Libre opinion
Épiphanie
Un jour tu connaîtras la douleur
One day you will know the pain
Daniel J. O’Leary
In « Unmasking God »
25 décembre 2011
Après la visite des mages, trois étranges personnages se présentèrent. Le premier était vêtu de haillons et clopinait sur une béquille. Le second n’avait qu’un pantalon en lambeaux et portait une chaîne. Le troisième était le plus bizarre ; il était pâle, avait une sorte de perruque grise et portait une chemise Afro.
En les voyant tous ceux qui étaient dans l’étable s’écrièrent :
- Ferme vite la porte, Joseph. Ce sont des rodeurs, des voleurs, ils vont nous voler tout ce que nous avons.
Mais Joseph dit :
- Tout le monde a le droit de voir l’enfant : les pauvres, les riches, les malheureux, les indignes. Nous ne pouvons pas garder cet enfant pour nous. Qu’ils entrent.
Ils sont entrés et ont regardé l’enfant. Joseph prit l’or, l’encens et la myrrhe que les mages avaient apporté.
Il dit au premier des ces étranges visiteurs :
- Tu as l’air pauvre, prends cet or. Tu achèteras ce qu'il te faut.
Au second il dit :
- Je vois que tu es enchaîné et je ne sais pas comment te débarrasser de tes chaînes. Mais prends cette myrrhe, elle soulagera les meurtrissures que tu as aux poignets et aux chevilles.
Au troisième il dit :
- Ton esprit est tourmenté. Je ne peux pas te guérir. Peut-être que la fumée de cet encens adoucira le trouble de ton âme.
Le premier homme prit la parole et dit :
- Ne me donne pas cet or. Si on me voit avec, on dira que je l’ai volé. D’ailleurs, je suis désolé de le dire, mais un jour viendra où l’enfant que voici sera mis au rang des brigands, lui aussi.
Le deuxième homme dit :
- Ne me donne pas la myrrhe. Garde-la pour l’enfant. Un jour viendra où on le chargera de chaînes, lui aussi.
Le troisième homme dit :
- Je suis perdu. Je n’ai pas la foi du tout. Dans la campagne que bat mon esprit il n’y a pas Dieu. Garde l’encens pour l’enfant. Un jour viendra où il perdra foi en son Père, lui aussi.
Et les trois hommes dirent à l’enfant :
- Petit enfant, tu n’es pas du pays de l’or et de l’encens. Tu es, comme nous, du pays du manque et de la souffrance. C’est nous qui allons partager avec toi.
Le premier homme ôta sa chemise en haillon et dit :
- Prends ceci. Un jour viendra où tu en auras l’usage quand on t’aura enlevé ta tunique.
Le deuxième homme dit :
- Quand on m’aura ôté ces chaînes je les garderai pour toi. Un jour viendra où tu les porteras et tu connaîtras la souffrance humaine.
Le troisième homme dit :
- Je te donne ma dépression, mon manque de foi en Dieu et tout ce qui va avec. Je n’en peux plus. Tu porteras ma peine avec la tienne.
Et les trois hommes sortirent dans la nuit. Mais l’obscurité n’était plus la même pour eux. Quelque chose s’était passé dans l’étable. Leur douleur s’effaçait. Une sorte d’épiphanie s’était produite. Ils voyaient les étoiles dans le ciel.
Traduction Gilles Castelnau
Church Times
21 décembre 2011
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