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La résurrection proclamée

 

 

Serge Soulié

 


23 août 2013

On ne sait plus que faire de Jésus Christ. La fin de la croyance au surnaturel met à mal l'idée qu'il est fils de Dieu et qu'il ait pu revenir à la vie après être mort crucifié. La théologie du sacrifice selon laquelle il a versé son sang pour le salut des hommes n'est plus d'actualité. Plus de sacrifices, pas même d'animaux, pour changer le destin de l' histoire. Quant à la proclamation faisant de lui un homme exceptionnel de par ses propos et son comportement, elle ne suffit plus. D'autres ont été des personnages d'exception, pourquoi retenir celui-ci. Enfin ceux qui voudraient en faire le seul être capable de fonder une religion structurée, étendue au monde entier sur plusieurs siècles, en sont pour leur compte. Mohamed et Bouddha sont de sérieux concurrents.


Le plus sage est de considérer que Jésus est apparu sur terre à la manière de tous les humains. En reprenant l'idée selon laquelle Dieu est le grand Tout, ou pour le dire comme Spinoza, qu'il est la nature et que rien ne peut exister hors de lui, Jésus est né en Dieu, né de cette matrice universelle en dehors de laquelle rien ne peut apparaitre. Peut être parce qu'il était lié à cette matrice de manière tout à fait originale, peut-être parce qu'il a fait des rencontres exceptionnelles et indéfinies, peut-être enfin parce qu'il avait des capacités d'émotion et d'intelligence jusque là inconnues, le tout est qu'il a pu se séparer de cette matrice pour accéder au statut d'une totale humanité. Il a acquis tout ce qu'un humain peut acquérir. Il est devenu pleinement homme. Il est le premier maillon dans la chaîne de l' humanité. Paul n'hésitera pas à le comparer à Adam.


C'est de cette place, la première, qu'il appelle tous les humains à se détacher de ce qui les enserre à la manière d'un placenta. Il les invite à s'arracher à tout ce qui les lie. Ses paroles et ses gestes sont une invitation à se lever, devenir autonome et responsable. Son appel ne s'adresse pas seulement aux humains, il s'adresse à la création toute entière. Pour reprendre un terme de la psychanalyse , Jésus est le "signifiant maître". cette expression désignant le plus souvent "le nom du père", lui même représentant le père dans toutes ses dimensions. C'est lui qui sépare l'enfant de la mère. Il lui permet d'acquérir son indépendance et d'assumer des responsabilités. Il est bien le premier maillon d'une chaine. Par résonance, d'autres maillons interviendront dans la détermination du sujet. Ici, Jésus est celui qui le premier tirera l'humain de tout ce qui le retient comme le besoin de sécurité et de protection, point de départ de toute religion. D'autres bien sûr viennent renforcer cet appel de séparation: il s'agit de la communauté humaine où des fonctions différentes y sont exercées. Elle fonctionne pour les enfants comme pour les adultes. Ce signifiant maître peut aussi s'appeler Bouddha, Mohamed ou autre. Tous poussent l'humain à advenir. Nous voulons seulement souligner ce qui nous paraît être la particularité de Jésus: il n'a jamais voulu fonder une religion . Il appelle afin que chacun puisse intégrer la communauté humaine en général. Il ne vise pas une communauté religieuse, existante ou à venir. Dans ses propos comme dans ses actes, il rejette vivement toute institution cloisonnée avec un dehors et un dedans, où il faut choisir son lieu avec obligation d'exclure celui qui n' a pas fait votre choix. Or les religions apparaissent ainsi, y compris le christianisme. Comme d'autres religions qui l'ont précédé ou suivi, il s'est arrogé le pouvoir politique, confondant Eglise et Etat, renforçant ainsi le pouvoir qu'il a exercé - et exerce encore- sur les peuples qu'il domine en dépit des fortes contestations auxquelles il doit faire face. Aujourd'hui, ce pouvoir politico-religieux s'exerce douloureusement dans le monde musulman. En témoigne "le printemps arabe" dans de nombreux pays.

Au-delà de la place et du rôle du "signifiant maître" qui rend à la fois l' identité et la liberté à chacun, Jésus est devenu le "ressuscité proclamé". Cette dernière expression," ressuscité proclamé" a pour ambition de nous montrer que la résurrection ne répond à aucun critère d'objectivité. Jésus n'est pas revenu à la vie. Il n'a pas repris la vie d'un malade guéri ou d'un mort sortant du tombeau. Il a été proclamé ressuscité. Il est passé d'un monde à un autre. Du monde de la réalité, celui dans lequel nous sommes, au monde du réel, celui dans lequel nous voudrions être. Avant il était homme de chair et d'os, il était de notre monde. Il a basculé dans la Parole. Il est devenu le discours d'un autre. Celui des femmes au matin de Pâques, puis celui des disciples, des amis et enfin celui des ennemis comme Saul de Tarse. Il est dans le discours universel de l'humanité. Il n'est pas seulement objet de discours. Entièrement Parole, il est une partie du discours même. Il ne peut être saisi qu'en tant que Parole. Les rites tels la cène ou l' eucharistie, les signes de croix, ou encore le baptême par souci d' imitation, sont des tentatives pour le retenir dans le monde de la réalité, notre monde, celui qu'il a quitté par sa mort. Si la Parole échappe, le rite reste. Il sécurise. Il donne l'illusion que Jésus est encore là, présent dans notre réalité, comme s'il n'était pas mort dans son corps. Or le rite doit rester signe au risque de nous empêcher d'entendre la Parole ,nouvelle nature du Jésus Vivant après sa vie en chair sur terre. Dés qu'il cesse d' être signe, le rite se fige. Il devient souvenir. Regret. Négation de la mort. Seules, l'exception, la rareté et la non répétition peuvent éviter au rite de perdre sa nature et sa fonction de signe.

Parce qu'il est "ressuscité proclamé", parce qu'il est Parole donc insaisissable par nos sens et nos pensées, l'humain -et avec lui tous les "objets" de ce monde (1)- ne peut être qu' une sorte de contenant, disons de signifiant, du Jésus ressuscité devenu le Pur Signifié. L'avènement de ce Jésus Parole, de ce pur signifié sera appelé par l' apôtre Paul "Nouvelle alliance". Il reprend sans le dire les paroles que le prophète Jérémie met dans la bouche de Dieu: "je conclurai avec la maison d'Israël une Nouvelle Alliance, j'écrirai ma loi dans leur cœur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple". Je le répète, le signifié n'a pas de contour. Personne ne peut s'en emparer. Il glisse de signifiant en signifiant, d'objet en objet, d'humain en humain. Tel est maintenant le Jésus ressuscité, le pur signifié. Pour schématiser nous pourrions dire que tout le porte mais rien ne le retient. Il passe. Comme le furet. La différence est qu'il laisse des traces. La loi qui en Jésus se retrouve éclatée s'inscrit dans les cœurs. Jésus vivant se substitue à la loi qui peut désormais s'élaborer à l'intérieur de humain. La loi n'est plus extérieure, gravée sur la pierre, ineffaçable, elle s'invente, se crée au plus profond de l' être à la manière de la loi naturelle. Notons au passage qu'il en va ainsi de la vérité. Nous n'en percevons que des traces. Jésus serait-il donc la vérité? Plus encore, les traces nous mettent sur un chemin. Elles remédient à l' errance tout en nous garantissant la liberté de la recherche et du choix. Vérité et liberté se conjuguent alors dans ce Pur Signifié, je veux dire dans ce Jésus proclamé ressuscité et devenu Parole.


L'Evangile de Jean, nous dit qu'avec Jésus, "la parole a été faite chair". Nous ne devons pas oublier que si cet évangéliste a pu écrire une telle chose, c'est parce qu'avec Jésus, la chair est devenue Parole. La chair est partie, elle nous échappe. Le tombeau est vide. La Parole reste. On pourrait le dire autrement : "ne cherchez pas parmi les morts celui qui est vivant".

_______________________

 

(1)   Il est important de ne pas faire de l' homme le seul dans ce monde qui puisse bénéficier "en son cœur " de la présence de Jésus Christ. L'homme n'est pas un empire dans l' empire. Il est une partie de la création . Tout autour de lui et avec lui, chaque être, humain ou animal, chaque chose, chaque objet, parle de Jésus-Christ ressuscité. Les choses du ciel comme celles de la terre portent en elles les traces du ressuscité et lui portent témoignage.

 

 



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