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11 manières de comprendre le christianisme

 

 

Protestantisme luthérien œcuménique

 

 

Pasteur Marc Chambron

inspecteur ecclésiastique de l'Église Evangélique Luthérienne de France

 

Je suis pasteur de l'Église évangélique luthérienne, qui en France est une minorité au sein de la minorité protestante, puisqu'il y a un petit tiers de luthériens sur l'ensemble des protestants français, surtout en Alsace et dans l'est du pays. Nous sommes en gros 10 000 en région parisienne.
Le synode, c'est-à-dire le rassemblement régulier de pasteurs et de laïcs de notre Église m'a confié la tâche d'inspecteur ecclésiastique. C'est un mot un peu barbare ; cela signifie que dans notre Église, sur un plan régional, j'ai un ministère d'unité et un ministère de vigilance ; et je suis un peu, si l'on veut, le pasteur des pasteurs.
On peut dire que j'accomplis un certain service épiscopal au sein de notre Église, tout en soulignant l'importance, chez nous comme chez les réformés, de la vie synodale, et l'autonomie des paroisses.
A noter d'ailleurs, que dans la tradition luthérienne le synode est composé de deux laïcs pour un pasteur, ce qui n'est pas le cas chez nos frères réformés où c'est moitié moitié.
Ce ministère, je le remplis dans l'Inspection de Paris, qui a des communautés à Paris, en banlieue, ainsi qu'à Lyon, Marseille et Nice. Et cela depuis cinq ans.

Je suis pasteur depuis 1960 ; successivement responsable des mouvements de jeunesse, puis à la radio, à la télévision ; je suis parti trois ans en Afrique, j'ai vécu quinze ans à Genève au Centre œcuménique et me revoici, depuis sept ans en région parisienne.
A Genève, je travaillais pour la Fédération luthérienne mondiale, qui regroupe la plupart des Églises luthériennes et des 60 millions de luthériens dans le monde, surtout en Allemagne, en Scandinavie, aux États-Unis, de plus en plus dans le tiers-monde.

Y a-t-il une grande différence entre luthériens et réformés ? Certainement pas sur l'essentiel car la protestation de la Réforme a été la même autour des quatre thèmes fondamentaux : insistance sur la gratuité du salut que Dieu nous donne, importance de la personne du Christ au centre de notre foi, référence à la Bible comme source et norme de toute vie chrétienne et le fait que l'Église est un peuple de croyants, au sein duquel chacun a un rôle à jouer. Ceci est commun aux réformés et aux luthériens, bien sûr.
Mais les luthériens, à la différence des réformés, ont eu une réforme moins radicale dans la forme, c'est-à-dire que nous avons davantage conservé, en ce qui concerne les structures de l'Église, (puisqu'on a par exemple des évêques dans nombre de pays) la piété, la liturgie, la vie sacramentelle.
Dans ce domaine, il y a eu une rupture moins grande avec l'Église du Moyen Age que ce ne fut le cas dans les Églises réformées qui ont souvent eu à lutter dans des situations minoritaires, et des situations de persécutions contre le catholicisme. Les luthériens se sont implantés plus paisiblement en Allemagne ou en Scandinavie par exemple, sans avoir de controverses aussi dures.
Les luthériens donnent davantage d'importance au visible, au sensible, au rituel, au symbolique, au gestuel et, pour moi, c'est important.

J'ai peur qu'un certain protestantisme (parce que le catholicisme, en tout cas dans l'expression populaire de la piété, avait trop mis l'accent sur le visible, le « chosisme » si l'on veut, presque jusqu'à l'idolâtrie de la statue en pierre) soit allé jusqu'à l'autre extrême en mettant tout dans les méninges.
C'est à la fois corps, âme et esprit, qu'est la personne humaine dont nous parle la Bible, tout cela étroitement lié et uni, c'est donc la totalité de notre être, corps, âme et esprit, qui vit, qui aime, qui travaille et qui aussi prie.
Et je crois que, I'idée même d'un Dieu invisible qui prend le visage du Christ, ce qu'on appelle 1'« incarnation », conduit vers cette même idée qu'il faut sans doute réconcilier le visible et l'invisible, le matériel et le spirituel. Et peut-être que le christianisme est ce qui nous permet de dépasser cette fausse opposition entre le spiritualisme d'un côté et le matérialisme de l'autre. Peut-être que les catholiques ont été trop « matérialistes » dans l'expression de la foi, et peut-être que les protestants ont été trop spiritualistes.

Pour comprendre un rite, un geste, un signe, il faut toujours l'accompagner d'une parole, mais il ne faut pas, à mon sens, séparer la parole et le sens du signe qui l'incarne. Parole et sacrement vont ensemble. Les catholiques ont été très portés sur les sacrements ; nous, très portés sur la Parole. Je crois que réconcilier les deux, c'est arriver à une plus grande plénitude dans la façon de vivre notre foi.
Entre les Églises luthériennes, et au sein de la même Église, les sensibilités peuvent heureusement être assez différentes. Mais c'est vrai que, dans notre Église, à Paris, nous sommes très attachés à un ordre du culte qui soit proche de celui de l'Église universelle.
Cela ne veut pas dire que tout soit rouillé et intangible, mais que, dans un ordre qui est celui que nous donne la sagesse priante des siècles précédents et qui nous met en communion avec des millions d'autres chrétiens, il peut y avoir tout un espace de liberté pour effectivement confesser ses péchés, prier pour le monde tel qu'il est dans des tonalités et dans des mots qui soient d'aujourd'hui et qui soient de dimanche en dimanche différents.
Mais l'ordre donné, c'est vrai, nous le respectons parce qu'il nous met en communion avec l'Église de tous les temps et de tous les pays. La tradition est toujours une transmission vivante, et non pas purement répétitive. Je ne suis pas du tout pour l'archéologie, je ne suis pas du tout pour que l'on répète indéfiniment la même chose. Je crois que chaque génération, chaque communauté, chaque personne a sa spécificité, son caractère propre, sa culture, sa modernité : mais c'est vrai que quand on s'insère dans le grand courant de la tradition liturgique, on se sent moins seul !

Quant à mon engagement œcuménique, il a commencé il y a trente-trois ans, lorsque j'étais étudiant à l'Institut œcuménique de Bossey. Plus tard, j'ai eu le bonheur de travailler à Genève, au service de la Fédération luthérienne Mondiale, au Centre œcuménique, c'est-à-dire au siège de cet organisme qui regroupe officiellement, formellement, I'immense majorité des Églises chrétiennes non catholiques dans le monde, et est en étroit rapport avec Rome depuis ces vingt ou vingt-cinq dernières années. C'est vrai que l'œcuménisme est l'une de mes passions parce que je souffre de la division des chrétiens, parce que je crois que l'Église n'a pas été créée par son fondateur pour être divisée, pas non plus pour être uniforme.
Dans le Nouveau Testament, on voit que dès le départ il y avait, de grandes différences entre les communautés naissantes autour du bassin méditerranéen ; entre Corinthe, Rome et Jérusalem, chacun avait sa tradition, ses habitudes, ses différences, ses origines etc. Mais, et c'est cela qui me semble important, ils étaient en totale communion les uns avec les autres, différents mais unis sur I'essentiel. On allait d'une communauté à l'autre, on était reçu comme frère et sœur.
On reconnaissait que les autres prêchaient fidèlement l'Évangile, que leur baptême et leur communion étaient valables, que le ministres, c'est-à-dire ceux qui étaient en charge d'un service étaient correctement installés et reconnus dans leurs fonctions. Il n'y avait pas ces affrontements qu'il y eut ensuite quand ce corps du Christ qu'est l'Église a commencé à se déchirer entre l'Orient et l'Occident.

Et ensuite, ce fut la Réforme. Alors, pour moi, si la Réforme avait réussi, le protestantisme n'existerait pas. Parce que le premier appel à la Réforme, I'intuition de Luther et des autres, c'était de dire, au sortir du Moyen Age : il est grand temps de dépoussiérer les choses, il faut revenir vers l'essentiel qui était, comme je le disais tout à l'heure, le salut par la grâce, la personne du Christ, le rôle de la Bible, I'Église comprise comme une communauté de tous les baptisés...
Et Luther a appelé à une réforme, à l'écoute de l'Évangile et sous l'inspiration de l'Esprit saint ; malheureusement il s'est heurté aux papes de la Renaissance, préoccupés d'autre chose que de conduire fidèlement l'Église. On peut imaginer un Jean XXIII en face d'un Luther ; peut-être que les choses se seraient passées autrement. En tout cas, à vues humaines, si l'intuition primordiale de la Réforme était d'appeler toute l'Église à se réformer dans sa tête et dans ses membres, si elle avait réussi à l'époque, je pense que le protestantisme n'existerait pas : nous serions dans une Église catholique évangélique. On serait chrétien tout simplement et c'est cela qui m'intéresse.
Je suis luthérien et j'en suis heureux parce que je me trouve bien dans cette tradition, mais j'espère que demain, c'est-à-dire dans vingt ans, cinquante ans, cent ans...« quand le Christ voudra et par les moyens qu'il voudra » pour parler comme l'abbé Couturier de bien heureuse mémoire, j'espère qu'un jour on n'aura plus à dire : moi je suis catholique, moi je suis orthodoxe, moi je suis anglican, moi je suis luthérien, moi je suis réformé. Il suffira de dire : je suis chrétien, nous sommes chrétiens ensemble : ce sera largement suffisant. Et je préfère, en ce sens être chrétien que luthérien ! Bien entendu, il n'est pas question d'avoir un moule dans lequel tout le monde devrait se mouler !

L'Église du Christ est par nature diverse et elle doit prendre au sérieux les cultures des hommes, leurs histoires, leurs sensibilités différentes, la diversité de leurs aspirations, de leurs esthétiques. Ce serait lamentable si l'Église était uniforme. Vivre l'Église une et diverse, c'est accueillir les différences, se laisser enrichir par les diversités des autres, et comprendre que ces différences sont légitimes aussi longtemps qu'elles ne deviennent pas séparatrices. Car certaines de nos différences, malheureusement sont séparatrices.
Quant à la diversité légitime, on la constate non seulement entre les Églises, mais au sein d'une même confession : dans l'Eglise catholique, entre un jésuite, un bénédictin, un dominicain un catholique libéral, traditionaliste, ou progressiste il peut y avoir de grandes différences.
Quelquefois, sur certains plans, je peux me sentir plus proche d'un réformé que d'un luthérien ou plus proche d'un catholique que d'un luthérien.

Le « Groupe des Dombes » est l'un des lieux de mon engagement œcuménique. Groupe informel qui n'a aucun mandat officiel des Églises, il compte une vingtaine de membres catholiques, autant de protestants et se réunit près de Lyon, à l'Abbaye des Dombes, chaque première semaine du mois de septembre de chaque année. Il a déjà publié six textes importants depuis une vingtaine d'années, alors qu'il existe depuis plus de cinquante ans, lorsque l'abbé Couturier et quelques pasteurs protestants, à une époque où ce n'était pas du tout à la mode de faire de l'œcuménisme surtout du côté catholique, ont commencé à se rencontrer.
Ils se regardaient alors un peu en chien de faïence, dialoguaient, faisaient du face à face, essayaient de comprendre les différences. Ils ont commencé à prier ensemble; et puis, à force de faire du face à face, ils se sont mis à faire du côte à côte.

On ne peut pas vivre sa foi chrétienne en vase clos et œcuménique, après tout, cela fait référence à toute la terre habitée mais dans le grand vent de ce monde tel qu'il est, en la partageant. Si les chrétiens ont le devoir de manifester leur unité, c'est parce que le Christ a dit, en parlant de ses disciples : « qu'ils soient un afin que le monde croie » Jean 17.23. Cette passion pour la mission de l'Église est le moteur de mon engagement œcuménique. Mais je découvre que ce qui me paraît à moi important, l'est peut-être moins pour l'un de mes frères, et que ce qui me paraît secondaire peut être essentiel pour l'autre, et donc je dois l'écouter.
Le Groupe des Dombes m'a, en tout cas, fortement marqué dans deux directions. D'abord le fait qu'on ne peut pas faire une recherche de l'unité cérébrale, intellectuelle ; toute recherche œcuménique doit être ruisselante de prières, pour parler comme l'abbé Couturier, et c'est ce que nous essayons de vivre quand nous nous rencontrons une fois par an ; que notre recherche soit portée par notre prière, qu'il y ait un va et vient constant entre l'intellect et le cœur.
La parabole de la paille et de la poutre prend un sens très fort au groupe des Dombes : « Pourquoi cherches-tu la paille qui est dans l'oeil de ton prochain sans voir la poutre qui est dans le tien ? » Matthieu 7,3. Autrement dit, avant de demander à celui qui est en face de balayer devant sa porte, balayons devant la nôtre.
Je n'ai pas le droit de dire à un frère catholique : « tu as tort sur tel ou tel point », sans voir immédiatement si dans ce même ordre d'idées il y a, chez moi, chez nous, dans mon Église, des choses qui sont également à changer, à réformer, à transformer. Aux Dombes, catholiques et protestants entrent dans cette perspective, mais c'est vrai qu'aux Dombes on n'est pas intégristes !

L'intégriste est celui qui pense avoir mis la vérité dans sa poche comme on possède un trésor, alors que la vérité n'est pas quelque chose que l'on possède, mais quelqu'un que l'on suit et qui s'appelle le Christ.
L'autre caractéristique de l'intégrisme, c'est la peur du changement. On s'accroche à un passé, on ne veut pas en changer. Nous avons tous nos intégristes, qui sont des gens qui croient posséder la vérité, et donc que les autres n'en ont qu'une parcelle ou pas du tout, et qui ont peur de toute remise en question personnelle ou collective.
Nombre de luthériens se diraient volontiers catholiques évangéliques. Un cœur évangélique, c'est-à-dire les grandes affirma-tions de la Réforme dans un corps catholique, retrouvant le sens de l'universel, de l'incarnation, d'une certaine tradition. Pourquoi ne pas espérer un coeur évangélique dans un corps catholique ? En disant cela, je ne prétends pas représenter tous les luthériens !

Il y a des catholiques, des réformés très œcuméniques et certainement des luthériens qui le sont moins ! Avançons sur ce chemin difficile de l'unité, difficile parce qu'il y a des points morts, des accidents de parcours, des reprises en mains. Mais je crois que fondamentalement et malgré les obstacles, nous allons vers une Église du Christ qui soit davantage unie à la fois dans la prière, dans l'évangélisation, dans le service du prochain. Je crois que pour retrouver sa crédibilité l'Église du Christ doit peu à peu retrouver son unité plénière.
Peut-on envisager ensemble une nouvelle évangélisation de I'Europe ? S'il s'agit de retourner au « Corpus Christianum », s'il s'agit d'unir à nouveau le trône et l'autel, cela ne m'intéresse pas du tout. Mais s'il s'agit ensemble, catholiques, orthodoxes et protestants de l'Est et de l'Ouest, en se donnant la main, de redonner une espérance à ce continent qui n'en a plus beaucoup et de dire à chaque européen :

 

« Dieu t'aime, Jésus est mort pour toi et il vit pour toi aujourd'hui »,

alors là, oui, je suis partant !

 

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