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Les assemblées du dimanche

 

 

pasteur Serge Soulié

 


26 octobre 2013

Jusqu' en 1972, date de son décès, le dimanche matin, ma grand-mère n'allait ni à la messe ni au culte mais à l'assemblée. Elle en revenait toute joyeuse parce qu'elle avait beaucoup chanté, vu des amis et parlé de la vie. Cette assemblée n'était autre que l'« office » de la petite Eglise Evangélique du village, dissidence de l' Eglise Réformée que les villageois appelaient « le temple ».

Qu'elle n'a pas été ma surprise d'apprendre qu'un couple d' Anglais, à Londres, invitait tous les dimanches à 11 heures « leurs fidèles » à « l'assemblée du dimanche ». On pourrait croire qu'il s'agit d'une dissidence ou pour parler comme les catholiques d'une nouvelle « secte protestante ». Pas du tout. Le couple fondateur comme les participants à cette assemblée disent surtout ne pas croire en Dieu. En quelques mois, ils ont fait des émules dans plus de dix pays essentiellement anglo saxons dont les USA, le Canada, l'Australie avec plus de quarante communautés dans le monde. A Londres, ils se retrouvent dans un théâtre très ancien à l'architecture assez proche d'une Eglise. Le temps de l'assemblée dure une heure et demie. Les participants chantent des chants de groupes anglais louant la paix, la non violence, l'écologie et autres utopies humanistes. Ces chants sont entrecoupés de « prêches » et de témoignages de personnes venant célébrer la vie en exposant comment elles avaient pu vaincre la maladie qui les menaçait. Les chants sont très rythmés et les participants les expriment corporellement en dansant, criant, se trémoussant. Ces moments joyeux ne sont pas sans rappeler certains temps de louange dans les milieux charismatiques ou pentecôtistes où les bras, les jambes, les pieds, le ventre et bien sûr la bouche s'évertuent à louer Dieu.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que des gens cherchent à se retrouver comme dans une Eglise mais sans Dieu et sans références religieuses avec une demande de chansons d'amour, de danses, de fête populaire. C'est souvent le cas pour les mariages ou les enterrements. Les demandeurs veulent bien lire des textes humanistes, des poèmes, chanter l'amour mais surtout pas de chants religieux, de textes de la bible, de prières... et comme cela m' a été soufflé une fois : « pas de bondieuseries ».

Les Eglises auraient bien tort de ne pas prêter attention à ce mouvement d'assemblée sans Dieu, de communauté sans religion. En effet il ne s'agit pas ici d'une nouvelle Eglise naissant suite à une dissidence mais d'un mouvement qui cherche à se retrouver dans une communion et une solidarité humaine sans croyances et sans référence religieuse. Ceux qui ont mis en place ces rencontres de « l'assemblée du dimanche » ont un slogan en trois parties :

Vivez mieux,
Aidez plus,
Réfléchissez davantage.
Le tout dans la joie et la gaieté.

Nous serions tentés de dire que ces trois impératifs sont la conséquence de la foi. Peut être devrions nous les mettre au début de toute démarche afin que puissent être renouvelées les fondamentaux de cette même foi. Pour reprendre les termes des participants à ces assemblées, que les « bondieuseries » cessent pour faire place à de nouvelles créations, de nouvelles définitions, de nouvelles représentations et de nouveaux symboles comme l'ont été les Evangiles. Ils ont été les initiateurs de croyances inédites, de rites apaisants , de dogmes synthétisant les nouveaux savoirs. Ils ont fait de l'amour du prochain un nouveau commandement. Osons laisser mourir ce qui ne représente plus rien aux yeux de nos contemporains pour que puisse naître ce qui va représenter ce mieux vivre, ce plus d'aide et ce plus de réflexion. Leur ambition nous montre que rien de ce qu'ont voulu célébrer les Evangiles n'est perdu à savoir la vie. Ils disent vouloir célébrer la vie à partir de la culture actuelle et de l'espérance à venir. Saurons-nous dans notre religion et dans nos Eglises nous détacher du passé pour être toujours plus fidèle à ce que ce passé a voulu nous transmettre : la vie pour l'éternité avec la joie et la gaité qui s'expriment par la pensée, la parole, la musique et le corps.

J'ai toujours trouvé regrettable que l'Eglise Réformée ne s'intéressât pas davantage, il y a une vingtaine d'année, aux groupes charismatiques où l'on retrouvait la spontanéité, la liberté d'expression, celle de la parole comme celle du corps. La joie était là. Il aurait suffit que la théologie qui s'y développait, parfois jusqu'à devenir dangereuse, puisse être corrigée avec sévérité. Les tentations pour le jugement des autres, l'intégrisme et la religiosité, le goût pour les miracles et l'irrationalité auraient pu être stoppé. Devant l'indifférence du protestantisme classique les membres de ce mouvement ont trouvé refuge dans des Eglises pentecôtistes ou dans les positions intégristes de l'Eglise catholique. Quelques uns résistent encore dans l'Eglise Réformée. Ce mouvement dit « charismatique » portait en lui quelque chose de ce que les participants cherchent dans ces « assemblées du dimanche » pour ce qui est de vivre la vie entièrement branchée sur les aléas de la vie quotidienne, le tout dans une joie - quelque peu euphorisante - et l' allégresse.

L'Eglise croit toujours qu'il faut apporter un message à son interlocuteur et au monde. Elle oublie bien trop facilement qu'un message ne peut être transmis que s'il est une réponse à une situation donnée ou à une interrogation ce qui exige, en premier lieu et sans dérogation, une écoute et une observation de qualité auxquelles il est recommandé d'ajouter un engagement sans faille au cœur même de l'événement considéré. Un message ne s'extrait pas du passé pour être servi au présent. Il n'est pas un savoir ou une connaissance d'hier déversée dans l'aujourd'hui. Il se construit depuis le passé en incluant le présent. Il ne peut qu'être actuel, approprié et répliquant. C'est ce que fait Jésus avec les malades, avec le jeune homme riche, avec les pharisiens comme avec ses disciples. Ses paroles et ses actes viennent en réaction aux remarques et aux attitudes de ses contemporains. Il s'engage pleinement dans les situations rencontrées. C'est alors qu'il se passe « quelque chose » pour parler comme ce président de Conseil presbytéral qui me disait, défaitiste et avec exagération « il ne se passe rien dans notre Eglise ». Il n'y a pas de transmission possible sans que cette transmission intègre la culture dans laquelle elle veut fonctionner. Elle n'est alors que folklore. C'est bien le sentiment de beaucoup de nos contemporains au sujet de la religion chrétienne, de sa forme comme de son contenu. Certes ils font peu d'effort pour découvrir et s'approprier les richesses de la tradition chrétienne mais nous devons les entendre pour repenser et découvrir les paroles et les actes qui témoigneront de la Bonne Nouvelle en apportant des changements essentiels dans ce monde. Si les cathédrales, les monastères et les Eglises font partie du patrimoine et si ce qui se passe à l'intérieur entre dans le domaine du folklorique selon beaucoup, pouvons nous faire que cela change ? Je crois que oui.

 


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