Libres opinions
11 manières de
comprendre le christianisme
Catholicisme
conservateur
Abbé
François Pozzetto
responsable de la fraternité
Saint-Pierre à Lyon
aumônier du pèlerinage de chrétienté
à Chartres
La fraternité
Saint-Pierre est composée en
majeure partie de prêtres ordonnés par
Mgr Lefèbvre qui, au moment du schisme de 1988
(consécration d'évêques par
Mgr Lefèbvre sans la permission du pape) sont
restés unis à Rome. Je travaille donc dans un
catholicisme effectivement « conservateur » tout en étant pleinement uni à
Jean-Paul ll.
On peut dire aussi traditionaliste dans le sens que nous entendons
être fidèles à deux mille ans de Tradition et pas
seulement à vingt ou cinquante ans.
Il faut à notre monde des signes
visibles. Par exemple nous tenons
dans notre Communauté à porter la soutane, habit
distinct, qui soit plus qu'une petite croix que l'on porte sur un
veston. La soutane, certes, n'est pas très ancienne dans
l'Église catholique, mais dans notre monde qui a besoin de
signes, elle représente un de ces signes. Elle permet des
confidences ; elle manifeste également le sacrement de
l'ordre que nous avons reçu. Nous ne sommes pas comme tout le
monde, nous sommes placés à part : nous avons
à conduire le peuple qui nous est confié.
La messe célébrée
dos au peuple est un autre signe. Il
n'est pas obligatoire dans l'Église catholique de se tourner
face au peuple, même dans le rite le plus couramment
pratiqué aujourd'hui. Il vaut d'ailleurs mieux dire « face à
Dieu » car le prêtre
se place face à la croix ou face au tabernacle où est
présent le Christ et il a le peuple chrétien
derrière lui ; il est cet intermédiaire, ce pont
(pontifex en latin) entre le Christ et les fidèles.
Quant au tabernacle, placé comme il l'est dans nos
églises, il a une importance centrale : le Christ y est
véritablement présent au milieu de nous, d'une
présence récile.
Le caractère sacrificiel de la
messe est un point sur lequel nous
insistons plus que d'autres. En assistant à la messe les
fidèles assistent au sacrifice de la croix renouvelé de
façon mystique, mystérieuse mais réelle sur
l'autel.
Présence de la croix pour l'homme
d'aujourd'hui. On a besoin
d'être pardonné de ses péchés,
d'être réconcilié avec Dieu. Par la messe, la
croix est rendue présente, non pas seulement comme un souvenir
mais avec toute sa force de rédemption.
Grande et douloureuse question de la
souffrance. Par des mortifications,
des renoncements, le fidèle peut être lui-même
crucifé avec le Christ, car la croix est au coeur de chaque
fidèle. Chacun porte en lui cette question à travers
les épreuves de la vie, épreuves de la
séparation, de la maladie. Par notre souffrance, dans la
mesure où elle est offerte, nous nous unissons à la
croix du Christ. A la messe on apporte cette souffrance : au
moment de l'offertoire le prêtre met une goutte d'eau dans le
calice, qui est notre participation. Il y a des souffrances qui
entrent dans nos vies sans que nous l'ayons voulu (pensons au cancer,
au sida).
Il y a aussi des mortifications que nous offrons volontairement.
Sainte Thérèse de Lisieux qui souffrait des jambes se
levait la nuit et marchait douloureusement « pour un
rnissionnaire », elle
offrait sa souffrance et s'unissait au Christ souffrant sur la croix.
Il y a là une puissance extraordinaire.
Il est bien regrettable que tant de souffrances supportées
dans les hôpitaux, par exemple, ne servent pas d'une certaine
façon, les malades ignorant même souvent qu'ils
pourraient l'offrir.
Nos rites dits de saint Pie V datent
du 16e siècle. Ils
représentent la réponse de l'Église catholique
à la Réforme protestante pour réaffirmer
certains dogmes niés par le protestantisme. Ainsi le
caractère sacrificiel et les rites de la messe qui doivent
exprimer la foi qui est la nôtre.
1,e latin fait partie de ces
rites. Il est une tradition qui
véhicule deux mille ans de tradition catholique, aussi bien
dans la théologie que dans la liturgie. Bien entendu il s'agit
ici de notre tradition occidentale latine. Au Liban, par exemple, il
est intéressant de constater la grande richesse des divers
rites ; cette diversité a d'ailleurs été
mise à mal par les réformes qui ont suivi le concile
Vatican II. Mais grâce à Jean-Paul II elle
recommence à nouveau à s'épanouir.
La langue traditionnelle pour nous occidentaux est le latin mais
celui-ci n'a pas de prééminence sur l'arabe ou le grec
employés dans d'autres rites. Le rite exprime un
mystère, la liturgie ne doit pas être
banalisée.
La confession, sacrement de
pénitence : Beaucoup de
souffrances, beaucoup de malheurs nous sont confiés dans les
confessions et un grand désir de retour à Dieu, au
Christ, quant au péché, il faut bien en parler.
Certaines catéchèses occultent bien tort le
péché originel comme aussi le péché
personnel. Comment peut-on comprendre le monde tel qu'il est si l'on
gomme le péché originel ?
Le Péché originel est celui
de nos premiers parents,
raconté par le livre de la Genèse : Adam et Eve.
Ce qui compte est bien la réalité de cette faute,
révolte originelle contre Dieu. Ce refus de reconnaître
à Dieu la prééminence à laquelle il a
droit est une attitude aussi ancienne que le monde et très
actuelle. Ce péché d'orgueil héréditaire
a été transmis de génération en
génération et nous en sommes tous marqués.
C'est la grande révolte de Lucifer : « qui est comme
Dieu ? » à
laquelle saint Michel a répondu.
Le Péché originel est effacé par le sacrement de
baptême mais il en reste des racines, le foyer de
péché, la concupiscence, c'est-à-dire les
mauvaises tendances qui se trouvent en nous : I'attirance vers
le monde en ce qu'il a de mauvais, en ce qu'il s'oppose à
Dieu. L'égoïsme, l'orgueil principalement. D'où la
nécessité de la pénitence pour lutter contre cet
orgueil.
Le sacrement de pénitence entretient notre foi et notre
amour.
Quant à l'enfer, il
existe, pour ceux qui disent non
à l'Amour. Pour ceux aussi qui se privent des sacrements en
connaissance de cause. Car ces sacrements sont les touches d'amour du
Christ.
Nous avons relancé le
pèlerinage entre Notre-Dame
de Paris et Notre-Dame de Chartres à la Pentecôte. Le
pèlerinage de Compostelle a été lui aussi
relancé par le pape Jean-Paul II, ainsi que celui de
Czestochowa à la Vierge noire.
La « nouvelle
évangélisation » a été mentionnée par le pape
à Compostelle est importante : au défi du monde
actuel il faut que tous répondent en affirmant la
présence du Christ, l'importance de la foi. Le pape s'adresse
d'ailleurs aussi bien aux protestants qu'aux catholiques et à
tout le monde en tant que Vicaire du Christ. Nous ne devons pas
gaspiller d'énergie dans nos divisions devant la montée
des sectes, du New Age. A Compostelle nous sommes envoyés en
mission : nous y étions un million.
La pensée du Moyen
Age à laquelle nous voulons
revenir n'était pas celle d'une époque primitive. Le
Christ y avait toute sa place : c'est le monde moderne qui prend
la place du Christ. Nous devons rendre sa place au Christ dans les
familles, dans toutes les institutions. Le Christ a quelque chose
à dire pour chaque moment de notre vie.
Les pays protestants doivent être
convertis à l'unité romaine, à la pleine foi. Le contrôle des
naissances, par exemple, ne doit pas y être plus
pratiqué que dans les autres pays : c'est la loi
naturelle qui le dit, elle est universelle et non pas seulement
catholique. Il faut convaincre les coeurs d'une part et aussi d'autre
part obtenir la modification des lois du pays si cela est
nécessaire ; les deux sont nécessaires, car le
pouvoir ne vient pas de l'homme mais de Dieu.
Un œcuménisme où chacun
mette de l'eau dans son vin ne doit
pas être recherché. Le véritable
œcuménisme consiste à voir ce que l'on peut faire
ensemble, mais sans que la vérité soit pas
diminuée. Le Christ est la Voie, la Vérité et la
Vie.
Conserver à la Vierge
Marie la place qui doit être
la sienne, compter sur Elle dans la nouvelle
évangélisation pour répondre au défi du
monde moderne. Dans le monde diffcile où nous vivons il faut
garder confiance, cette espérance ; non pas seulement en
l'homme mais en Dieu qui nous aime, qui est un Père.
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