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Interpréter les textes

 

« Nous ne pouvons qu’interpréter les textes,

et la vie aussi,

à partir de notre propre point de vue  »

 

 

Jean-Marie Schaeffer

propos recueillis par Eric Loret

 

publication dans Libération du 22 décembre 2011

Cette réflexion sur l'interprétation des textes ne visait pas particulièrement l'interprétation des textes bibliques.
Mais il nous semble que les lecteurs de la Bible peuvent en faire leur profit.
En voici un grand passage. (G.C.)

       

24 décembre 2011

[...]

Quelle est la liberté du lecteur par rapport à l'auteur ?

Si l'on pose la question sous cette forme-là, on questionne une norme : jusqu'où le lecteur peut-il aller dans sa liberté par rapport au texte ? Je crois qu'aucun lecteur n'aborde la question comme ça. Il ouvre le livre, il lit, il comprend ce qu'il peut comprendre de la façon dont il peut le comprendre.
S'il a des informations latérales pertinentes, il comprendra peut-être plus mais, en tout état de cause, le livre qu'il va lire est le livre qu'il va comprendre. Et, en général, le lecteur présuppose que ce qu'il lit est ce que l'auteur a voulu dire. Il se trompe parfois, peut-être souvent, mais il ne pense jamais consciemment « je lis quelque chose que l'auteur n'a pas voulu dire ».
Après, savoir dans quelle mesure ce qu'il lit est proche de ce que l'auteur a visé comme sens est une question à laquelle on ne peut répondre, je pense, qu'en termes historiques. On sait très bien qu'il y a des dérives de la signification des textes, qui ne sont d'ailleurs pas que des effets négatifs de la transmission historique. S'il n'y avait pas eu de lectures dites erronées, l'histoire de l'inventivité littéraire ne serait pas ce qu'elle est.
On peut dire la même chose de la philosophie. Le nombre de renouvellements de la philosophie qui sont dus à de mauvaises lectures est énorme et il faut accepter qu’une « erreur » par rapport à un sens qui semble être celui de l’auteur puisse produire de richesses nouvelles.

Qu’enseigner, dans ce cas ?

Ce qu’il serait important de faire et que beaucoup d’enseignants font déjà c’est de montrer aux élève en les faisant eux-mêmes réagir au texte, que différentes personnes comprennent différemment. Et s’ils comprennent autrement, ce n’est pas uniquement parce que l’un comprend mieux que l’autre, mais parce que chacun a une porte d’entrée différente dans le même texte. Ces portes d'entrée différentes ont la même valeur par rapport au texte.
Il y a ne pas comprendre, au sens linguistique du terme, et puis l'interpréter à partir de son propre point de vue. Or, nous ne pouvons pas faire autrement que d'interpréter les textes, et la vie aussi, à partir de notre propre point de vue. Dans l'apprentissage de la littérature à l'école, il faudrait amener les élèves à comprendre que ce qu'ils vont lire et comprendre sera toujours en partie déterminé par ce qu'ils sont, et en partie aussi par ce qu'ils veulent être. Je crois que cette charité interprétative appliquée à toutes les lectures serait beaucoup plus profitable à l'enseignement de la littérature que l'idée qu'il y a une lecture juste sur laquelle il faut se calquer.
Cette lecture est peut-être juste pour contrôler des savoirs supposés mais elle n'est pas juste au sens où elle rendrait justice à la puissance des textes qui sont lus. Le deuxième aspect, très important, c'est qu'il faut faire écrire les élèves, qu'ils puissent confronter ce qu'ils savent faire ou pas faire à ce que d'autres ont fait.
Ils verront la différence mais aussi ce qu'il y a de commun, que c'est la même pulsion qu'il y a chez eux quand ils se mettent à raconter quelque chose et celle qui a mené tel grand écrivain à écrire son chef-d'œuvre. Il n'y a que cette façon-là pour avoir un rapport vivant à la littérature, pour que la littérature puisse remplir le rôle qui devrait être le sien, enrichir nos vies et enrichir les voies de la liberté.

Vous semblez supposer à la fois une variation irréductible des goûts et l'existence d’un substrat humain commun...

Si on observe les pratiques effectives de circulation du sens, dans le domaine de la littérature et de façon plus générale, du sens social, on a à la fois, non pas un substrat, mais des sortes de socles stables dans une culture donnée, voire d'une culture à l'autre, et par ailleurs un ensemble de variations infinies qui se développent à partir de ce socle commun. Ce qui est commun et ce qui est variable, relatif, ne sont pas deux pôles qui s'opposent mais tout simplement deux niveaux d'une même réalité.
Nous avons à la fois des présupposés que nous admettons, parce que sans présupposés nous ne pourrions rien juger de vrai ni de faux, et puis à partir de ces présupposés qui sont en général partagés, nous développons des variations adaptées à la situation dans laquelle nous nous trouvons, quitte à nous tromper. Le débat entre ce qui doit être partagé, qui est commun, et la question de la relativité est un faux débat parce qu'il n'y a pas un choix entre l'un et l'autre mais toujours une combinaison des deux.
S'il n'y avait que du relatif, nous ne pourrions pas parler les uns avec les autres. S'il n'y avait que la constance, que du commun, nous pourrions parler, mais tout le monde aurait déjà partagé tout ce qu'il y a à partager et il n'y aurait plus rien de nouveau.

 


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