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Théologie évangélique

 

 

Henri Blocher

 doyen de la Faculté de théologie évangélique de Vaux sur Seine

 

 

- La théologie évangélique se situe dans la continuité de la Réforme et de ses « réveils » successifs. Ces réveils ont été des secousses fantastiques, des incendies de la piété et de la foi qui ont remué des pays entiers depuis le 18e siècle. Ainsi le grand réveil britannique de Wesley qui a fondé l'Église méthodiste. L'Église anglicane était alors endormie et desséchée, manquant de vie, manquant du sens de la vocation que Dieu nous adresse à la sainteté, à l'intimité avec lui.
Wesley en avait fait l'expérience bouleversante, il a prêché cette vocation et la face de l'Angleterre en a été changée.
En France aussi on a connu le grand réveil du 19e siècle parti de Genève et qui a rayonné dans la France entière.
Une effusion de sentiment marquait ces réveils (c'était d'ailleurs l'époque) ; l'accent est mis sur l'expérience personnelle, sur la décision que prend l'individu seul, face-à-face avec Dieu.
Le réveil insiste aussi sur la vérité de la doctrine chrétienne traditionnelle que les Églises historiques n'ont pas toujours su conserver.

- Le libéralisme protestant a tendu à gommer le surnaturel quand il le rencontrait, au fil des récits bibliques, comme dans l'épisode où Jésus marche sur l'eau. Il en était embarrassé. Par l'exercice de la raison critique, ou par une « interprétation » se distançant du texte, il essayait volontiers de dissoudre le miracle.
Au contraire, l'intervention du surnaturel le plus concret, le plus tangible dans notre vie, est d'une grande importance pour la théologie évangélique. C'est en fonction de cette intervention divine que la vie humaine prend son sens chrétien ; les exaucements de prière sont précis : par exemple le besoin d'une somme d'argent comblé d'une manière inattendue : la réponse vient clairement du Seigneur.
On vit ainsi porté par Dieu, enraciné en lui, pris en charge constamment, sauf attiédissement de la foi ou éloignement du Seigneur. Son assistance est ponctuée par diverses « délivrances » manifestes ou cachées, étonnantes ou si discrètes et si bien tissées dans la vie quotidienne que seul les reconnaît celui qui les reçoit.

Tous les croyants ressentent leur dépendance à l'égard de Dieu mais souvent avec un certain flou. Les évangélique n'en restent pas là. Ils aiguisent ce sens. Ils pensent avoir des relations précises avec Dieu. Cela va jusqu'à la prière pour un examen ou pour une guérison, et cela conduit les chrétiens évangéliques à ce genre de témoignage « j'ai prié, j'étais fatigué mais je me suis senti soutenu : Dieu m'a donné une lucidité inattendue ».

- En ce qui concerne les guérisons, les témoignages font état d'exaucements inexplicables. On organise des réunions de prière pour la guérison d'un membre de la communauté ; parfois avec pratique de l'onction d'huile accompagnée de l'imposition des mains telle qu'elle est mentionnée dans le Nouveau Testament Jaques 5,14. Moi-même je l'ai fréquemment pratiquée. Le collège des anciens de l'Église prie solennellement, on verse un peu d'huile et, si Dieu le veut, la guérison est accordée. Si Dieu le veut car la grâce divine demeure libre de procurer ou non la guérison du corps.
A Lourdes aussi on mentionne des guérisons étonnantes, je n'en disconviens pas. Les autorités de l'Église romaine se montrent prudentes et n'enregistrent qu'un nombre très restreint de miracles mais ceux-ci paraissent également extraordinaires. Il ne me semble pas exclu qu'il s'agisse de miracles authentiques, même si à mes yeux, ils n'authentifient pas la doctrine qui leur est associée.

La Bible nous donne deux critères pour reconnaître la vérité d'un ministère prophétique : d'une part les paroles de cet homme se sont-elles accomplies ? D'autre part, y a-t-il conformité avec le corps de révélation antérieurement reçu ? Quant à la mariologie de Lourdes je ne parviens pas à la situer dans la ligne de la Bible.
Marie, la mère de notre Seigneur nous est un modèle admirable dans la foi et par la grâce de Dieu. C'est vierge qu'elle a conçu notre seigneur Jésus-Christ. Mais je ne vois pas dans l'Écriture que des prières lui soient adressées, ni qu'elle joue un rôle de comédiatrice ou corédemptrice.

- Les communautés évangéliques ne sont pas des sectes. Les guérisons, l'atmosphère chaleureuse ne doivent pas égarer le diagnostic ! Leur attachement à la Réforme protestante, leur souci de conserver intact son héritage montrent bien où se trouve leur véritable ascendance et parenté spirituelle.
Les sectes sont généralement organisées de façon stricte avec une discipline et un pouvoir hiérarchique accentué ; elles sont très fermées. Le mouvement évangélique au contraire est ouvert, voire un peu anarchique ; on y rencontre, contrairement aux sectes, une très grande diversité et un dialogue permanent avec la culture ambiante et les autres traditions chrétiennes.

- On nomme parfois les évangéliques « fondamentalistes ». Le terme est ambigu et tous ne veulent pas le porter. Ceux qui l'assument (comme moi) le font dans le sens suivant : nous devons bâtir sur l'unique fondement qui est Jésus-Christ, et Jésus-Christ tel qu'il nous est révélé dans la Bible. D'une certains façon tout le monde dit cela ; mais nous nous interdisons d'y rien ajouter et d'en rien soustraire. Nous ne laisserons pas notre raison critique trier dans la Bible ce qui vaut encore et ce qui est périmé, le message pertinent aujourd'hui et son emballage « mythologique ».
Même le récit d'Adam et Eve dans le jardin d'Eden est bel et bien historique dans son fond. Il relate en usant d'un style figuré des événements arrivés dans notre temps et notre espace.
Le rapport à l'histoire caractérise la Bible tout au long et l'archéologie l'a souvent confirmé : les problèmes qui subsistent non résolus ne sont pas si nombreux et les immenses lacunes dans les données disponibles suffisent à expliquer qu'ils se posent. La fiabilité de la Bible l'élève au-dessus des doutes humains.

La 2e épître de saint Pierre déclare que c'est poussés, portés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu de telle sorte qu'il faut prêter la plus grande attention et la plus grande foi à toute prophétie de l'Écriture, c'est-à-dire à toute portion de l'Écriture globalement prophétique au sens de l'inspiration divine.

Les musulmans disent aussi du Coran qu'il est révélation divine, mais Mahomet est pour eux demeuré entièrement passif. Ils soulignent même son analphabétisme. Ils affirment la préexistence céleste du Coran qui descend sur la terre comme un corps étranger. Dans la perspective évangélique au contraire, Dieu a choisi des hommes pour parler par leur moyen. Il les a remplis de son Esprit et a développé leurs facultés d'intelligence, d'attention, de mémoire, d'imagination. Leur humanité joue un rôle capital; elle n'enlève rien à l'origine divine du processus et à l'autorité divine de la Bible.
Il est capital d'affirmer cette humanité car le christianisme est bien la religion de l'incarnation. De même que Dieu est entré en pleine humanité, en pleine chair humaine dans la personne de Jésus-Christ pour parler à l'humanité de même il n'a pas utilisé les hommes comme de simples haut-parleurs. Il les a, au contraire, liés à une histoire qui s'étend sur deux mille ans, avec leurs personnalités, leurs tempéraments et leurs circonstances. Nous avons dans la Bible une bibliothèque d'une diversité extraordinaire mais sans dommage pour l'autorité de la Parole de Dieu.

- La volonté d'évangélisation, le zèle pour le témoignage est une autre caractéristique du mouvement évangélique. Cela en est au point que parfois le grand public et même les journalistes confondent les deux termes évangélique et évangéliste.
L'« évangélique » est le protestant qui affirme la pleine autorité de la Bible, qui met l'accent sur l'expérience personnelle de la grâce de Dieu. L'« évangéliste » est celui qui s'efforce de répandre cette foi, de conduire d'autres à faire la même expérience. Les deux termes ont des sens liés mais distincts. Tous les « évangéliques » devraient être des « évangélistes » !
Billy Graham est l'un des évangélistes les plus connus de notre siècle. Les évangéliques français l'ont invité et gardent un merveilleux souvenir des soirées de « Mission France » au palais omnisports de Paris Bercy en 1986. Néanmoins, Billy Graham lui-même affirme que les grandes manifestations ne sont pas aussi importantes que l'évangélisation personnelle que chacun peut faire en parlant à son entourage ; mais ces deux formes d'évangélisation sont complémentaires ; elles se renforcent et se fécondent mutuellement. Plus encore que d'action sociale, d'organisation caritative, ce dont nos contemporains ont besoin est du message de salut, de la vie éternelle, de la rencontre de Jésus-Christ. Certes il faut faire tout le possible et l'impossible contre les injustices qui crient vers le ciel et défigurent l'image de Dieu qu'est l'être humain. Mais ce combat indispensable, guidé par la sagesse privilégiée de Dieu et les vocations particulières, n'occupe malgré tout que le second rang des priorités.

- Ce qui donne premièrement son sens à la présence de chrétiens sur la terre c'est de faire connaître la Bonne nouvelle et d'appeler à la foi qui permet d'en bénéficier. En Amérique latine, par exemple, j'encouragerais de toutes me forces la création de coopératives agricoles pour aider les paysan démunis à s'en sortir. Mes frères évangéliques là-bas ne se rendent peut-être pas tous assez compte de l'importance de cette tâche. Elle vient véritablement du Seigneur. Mais je déplorerais l'obscurcissement de la question suprême du point de vue de l'éternité, la question de la destinée dernière de ceux mêmes qui bénéficient du travail social ou qui s'y consacrent !

- Cette destinée dernière n'est pas automatiquement assuré pour tout le monde indistinctement. L'Évangile place chacun devant un choix solennel : vie éternelle ou mort éternelle. Le mot « enfer » n'est pas dans la Bible ; on y parle de « seconde mort » Il nous faut annoncer la menace terrible du châtiment éternel pour celui qui ne se tourne pas vers Dieu. Mais la représentation que l'on en a faite a été caricaturée, déformée, souvent complètement antibiblique.

- Il faut penser également à l'attente « du nouveau ciel et de la nouvelle terre où la justice habitera » comme le disent la 2e épître de Pierre et la fin de l'Apocalypse. Cette espérance, loin d'être désincarnée, est au contraire liée étroitement au devenir de notre terre, à son renouvellement radical. Les évangéliques sont peut-être les seuls à attendre de façon très concrète l'intervention finale de Jésus-Christ dans l'histoire politique et humaine de notre monde ; et je serais très surpris que cette venue finale du Christ dans notre histoire se fasse encore longtemps attendre, étant donné ce que l'on voit autour de nous.
Ainsi le phénomène d'Israël, que l'on peut, certes, interpréter de façons diverses, demeure pourtant quelque chose d'extraordinaire en notre temps. Après quasiment vingt siècles d'absence les Enfants d'Israël reviennent en « terre promise » et cela semble bien correspondre à ce que notre Seigneur Jésus-Christ a annoncé.

- Mon dernier mot : C'est l'Évangile qui donne son sens à toute profession de foi évangélique.

L'Évangile est la bonne Nouvelle de la grâce de Dieu
de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ
que l'on ne peut connaître nulle part ailleurs

 

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