le royaume de Dieu. Mieux vaudrait pour celui qui ferait cela, qu'il s'attache une grosse meule au cou et qu'il retourne au chaos primitif (la mer). C'est là une manière toute sémitique de souligner avec vigueur l'importance de l'enjeu existentiel. La mise en garde est massive : à bon entendeur salut ! Dieu ne veut absolument pas ça.

Un véritable contresens serait de comprendre ces avertissements comme des conseils pour lutter contre ce que, souvent, on considère comme étant de l'ordre du mal en nous : la vie sexuelle ou la pulsion d'agressivité. Dans ce cas, nous serions tous manchots, unijambistes, borgnes et castrés !

Par le passé, ce texte a bien été compris ainsi. Le grand Origène ne s'est-il pas castré afin de ne pas succomber à la tentation de la chair ? Cette interprétation témoigne d'une véritable immaturité affective et névrotique. Dieu veut l'homme vivant dans toutes les dimensions de son être et non pas mutilé par la répression de sa vitalité ou son refoulement. Ce contre quoi Jésus s'insurge violemment, c'est qu'on puisse, par des paroles ou des actes pervers, faire tomber un de ces « petits qui croient » (v. 42).

C'est donc la foi, la confiance que Jésus défend avec une telle vigueur. Pourquoi ? Parce que cette confiance est ce qui nous permet d'accéder à la vie en plénitude, de nous libérer, grâce à la force de Dieu en nous, de l'angoisse paralysante et de nos aliénations mortifères car c'est la foi qui nous relie au Dieu de Jésus qui veut l'homme debout, vivant, ressuscité. Dieu ne tolère pas qu'un obstacle soit mis à ce but qu'il poursuit depuis l'origine et ce, même au nom de la morale ou de la transcendance des structures anthropologiques... Cet homme voulu par Dieu depuis la fondation du monde, je le crois, a surgi en Jésus-Christ, l'Être nouveau, premier d'une multitude de frères...

 


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