Libre opinion
L’esprit de la résurrection
prédication de Pâques
pasteur René
Lamey
2 avril 2013
En ce dimanche de Pâque, commençons avec un peu... de vocabulaire biblique !
Examinons courtement le sens originel de ce verbe qu’on utilise au moins 50x durant le culte pascal, et qui est un casse-tête pour les réfractaires à l’orthographe ! Je pense bien sûr au verbe ressusciter.
Contrairement à ce que l’on pense d’habitude, le premier sens du verbe « ressusciter » ne contient pas précisément et en premier lieu, l’idée du retour à la vie d’une personne décédée, en l’occurrence, aujourd’hui, le retour à la vie de Jésus, mais aussi celui de Lazare ou celui du fils de la pauvre veuve de Sarepta.
Le texte original du Nouveau Testament, écrit en grec, utilise deux verbes, généralement traduit par ‘ressusciter’. Ces deux verbes sont : égeiro et anistémi.
- égeiro signifie : se mettre debout, se lever, se réveiller, relever quelqu’un, quand il s’agit d’un malade.v
- anistémi : se tenir debout, se mettre debout après s’être couché.
Par extension, ces verbes synonymes ont donné « ressusciter », c’est-à-dire : « se réveiller de la mort, se lever d’entre les morts. »
Si l’on prend leur signification première, ils acquièrent une multiplicité et une richesse de sens, notamment sur le plan symbolique et spirituel.
Ainsi, ressusciter, c’est renaître, c’est revivre, se redresser, reprendre goût à la vie, reprendre courage, reprendre confiance (en Dieu, en soi, aux autres), retrouver l’espoir, retrouver l’envie de rire et de chanter, l’envie de vivre.
Il y a dans ces verbes l’idée d’un dynamisme, d’une énergie nouvelle qui se déploie dans le cœur, dans le corps, dans l’âme.
D’ailleurs, vous l’avez peut-être déjà entendu autour de vous : quand une personne sort d’une longue maladie ou d’une grave dépression, que dit-elle ? Elle dit : « C’est comme si je ressuscitais ! »
Si l’on applique tout cela aux personnages qui gravitent autour de la mort et de la résurrection de Jésus, on voit qu’il y en a plusieurs qui feront une expérience personnelle de la « résurrection », telle que je viens de la définir.
Alors, venez avec moi, on va faire un tour dans les Evangiles, on va se promener dans le jardin de la résurrection et rencontrer ces hommes et ces femmes qui ont été touchés par la l’esprit de la résurrection !
1) Voici le premier groupe. Ce sont les femmes. Le sabbat est passé, elles viennent, selon la coutume, embaumer le corps de Jésus.
Le texte dit (c’est dans l’évangile de Jean) qu’il fait encore sombre. Pour peu qu’on soit versé dans l’étude des Evangiles, et notamment celui de Jean, on comprend tout de suite que ces ténèbres ne sont pas seulement celles de l’aube naissante, mais aussi et surtout celles qui sont dans le cœur et dans l’esprit des hommes.
Il fait sombre dans les pensées de ces femmes qui se rendent au tombeau, nulle lumière, nul espoir, c’est la nuit du cœur. Leur esprit est tourné vers la mort, elles se sentent impuissantes (« qui nous roulera la pierre ? »), elles ont peur, elles sont silencieuses, elles marchent lentement, lourdement.
Et puis soudain, elles rencontrent les anges, elles rencontrent la lumière, et l’une d’elles, Marie-Madeleine, croise Jésus ressuscité !
Alors tout bascule : elles se mettent à courir, le fardeau est enlevé, les pensées deviennent légères, il fait jour dans leur esprit et dans leur âme, une grande joie remplit leur cœur, en un mot, elles revivent, elles ressuscitent !
2) Le deuxième groupe est formé par les disciples. Ils se sont regroupés, ou plutôt repliés chez l’un des douze – en fait, ils se sont repliés sur eux-mêmes. Ils ont verrouillé la porte : que personne ne sorte, que personne n’entre. Ils ont verrouillé leur cœur. Ils vivent dans la crainte d’être découvert ou d’être dénoncés. Ils sont dans le doute. Un peu de doute, c’est bien, ça aiguise la foi, mais trop de doute nuit ; ça nuit à la foi et à la santé : on remet tout en question, on hésite, on déprime, on se renferme, c’est la porte (non pas fermée !) mais ouverte au découragement et à l’abandon de la foi.
Mais voici que les disciples font aussi l’expérience de la résurrection !
La porte est fermée – les cœurs sont fermés – et voici que Jésus est mystérieusement présent ! Les cœurs s’ouvrent, la vie jaillit à nouveau, les volets s’ouvrent, la lumière divine éclaire à nouveau leur âme ; les doutes s’envolent, l’assurance revient, la confiance renait.
En un mot : ils revivent, ils ressuscitent !
3) Les prochains sur la liste ne sont que deux. Deux disciples qui quittent la ville, ils s’éloignent du groupe des disciples, ils retournent chez eux, dans leur petit village d’Emmaüs. Ils se remémorent toute l’histoire. Ils n’en reviennent pas : tout s’est si brusquement et si tristement arrêté. Difficile à comprendre, difficile à accepter. Tout est parti, et la joie, et l’enthousiasme, et la communauté : il ne reste plus que la tristesse, la déception et la solitude…
Mais eux aussi vont faire l’expérience de la résurrection. Vous connaissez l’histoire : Jésus vient à leur rencontre ; un dialogue s’établit ; la parole revient sur les lèvres, ça bouge à nouveau dans leur cœur, la flamme reprend vie. Ils s’arrêtent, ils s’assoient avec lui à la table de l’auberge, ils le reconnaissent ! Le texte nous dit « qu’ils se levèrent » - c’est le verbe ‘anistémi’ qui est employé là : on pourrait donc traduire : « ils ressuscitèrent » et « retournèrent à Jérusalem ». Ils reprennent goût à la vie, ils retrouvent courage, ils font demi-tour, ils sont à nouveau capables de relation.
4) Et voici maintenant ce que je pourrai appeler l’archétype, le modèle de l’expérience personnelle de la résurrection. Ce n’est plus un groupe, c’est une personne seule. C’est un homme qui a failli. C’est un homme qui a trahi. Est-ce encore un homme ? Peut-il encore se tenir debout après avoir commis ce triple reniement qui le place au dernier rang des disciples ? Est-il encore digne d’être disciple ? Les évangiles ne disent pas grand-chose des pensées de l’apôtre Pierre. A sa place, je n’en mènerai pas large, mon cœur serait rempli de culpabilité, de dénigrement et d’apitoiement sur moi-même ; je suis le dernier des derniers des lâches : j’ai tourné ma veste, j’ai tourné le dos à mon maître.
L’évangile de Jean laisse poindre l’ambivalence et la honte de Pierre. Au petit matin, Jésus apporte les croissants et le café sur la plage : il veut partager le petit déjeuner avec eux. Les disciples sont en train de pêcher ; on les prévient que Jésus est là. En entendant ces mots, Pierre panique, il saute l’eau : peut-être veut-il se cacher, s’éloigner : il a peur de rencontrer celui qu’il a révoqué publiquement. Nous ne ferions pas mieux que lui.
Mais la rencontre tant redoutée (tant attendue ?) a finalement lieu.
Pierre fera, lui aussi, l’expérience de la résurrection. Voici un homme brisé, un homme abattu, un homme fini dont on n’attend plus grand-chose. Il a été le leader du groupe des disciples, il a perdu sa fierté, sa prestance, sa place. Quel rôle peut-il encore jouer après ce qui est arrivé ? Le Pierre des beaux jours est mort et enterré.
Si quelqu’un a besoin d’être ressuscité, c’est bien lui ! C’est pour cela que Pierre est l’archétype de l’expérience personnelle de la résurrection !
A un homme qui n’attend plus rien de la vie, Jésus confie une extraordinaire mission !
A un homme qui doute de pouvoir encore être aimé, Jésus parle d’amour et d’amitié !
En un homme qui n’a plus confiance en lui-même, Jésus place sa confiance !
Pierre relève la tête, Pierre relève le défi, Pierre redevient Pierre : il sort de son tombeau moral et spirituel, une nouvelle vie commence pour lui. Pierre ressuscite intérieurement ! Un nouveau jour commence pour lui.
Il a suffi pour cela d’un regard, le regard de Jésus, il a suffi d’un appel, d’une direction, d’un but pour que tous les morceaux épars se rassemblent et reprennent vie dans le cœur et l’esprit de Pierre ! Nul doute, il se remet debout, il ressuscite !
5) Pour être complet au niveau des personnages qui s’agitent dans le jardin du matin de Pâques, il me faudrait encore parler d’un autre groupe, un groupe qui fait dissonance avec tous les autres. Ce sont les soldats que les prêtres avaient disposé autour du tombeau pour le garder. Lorsque l’ange vient rouler la pierre, ils vont connaître la plus grande peur de leur vie. Un peu plus tard, ils vont faire leur rapport au chef des prêtres. On leur refile une belle somme pour prix de leur silence. Preuve en est que tous n’ont pas le désir de ressusciter intérieurement à une nouvelle vie ; le groupe des soldats nous montre qu’on peut rester indifférent à l’esprit de la résurrection.
Les autres n’ont pas été indifférents :
- les femmes tristes et courbées ont retrouvés le sourire et la joie ; - les disciples cloitrés et repliés sur eux-mêmes ont ouvert la porte, ils ont repris courage et confiance ;
- les deux sur le chemin d’Emmaüs, ont vu leur vie être chamboulée par leur rencontre avec le Christ vivant ;
- et Pierre, abattu, mis à terre par sa lâcheté, le voici qui se relève, Jésus le remet debout : une autre vie commence pour lui.
Tout cela, c’est la force de l’esprit de la résurrection qui a touché ces femmes et ces hommes.
Et la bonne nouvelle, c’est que nous aussi, nous pouvons en faire l’expérience !
Elle passe par la rencontre avec le Christ vivant dont témoignent les Evangiles.
Elle se vit, cette expérience, avec le « oui » donné à Jésus !
Et ensuite, avec ce « oui », avec Jésus, se relever, avec lui, repartir, avec lui, accueillir à nouveau la vie, se relancer dans la vie, retrouver la joie et la confiance, avec lui, accueillir en nous l’esprit de la résurrection !
Pour être enfin pleinement vivant !
Vivant pour Dieu, pour la vie, pour l’église, pour le monde, pour ceux qui sont à côté de nous, vivant pour être envoyé par Jésus, vivant pour suivre et servir Celui qui nous « réveille » et nous « remet debout » ! Amen !
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