Libre opinion
Dieu est pure donation
Luc 18. 9-14
Michel Leconte
28 octobre 2013
Quel contraste entre ces deux hommes ! Le pharisien est un homme pieux qui accomplit de bonnes œuvres et qui rend grâce à Dieu de ne pas être comme les autres. L'autre de la parabole, représente la quintessence du sale type, du pécheur public : un collecteur d'impôts méprisé de tous car, voleur et collaborateur des Romains. Pourtant c’est lui, le pécheur, qui revient chez lui justifié sans le savoir, pardonné par Dieu ! Sans doute l’est-il depuis toujours... Cette parabole de Jésus a de quoi scandaliser les honnêtes gens. Le comportement de Dieu a vraiment de quoi surprendre : le publicain est pardonné sans même passer par un rituel de pénitence, ni avoir au préalable réparé ses torts et s'être réconcilié avec ceux qu'il avait spoliés ! Eh bien, Dieu ne se conduit vraiment pas comme la bonne morale du monde commanderait qu'il se comporte ! Telle est pourtant la miséricorde inouïe du Dieu de Jésus. Aucune religion, aucune morale n’ose présenter un tel Dieu, car cela choque profondément nos usages sociaux comme notre morale commune qui a la prétention de féliciter les « bons » et de blâmer les « méchants ». Dieu, dans cette parabole, n’est pas le gardien de la morale, Il la subvertit.
Comment peut-on comprendre le « comportement » de Dieu ? Je pense que c'est le fait que l'un, le pharisien, est tellement plein de lui-même qu’il n'attend en réalité rien de Dieu, sinon, au mieux, une reconnaissance de ses propres mérites, de sa splendide vertu et de sa pureté légale. Dieu est réduit à un miroir dans lequel il contemple sa perfection. Ainsi, s'estime-t-il justifié par ses propres œuvres, c'est à dire par lui-même, alors que l'autre, le publicain, n’a rien à faire valoir, il n’a plus qu’à tout attendre de Dieu et de sa miséricorde ; il n’a rien à « échanger » avec Dieu. Par contre, la vertu orgueilleuse du pharisien lui barre irrémédiablement la possibilité même de rencontrer Dieu tout comme elle barre son accès à autrui qu'il méprise et dont il se sent étranger. L’autre, le publicain n’est pas son prochain car il le juge et le condamne. Le pharisien est aveugle car il s’estime pur et sans péché. Il est profondément séparé du publicain de la même façon qu’il se coupe radicalement, sans le savoir, du Dieu Vivant qui est autre que ce qu’il en pense. Dieu ne peut se donner qu’à ceux qui le désirent vraiment, qu’aux mendiants d’amour. Heureux donc celui qui ne se vit pas plein de lui-même, qui se reconnaît en manque, inachevé, pauvre pécheur, « pauvre en esprit », le Royaume est à lui ! Se reconnaître aimé de Dieu, tel est le secret du Royaume.
Cette bonne nouvelle d'une justification gratuite et sans condition est le cœur de la théologie de Paul. (Lire Rm 3,21-24 ; Ga 3,6-14 ; Ph 3,4-9). L'homme est justifié par la foi, indépendamment des œuvres de la loi. Et la foi consiste à attendre tout de Dieu et rien de soi-même... Car Dieu est pur don. Seuls ceux qui le désirent et sont en manque de Lui sont à même de le recevoir. La seule attitude possible face au Dieu gratuit de Jésus-Christ est celle de la confiance, les mains ouvertes et vides afin de l’accueillir humblement, disponible et dépréoccupé de soi.
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