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Annoncer le Fils de Dieu

ou mettre en pratique

son enseignement ?

 


Michel Leconte

 

 

25 mars 2012

Il existe une source des paroles de Jésus pré évangélique désignée dans la littérature exégétique sous le sigle Q. Celle-ci est une collection de versets communs à Matthieu et Luc à partir desquels il est possible de la reconstituer. Elle pourrait être issue d’un milieu judéo galiléen et avoir été rédigée dans les années 40 à 60 avant même l’évangile de Marc qui est considéré comme le plus ancien des évangiles.(1)

En Q 6,46 (Luc 6,46), Jésus déclare « Pourquoi m’appelez-vous Seigneur ! Seigneur ! (Kyrios) au lieu de faire ce que je dis ? ».

On est frappé, par la quasi absence dans la source Q des grands titres christologiques traditionnels du Nouveau Testament et repris par les Eglises chrétiennes. Le verset cité ci-dessus semble viser la communauté de Jérusalem dans sa foi et sa prière au « Seigneur » tout-puissant mais ne fait rien de ce qu’il demande.

Cette source, en effet, ne vise pas à transmettre un savoir sur Jésus, mais à interpeller ses disciples pour les orienter à sa suite sur un chemin de vie.

L’envoyé du père se fait proche des pauvres, des exclus, des affamés, des malades. Il annonce le règne de Dieu qui s’épanouit comme la pâte qui lève grâce à la levure. Il proclame un Dieu dont on ne peut être le serviteur si l’on est l’esclave de l’argent, un Dieu qui éprouve une grande joie comme le berger qui retrouve la brebis perdue ou la femme qui retrouve la pièce qu’elle avait égarée, un Dieu miséricordieux qui fait lever son soleil ou tomber la pluie sur les bons comme sur les méchants, sur les justes comme les injustes (Q 6,35) un Dieu tendre, miséricordieux (Q 6,36).

La source demande que l’on se mette à la suite de Jésus et non qu’on l’adore ou lui rende un culte en lui donnant de grands titres. Le fils de l’homme mentionné dans la source est celui qui fera la lumière, à la fin des temps, sur les actes des humains qui auront su prendre la voie de Jésus. Peut-être est-ce Jésus lui-même. Ce serait le seul titre conféré explicitement à Jésus par la source.

Ce qu’il y a de remarquable dans la source, c’est qu’on y trouve ni respect du temple, ni sens salvifique accordé à la mort de Jésus, ni mention de la résurrection, ni reconnaissance de la lignée davidique, ni adhésion aux titres de fils de Dieu, messie (Christos) ou Seigneur pour désigner la fonction de Jésus après sa mort. Une seule chose préoccupe la source : bien vivre en attendant le sens ultime de l’existence qui sera révélé par ce fils de l’homme des derniers temps que sera Jésus. On dirait même que la source n’est pas un document religieux, Jésus n’y est pas le fondateur du nouveau courant religieux constitué par ses disciples. Il est une voix puissante comme celle des prophètes qui l’ont précédé jusqu’à Jean. La source n’a que faire des hauts titres christologiques et des célébrations religieuses comme succédanées de l’agir. Dire les bons mots, connaître les bons codes, être dans la bonne religion, ne remplacent pas l’agir à la suite de Jésus.

Il y a, dans la source, de manière sous-jacente, une critique radicale de la religion. Le message du Jésus de la source rejoint celui d’Amos qui insiste sur la pratique de solidarité avec les pauvres ainsi que la dénonciation de l’orgueil qui menace les élus. Jésus n’y dévalue pas la vie présente et tout engagement en raison de la résurrection dans une autre vie. De même, Jésus n’est pas un ascète. Il mange et boit comme tout le monde, on le traite de goinfre et d’ivrogne, ami des publicains et des pécheurs (Q 7,34). Il faut le redire : la source ne proclame pas Jésus. Elle valorise ses paroles. Si nous n’avons là certes pas les ipsissima verba de Jésus, nous sommes, je crois, en présence de son ipsissima vox. Si l’on a retenu sa parole peu de temps après sa mort, c’est qu’elle a été jugée déterminante pour l’histoire humaine. Il s’est manifestement passé quelque chose mais la source ne juge pas utile de nous le révéler. Elle permet seulement – mais c’est l’essentiel – d’en saisir l’impact.

La source, forte de son absence de dogmatisme, force ses lecteurs à se concentrer sur l’essentiel : Sa parole et le souffle saint. Il n’y a pas à rendre un culte à Jésus, à lui adresser nos prières. Elle ne dit rien sur son existence après sa mort et sa résurrection dans les cieux, à la droite de Dieu. Ce qui importe c’est l’interpellation que lance l’envoyé du Pere.

Hélas, cette voix a ensuite été estompée, voire, à certaines époques, engloutie. La Religion reprit le dessus. On annonça le Fils de Dieu et non sa parole. L’homme Jésus devint Dieu-le-Fils, la troisième personne de la Trinité, Pantocrator, Christ Roi. Le mémorial du dernier repas devint le rite eucharistique où l’homme incorpore son Dieu afin de participer, à son tour, à la divinité. La croix et la mort de Jésus reçurent une interprétation sacrificielle, expiatoire et rédemptrice de la culpabilité originelle. L’incarnation devint le mystère où Dieu se fait homme afin que l’homme devienne Dieu : « admirable échange ». La résurrection devint la garantie de notre immortalité, de notre exaltation, de notre divinisation. N’est-ce pas le vœu secret de l’homme : devenir le Dieu immortel ? La religion, le religieux et son système de pouvoir et de culpabilisation furent, avec la complicité de l’empereur Constantin, victorieux.

Grâce au souffle, on ne parvint jamais à étouffer complètement la voix du Jésus de la source et des évangiles. Car ce que Jésus a dit, ce qu’il a été, nous pouvons aujourd’hui le faire resurgir. Non, bien sûr, répéter Jésus mais inventer, découvrir dans notre culture et notre époque, le Dieu qui fut le Dieu de Jésus. La vie de tout ce qui vit ne consiste pas à rendre hommage et à adorer Jésus, l’Homme accompli, Parfait. Non, l’histoire des hommes continue. Dieu est avec nous dans notre contingence et notre historicité. Dieu est avec nous et nous pouvons être avec lui aujourd’hui et demain, sous l’impulsion de son Souffle Saint Créateur.

 

_______________________

 

(1) Pour consulter le texte de la source et une vue générale de la question, on pourra se reporter à Frédéric Amsler. L’Evangile Inconnu ? La source des paroles de Jésus, Labor et Fides, 2001.

 

 


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