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Harry Kuitert

voir les choses autrement


la foi chrétienne, un produit de l’imagination

 

Tout ce qu’on affirme à propos d’ « en haut »
vient d ’« en bas »
y compris ce qu’on affirme venir d’ « en haut ».

 

Peter van der Heijde

 

 

9 septembre 2012

L’auteur, Harry Kuitert, né en 1924, a été pasteur de l’Église Réformée aux Pays-Bas. Il commença son ministère en Zélande (ouest du pays), où se produisirent bientôt, en 1953, des inondations qui firent des centaines de victimes. Le jeune pasteur enterra un grand nombre de ses paroissiens et, suite à ces événements, remit fondamentalement en question sa vision de Dieu, de la Providence, de la Révélation, etc.

En 1961, il participe à la création du « Groupe des 18 », qui a pour objectif d’arriver à surmonter les désaccords historiques entre les diverses Églises réformées des Pays-Bas, afin de les rassembler en une seule Église protestante. Cela sera chose faite en 2004, avec la création de la PKN (Église Protestante aux Pays-Bas), qui regroupe en son sein non seulement les réformés, mais aussi les luthériens.

En 1967, Kuitert est nommé professeur de théologie à l’Université Libre d’Amsterdam (université réformée), et il occupera ce poste jusqu’à sa retraite (1989). Encore aujourd’hui, il continue à participer activement aux débats théologiques.

Sa vie durant, il écrit des livres - traduits parfois en anglais et en allemand -, dont les thèses, qui évoluent tout en demeurant résolument libérales, suscitent des réactions passionnées.

Une phrase-clé, qui revient souvent, pourrait résumer sa vision théologique :

Tout ce qu’on affirme à propos d’ « en haut »
vient d ’« en bas »
y compris ce qu’on affirme venir d’ « en haut ».

En d’autres termes, tout ce qui est dit, écrit, sur Dieu, la Création ou Jésus-Christ, est dit, écrit, par des hommes. Il s’agit de théories, de récits, élaborés par des hommes.

Toutes les religions, y compris le christianisme, sont, d’après le pasteur, des fruits de l’imagination humaine.

En 2005, Harry Kuitert développe plus particulièrement sa fameuse thèse dans un livre intitulé : « Voir différemment la même chose. La foi chrétienne, un produit de l’imagination. » (« Hetzelfde anders zien ; het christelijk geloof als verbeelding »)

Même si pareilles assertions sont discutables – voire choquantes, hérétiques, pour certains – elles peuvent aussi être vues comme une contribution importante à la réflexion sur le discours théologique traditionnel. Je vais donc essayer d’en résumer quelques points principaux.

 

La pensée de Kuitert

Pour la théologie traditionnelle, les événements rapportés par les Ecritures depuis les origines sont historiques, inscrits dans le temps, suivant un ordre chronologique. La Création, l’exode du peuple hébreu, l’incarnation de Dieu, la Rédemption, etc., sont des événements réels, que l’on peut dater, vérifier, comme lorsqu’il s’agit de sciences exactes.

D’abord, il y a eu Dieu, puis une création parfaite, et une période où tout allait bien. Cela n’a hélas pas duré, de par la faute de l’homme, mais heureusement le Créateur veillait : il a élu un peuple, les juifs, et envoyé son Fils pour sauver l’humanité. C’est du moins ce qu’affirment les théologiens.

Et pourtant… L’évolution de l’univers et de l’homme, qui s’est étalée sur des millions d’années, montre que cette doctrine traditionnelle ne tient pas. Il n’y a jamais eu de paradis suivi d’une chute, et les premiers hommes vivaient dans un environnement hostile, fait de maladies, de violence, de catastrophes naturelles, de mort.
Pour arriver à survivre, ils éprouvèrent le besoin de mettre un peu d’ordre dans ce chaos et de se donner des certitudes auxquelles s’agripper. Grâce à leur sens de l’imagination, ils inventèrent peu à peu des mythes, lesquels se perpétuèrent au fil des âges tout en s’enrichissant, donnant ainsi naissance aux religions les plus variées.
Les groupes humains étant divers, il existe autant de religions que de cultures, et Dieu s’est vu attribuer toutes sortes de visages et de noms.

Reste que ces multiples tentatives d’interprétation, venues d’ « en bas », présentent un risque, parce qu’il est impossible d’être certain que telle ou telle manière de considérer le monde est exacte. Les religions, quelles qu’elles soient, n’en sont pas moins respectables, car elles ont toutes le même objectif : expliquer cet univers apparemment incompréhensible, et arriver ainsi à survivre.

 

La foi, une invention à rejeter ?


Même si, d’après Kuitert, ce en quoi l’homme croit est le fruit de son imagination, cela ne signifie nullement que cette foi soit à rejeter. Même si le ciel, l’enfer, ou Dieu, n’existent (peut-être) pas, ils n’en sont pas moins « agissants ». Le fait d’y croire engendre un effet comparable à celui d’un placebo.

Le médicament placebo ne contient certes pas de molécule active, mais l’imagination de la personne qui le prend est souvent capable d’induire l’effet positif escompté.

Croire en - ou constater - l’efficacité d’un placebo, n’ajoute pas de substance agissante au médicament en question ; de même, croire en quelque chose n’a pas le pouvoir de faire exister réellement l’objet ou la personne de sa foi.

Les événements rapportés par la Bible ne se sont pas forcément passés dans la réalité, mais cela ne signifie pas qu’ils ne puissent pas nous parler, susciter un écho en nous, nous pousser à l’action. C’est en ce sens qu’ils sont « vrais », car leur message est universel et intemporel.

Technologie et sciences modernes ne se retrouvent pas dans le monde, le langage, les images, les mythes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Il est donc nécessaire de procéder à de nouvelles interprétations, et ensuite de les exprimer d’une façon compréhensible par les hommes actuels.

Pour cela il faut, en voyant ce que tout le monde voit, le voir d’une autre manière, l’interpréter différemment. C’est ce que veut dire Kuitert par le titre de son livre : « Voir différemment la même chose ».

Les Églises qui persistent à ne pas s’interroger sur la doctrine traditionnelle et empêchent leurs fidèles de le faire, constituent un véritable obstacle à la foi.
Prendre de simples « représentations » pour des vérités objectives, les qualifier de « connaissances », finit à un certain moment par ne plus toucher personne, par lasser, car cela s’accorde de moins en moins avec le vécu de chacun. Il ne faut donc pas s’étonner si les gens s’éloignent des Églises.

Vérités et dogmes en tant que tels ne servent à rien, et sont même dangereux car, à moins que nous les reconnaissions comme étant des « représentations », ils risquent fort d’entrainer fanatisme et intolérance, avec les résultats que l’on sait. On ne devrait rien affirmer en matière de foi qui ne soit résultat d’une recherche. Il faut partir à l’aventure, confronter les dires traditionnels à nos expériences présentes et, le cas échéant, oser dire que non, il n’y a pas concordance.

Oser fonder sa foi non sur des dogmes mais sur son expérience personnelle, engendre liberté et enthousiasme.

 

 

L’éternité

Un des messages principaux du Nouveau Testament est que l’éternité ne se situe ni dans l’avenir, ni dans un autre monde, mais en nous, dans les éléments qui nous constituent, dans la matière et dans le temps.
L’éternité se vit, s’éprouve, dans ce « voir autrement » qui nous permet d’acquérir la certitude que nous ne sommes pas condamnés aux limites terrestres, et nous apporte ainsi la consolation.

L’éternité n’est pas une question de savoir intellectuel, mais de regard nouveau, et il est donc parfaitement inutile de parcourir le monde à sa recherche, puisqu’elle se trouve en nous, au plus près.

 

 

L’Église

La tâche de toute Église et de toute religion est d’aider les hommes à trouver des réponses aux questions qu’ils se posent, à les accompagner dans les épreuves, les soutenir, mais en aucun cas constituer un obstacle à leur recherche spirituelle. Au contraire, dit Kuitert, elle doit les appeler à se libérer, à expérimenter par eux-mêmes si ce qu’elle leur dit est vérité et non pas seulement quelque chose de conventionnel, transmis par habitude ou par crainte.

Notre recherche doit nous mener plus loin que les religions existantes, nous faire trouver Dieu dans notre vie elle-même.

 

 

Finalement, qu’est-ce que croire ?

Croire ne signifie pas tenir quelque chose pour réel.

Croire ne signifie surtout pas accepter ou imposer des vérités. C’est voir autrement les choses et soi-même, oser être différent.

Croire est une manière d’être au monde, de savoir apporter consolation, chaleur, libération.

Un croyant est perpétuellement en quête de nouveaux sens ; il ne se contente pas des choses telles qu’elles vont, mais il œuvre sans cesse à faire naitre un nouveau monde. Par ses représentations, il fait se concrétiser ce qui est pour lui évident, bien que non palpable, et encore moins visible de tous, et dont il a besoin pour pouvoir vivre.

Selon Kuitert, croire, c’est vivre face à Dieu. Quoiqu’il en coûte, pourrions-nous ajouter.

Espérons que ce livre intéressant et décapant sera bientôt traduit en français !

 

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Voir aussi de Peter van der Heijde

Recension : Dieu n'existe pas et Jésus est son fils

Prière du pèlerin

 


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