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Un autre christianisme est possible

 

 

Roger Lenaers

théologien jésuite belge

 

Ed. Golias

traduit par Edouard Mairlot

312 pages – 16 €


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Ce remarquable ouvrage d’un théologien catholique actuel (cette édition a été publiée en janvier 2012) repense à nouveaux frais toute la tradition catholique concernant l’ensemble de la foi dans le but de réconcilier avec Dieu la grande quantité de fidèles qui s’en sont détachés. Ce livre intéressera également les protestants qui y trouveront sans doute leur propre foi clairement et intelligemment présentée, ainsi que la pensée de certains de leurs théologiens, comme John Spong.

A partir d’une réflexion sur Dieu, l’auteur analyse successivement la doctrine du péché originel et du péché en général, de la divinité du Christ et de son sacrifice expiatoire, du baptême, de l’eucharistie et des autres sacrements, du magistère et de l’infaillibilité, de la prière de demande, du culte marial et de bien d’autres sujets encore.

Voici des passages de sa réflexion fondamentale suivis de l’exemple du baptême chrétien.


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Renoncer au monde d'en-haut

De l'hétéronomie à l'autonomie

page 25

Dans toutes les cultures du passé, et jusqu'au 18e siècle aussi dans l’occident chrétien, comme encore aujourd'hui pour la grande majorité des chrétiens, vit la conviction que notre monde dépend totalement d'un autre monde, que l’on pense et se représente selon le modèle du nôtre. Dans la vision chrétienne, cela signifie que cet autre monde est dirigé par un Souverain divin omniscient et tout puissant, entouré d'une cour céleste de saints et d'anges. Ce Seigneur édicte lois et prescriptions veille à ce qu’elles soient observées exactement, menace, récompense, châtie et, à l’occasion, pardonne. Puisque ce monde divin nous dépasse du tout au tout, on se le représente spontanément comme situé au-dessus de nous.

 

page 26

Hétéronomie
Cet univers mental peut être appelé prémoderne ou hétéronome, parce que dans cette perspective notre monde est complètement dépendant de cet autre (en grec : héteros), qui dès lors donne les lois (en grec : nomos) s'appliquant au nôtre. Cependant l'existence de cet autre monde est un axiome ou postulat, donc une thèse qui ne se laisse ni prouver ni réfuter. Un axiome peut paraître évident, mais il est et restera toujours un point de départ que l’on se donne librement et qui ne s'impose pas. Qui accepte cet axiome, le fait exclusivement parce que cela lui parait raisonnable et digne de foi.

Cela vaut en particulier pout l'acceptation de l'existence de ce monde parallèle. Manifestement l’être humain a une tendance spontanée à accepter cet axiome. On ne s'explique pas sinon, pourquoi l'humanité, des millénaires durant, a tout naturellement pensé de façon prémoderne. Le chrétien qui préfère continuer à se fonder sur cet axiome, se trouve bien accompagné : tout l’Ancien comme le Nouveau Testament, tout l'héritage des Pères de l'Eglise, toute la scolastique, tous les conciles, y inclus Vatican II, toute la liturgie, tous les dogmes et leur élaboration théologique se basent sur cet axiome de l'existence de cet autre monde. Et Jésus lui-même, tout comme « les apôtres et les prophètes » sur lesquels se fonde le credo chrétien, a pensé de manière hétéronome.

 

Autonomie
Mais au 16e siècle commence à s'ouvrir une fissure dans l'unanimité avec laquelle on acceptait jusqu'alors l'existence de cet autre monde. Le développement des sciences exactes, qui débute en Europe à ce moment, amène à la conviction que la nature suit ses propres lois, que la régularité de celles-ci peut se calculer, que l’on peut en prévoir les effets et se prémunir contre ceux-ci. Une fois que l’on sut que l’éclair n'était autre chose qu'une gigantesque décharge électrique et que l’on trouva le moyen de s'en protéger par le paratonnerre et la chambre de Faraday, les psaumes de pénitence, l'eau bénite et les rameaux cessèrent bientôt de prêter leurs services en tant que protection.

Comme bons fils d'une époque à la pensée hétéronome, les scientifiques des premières générations continuèrent à penser de façon hétéronome. Mais, sans s'en rendre compte, par leurs découvertes des lois propres du cosmos ils excluaient de fait l'intervention de cet autre monde. En effet, de telles interventions saperaient toutes les certitudes scientifiques, car ces pouvoirs surnaturels pourraient à tout moment réduire à néant tout ce que la science regardait comme assuré. Et en même temps s’écroulerait la culture technologique, qui s'appuie sur les résultats fiables de la science. C’est pourquoi il ne resta plus aucun recoin où l'hétéronomie aurait pu se réfugier. La baguette qui dirige le ballet des planètes et des astres ne se trouve pas hors de ce monde : le cosmos suit sa propre (en grec : autos) mélodie, obéit à ses propres lois (en grec : nomos), est autonome. Un nouvel axiome, opposé à celui de l'hétéronomie, faisait son entrée et éliminait peu à peu l'ancien.

Mais l'homme appartient lui-aussi à ce monde. On peut même le considérer (provisoirement tout au moins) comme le point culminant de l’autodéploiement du cosmos. Il doit, en conséquence, être également autonome ; et il doit pouvoir trouver en lui-même sa propre norme éthique. A force de chanter sur tous les tons la grandeur et la dignité de l'homme, l’humanisme du 15e siècle avait déblayé le terrain pour qu'on arrivât à cette seconde conclusion. Le nouvel axiome de l'autonomie se mit à imprégner peu à peu, et quasi toujours de manière inconsciente, toute la culture occidentale.

 

page 32

De l’autonomie à la théonomie
Mais les chrétiens modernes eux-aussi pensent que de telles interventions sont impossibles, non pas parce qu'il n'y aurait pas de Dieu, mais parce qu'il est pour eux le noyau créateur le plus profond de chaque processus cosmique. Dieu n’est jamais dehors mais depuis toujours au centre. Cette réconciliation entre l’autonomie de l’être humain et la foi en Dieu a reçu le nom de théonomie. Qui pense de cette façon, parle de Dieu (en grec : theos) comme de l’essence la plus fondamentale de toute chose et, en conséquence, comme la loi (en grec : nomos) interne du cosmos et de l’humanité. Dans la pensée théonome, il n'y a qu’un seul monde, le nôtre. Mais celui-ci est saint, parce qu'il est l’autorévélation de ce Mystère que nous signifions par le mot Dieu. pour éviter le terme assez technique de théonomie, on peut parler aussi de « foi moderne ». C’est ce qui sera fait ici le plus souvent.

 

page 37

Vers une formulation nouvelle
Mais le croyant moderne qui, pour s’être approprié les valeurs des Lumières, a dit adieu à « l'ingénuité première », ne peut plus prendre comme point de départ que l’axiome opposé, celui de l'autonomie. C’est pourquoi le Catéchisme de l'Eglise Catholique par exemple, édité par Rome en 1993, ne représente, à ses yeux, qu'une synthèse brillante des idées de la contre-réforme tardive. Et cette synthèse ne l'aide plus dans sa recherche actuelle du Dieu qui l’attire.

La critique du croyant moderne ne vise pas seulement ce Catéchisme, mais aussi le Credo. La disparition du monde d'en haut lui rend impossible de dire honnêtement que le Christ « est descendu du ciel », puis « est monté aux cieux » ou « est assis à la droite du Père et reviendra de là nous juger ». Cela est clair. Mais il y a plus. Si les interventions surnaturelles dans les processus naturels sont devenues impensables, vu qu'il n'y a aucune instance là-haut qui puisse intervenir, et si Dieu se révèle justement dans lois cosmiques, une conception de Jésus sans père humain est impensable elle aussi. Et, en conséquence, des expressions sacrées et des articles de foi comme « conçu par l'œuvre de l'Esprit Saint » et « né de la Vierge Marie » se volatilisent. Il en est de même pour la résurrection de Jésus d'entre les morts le troisième jour et de la résurrection de la chair à la fin des temps. Car tous ces évènements supposent une intervention de Dieu dans l’ordre cosmique. Mais ce qui vaut pour le Credo, doit valoir aussi pour la Bible à partir de laquelle ces articles de foi ont pris corps.

 

page 46

A la recherche d’une nouvelle formulation
Si Jésus de Nazareth vivait aujourd'hui et que nous le rencontrions, pour décrire cette même expérience de profondeur que vécurent ses disciples lors de leur propre rencontre avec lui, nous utiliserions un langage tout différent du leur. Les images de Grand Prêtre, d’Agneau de Dieu, de Fils de l'homme, de Parole de Dieu, de Fils de Dieu, de Roi, de Messie, de Seigneur, toutes tirées de la Bible, qui s’offraient alors spontanément à leur imagination, ne s'offriraient plus à la nôtre, ni, à plus forte raison, la formulation dogmatique de la relation de Jésus avec Dieu en termes de « seconde Personne de la Sainte Trinité » : Cela ne veut pas dire que ces expressions soient vides de sens ou qu’elles soient fausses. C'est simplement que, dans la modernité, elles n'évoquent plus rien, et qu'en conséquence elles cessent d'être incontournables.

Il existe un principe fondamental qui doit servir de guide dans la traduction des représentations et formules traditionnelles en d'autres qui soient modernes. Le voici ! Chaque fois qu'une formule suppose l'existence d'un monde extérieur ou supérieur au nôtre et susceptible d'y intervenir, elle doit être remplacée par une autre, où Dieu apparaisse comme le fondement spirituel le plus profond de notre monde et de l’être humain, et notre monde et l'être humain comme l’automanifestation de ce Mystère.

 

 

Les sacrements dans la perspective prémoderne

page 204

Le succès des sept sacrements est sans aucun doute lié au besoin bien humain de rites. Mais tout autant que ce besoin, la représentation hétéronome de leur fonction et de leurs effets a sa part de responsabilité dans ce succès.

 

page 205

Il faut bien qu’entre ici en jeu un arrangement divin bien huilé, réglé une fois pour toutes, un accord que Dieu lui-même aurait conclu par avance, une harmonie préétablie, comme le dirait Leibnitz. Une bonne fois pour toutes le Dieu-d'en-haut aurait décidé qu'il lierait une grâce bien spécifique à une suite précise de paroles et de gestes, accomplis non par n'importe quel membre de la communauté ecclésiale, mais seulement par des membres bien déterminés, tous de sexe masculin, qui devraient en avoir reçu le pouvoir d'autres membres de l'Eglise, tout autant de sexe masculin, qui eux à leur tour l'auraient reçu d'autres du même sexe, et ainsi de suite jusqu'à l'an 33.

La parenté avec la magie saute aux yeux. Une première ressemblance se trouve dans le fait que dans les deux cas le succès dépend du strict respect de la procédure à suivre. Qui ne connait pas la formule-clé, en est pour sa peine. L’apprenti sorcier de la légende orientale bien connue en fit l'expérience à ses dépens : le balai resta sourd à ses formules incantatoires et ses supplications et lui apporta sans cesse de nouveaux seaux pleins d'eau, jusqu'à ce qu'il se noya presque. Il ne sert de rien de répéter cent fois : « Ouvre-toi, Sésame ! », si la formule magique est : « Sésame, ouvre-toi ! ». Pour plus d'un prêtre, sa conception magique du sacrement de l'autel tournait au supplice, quand ils se concentraient au maximum pour articuler exactement chaque syllabe des paroles latines de la consécration - hoc est enim corpus meum - au point que la sueur leur perlait au front.

Une autre similitude avec la magie réside dans l'absence totale chez tous les deux d'une relation ou d'un contexte logique entre ce qui se fait et se dit, et le résultat obtenu ou espéré. Le sorcier enfonce une aiguille dans une figure en cire et, bien que cela paraisse étrange, une personne loin de là sent brusquement une douleur page 206 aiguë. Ainsi, celui qui baptise, verse un peu d'eau sur la tête d'un bébé en disant les paroles exactes, et voilà qu’étrangement le péché originel est effacé et que le bébé aura droit à un bonheur éternel et infini, alors que peu avant il n'était qu'un damné potentiel.

C'est précisément à cause de cette parenté suspecte que la théologie prémoderne fait tant d'efforts pour que le sacrement se distingue le plus clairement possible d'un acte de magie. Dans ce but elle souligne deux différences. La première est que dans la magie le rituel exécuté entraîne de lui-même le résultat visé. Il n'en est pas ainsi, selon elle, dans le sacrement. Même la formule théologique ex opere operato : « en vertu de l'acte accompli », souvent évoquée à tort, ne peut être interprétée de la sorte. En effet, pour cette théologie, l'efficacité du rituel accompli reste entièrement réservée à la libre intervention de Dieu. Celui-ci répand sa grâce (de quelle façon qu'on comprenne cette expression prémoderne) où et quand et en faveur de qui lui-même le veut, à ceci près qu'il s'est engagé à le faire, quand le rite sacramentel est accompli correctement et de façon valide. Il en est venu à cet engagement par la médiation de Jésus, puisque Jésus est celui qui, en tant que « vrai Dieu et vrai homme », unit les deux mondes qui se rencontrent dans le sacrement, d'une part, le monde de la grâce divine invisible, de l'autre, le monde des actes sacramentels humains. C'est pourquoi la définition classique du sacrement comprend comme élément indispensable qu'il ait été « institué par le Christ » ; et cela vaut pour tous les sept. Cette formulation suppose que Jésus, le Dieu-homme, veut et garantit qu'à ces sept actions qui s'effectuent ici-bas et sont en soi insuffisantes, corresponde un effet incommensurable dans l'univers surnaturel.

La seconde différence se rapporte à la possibilité de vérifier le résultat. L’effet de la magie est, en principe, vérifiable, puisqu'il appartient à notre monde. Il peut, bien sûr, arriver que le sorcier ait de la malchance et que rien ne se passe. Peut-être sa formule n'était-elle pas correcte, ou un autre mage plus puissant que lui, avec une formule plus efficace que la sienne, lui a gâché l’affaire. Mais un sorcier qui n’aurait que de la malchance et n’arriverait jamais à réaliser quoi que ce soit de tangible, ferait mieux de se chercher un autre emploi. En revanche, l’efficacité du sacrement est par principe invérifiable, invisible, incontrôlable. Mais qu’importe ! Le pain eucharistique s’est vraiment transformé dans le corps du Christ, même quand personne ne peut le constater. Et le bébé qui vient d’être baptisé est vraiment né à nouveau en sainteté, tandis que dans le berceau d’à côté le bébé non baptisé reste sous le pouvoir du péché originel et du démon, quoique personne ne perçoive la moindre différence entre les deux. Même quarante ans plus tard on ne verra toujours aucune différence, à moins que l'un des deux ait été éduqué dans la foi et l’autre pas. Mais dans ce cas, nous ne serions plus dans l'univers de la grâce sacramentelle invisible, mais dans l’ordre visible de l’éducation et de ses effets. En un mot, l'effet du sacrement, dans la représentation hétéronome appartient à ce point à l’ordre surnaturel, qu’il est impossible d'en constater quoi que ce soit dans l’ordre naturel. On ne peut s'empêcher de penser au conte d'Andersen : « Le roi est nu ».

 

page 209

Le sacrement vu par la foi moderne
Dans la perspective de la théonomie, les choses ne se passent évidemment pas ainsi. Si quelqu'un exprime dans un geste sacramentel son attachement au Dieu qui le sauve, cet attachement se fortifie d'autant plus que ce geste exprime plus réellement la profondeur existentielle de sa personne. En même temps, le changement qui se produit en lui grâce à la force du signe sacramentel, n'est pas autre chose que l'action salvifique de Dieu en lui, qui le sanctifie et le remplit. En tout bien Dieu est à l'œuvre et tout ce qu'il y a de bon en nous émane de lui. Tout ce que notre être a de bon, n'est que la manifestation humaine de l'activité bienfaisante divine.

 

 


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