
Aussitôt après la mort
Recherche biblique
Roger Klaine
Ed. Cerf
104 pages - 10 €
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Recension Gilles Castelnau
9 décembre 2011
Le Père Roger Klaine nous fait suivre l’évolution de la spiritualité biblique concernant l’au-delà depuis le prophète Osée jusqu’à l’Apocalypse de Jean. Il est manifestement au courant des plus récents travaux des biblistes et ne cherche pas le moins du monde à utiliser la Bible pour illustrer la doctrine catholique traditionnelle. Voici quelques pages de ce petit livre qui en présentent les passages essentiels.
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page 19
L'Israélite a perçu Dieu comme une force active avant de l'imaginer comme un principe éternel : une énergie qui suscitait la vie, et qui restait ensuite toujours à l'œuvre. Quand le développement de l'homme l'en rendit capable, cette force active fit le projet de l'associer à son propre devenir et au devenir du monde. Là est sans doute l'originalité d'un Dieu désirant établir l'homme comme son co-créateur responsable pour mener une terre en évolution à son terme. C'est la finalité même de son action créatrice : vivre dans une paix et un bonheur partagés avec les hommes.
page 24
Le Dieu de la Bible ancienne est le suprême donateur de la vie, mais cela ne signifie pas qu'il alloue une vie sans fin. Dieu donne la vie pour une durée qu'il juge appropriée. La mort, en tout cas, n'est pas contraire à sa volonté.
page 36
Le prophète Osée (8e siècle av. JC) se trouve confronté à des événements mettant en péril l'existence nationale, il soutient le peuple par des admonestations explicitement imprégnées de la religiosité cananéenne. Il fait appel à la nuée du matin et à la rosée matinale, qui sont des symboles du culte agreste de Canaan pour dire le retour à la vie après la mort hivernale de la nature. Osée écrit aussi : Venez, retournons vers Dieu. C'est lui qui a déchiré et c'est lui qui nous guérira... Après deux jours, il nous fera revivre et le troisième jour, il nous relèvera.
Ce petit texte fait allusion aux coutumes mortuaires dont il a été question plus haut : les trois jours nécessaires pour entrer dans la mort (voir p. 24). Mais dans un contexte de réveil de la nature après la mort hivernale, il prend le sens du renouveau collectif de tout un peuple. Signifie- t-il pour autant un réveil en dehors de la mort ? Quelques rares spécialistes le pensent ; la plupart en doutent.
L'intérêt de ces lignes pour notre recherche est qu'elles appliquent cette affirmation à tout le peuple. Après trois jours, Dieu redonnera vie à la communauté qui est sienne. Ce passage montre que, 800 ans avant notre ère, les Israélites étaient sensibilisés à l'un des grands aspects de la mystique cananéenne : la renaissance de la nature après l'hiver, signe de la régénération humaine. Le lien que nous avons dit constitutif entre les hommes et leur terre trouve ici une illustration pour le moins importante. La vie des hommes et celle de la terre semblent bien être en consonance. Est-ce un avant-goût de la nécessité d'une « Terre nouvelle » pour une collectivité transformée, à |a fin des temps ?
De chair et d'os (Ez 37, 1-14 – VIe siècle avant notre ère). Deux siècles plus tard s'ouvre pour Israël la période la plus tragique de son histoire : la déportation de ses élites en Babylonie (partie de l'Iraq actuel).
Dispersés au milieu d'un peuple tout-puissant, les exilés se rendent compte que leur situation est désespérée. Ils sont comme des cadavres dont les aspirations d'avenir s'enfouissent dans la terre étrangère. Perdu parmi eux, un prophète du nom d'Ezéchiel compose pourtant une parabole fulgurante. Sa « vision » décrit une masse d'êtres humains dont les cadavres ont disparu et dont il ne reste plus que des ossements dispersés. Un charnier à ciel ouvert. [...]
Sur ordre du Créateur, ce souffle des quatre vents, ce souffle qui anime toute vie sur terre vint en eux, et alors ils reprirent vie et ils se mirent debout sur leurs pieds.
Cette page du prophète Ézéchiel annonce la restauration du peuple israélite. Il n'est donc pas question d'affirmer qu'elle prédit l'avenir de l'humanité. Cette « vision » est pourtant importante. Elle a probablement aidé à propager l'idée que le Dieu, qui a créé les hommes en en faisant ses collaborateurs, ne les abandonnera pas au néant de la mort. Il peut les revivifier. Voici, je mets en vous un souffle de vie et vous vivrez.
page 42
Un réveil individuel et communautaire (Dn 12, 2 s. – 2e siècle avant notre ère). Vers 160 avant notre ère, dans le même esprit et en utilisant un langage comparable, paraît le livre de Daniel. Il semble avoir été écrit avant la mort du roi de Syrie, Antiochus IV. Ce dernier avait tenté d'imposer en Palestine la culture grecque, alors dominante dans le Proche-Orient tout entier. Il interdit l'observance du culte traditionnel juif et engagea une persécution violente contre tous les croyants. Une révolte populaire s'ensuivit, qui finit par triompher. Mais la culture grecque marqua les mentalités d'alors, en Israël comme ailleurs. Cette période, qui mit le pays à feu et à sang, l'auteur du livre de Daniel l'a décrite en des termes terrifiants. Puis son sujet l'entraînant à dépeindre le jugement des humains à la fin des temps, il écrit : En ce temps-là, de ton peuple échapperont ceux qui se trouvent inscrits dans le Livre et un grand nombre de ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront ; ces derniers sont pour la vie éternelle, les autres sont pour l'horreur éternelle.
Et il ajoute : Les sages brilleront comme la splendeur du firmament [...] comme les étoiles, pour toujours et à jamais.
L'auteur reste vague quant à l'importance numérique de ceux qui sont concernés : « un grand nombre », écrit-il. Il ne s'agit donc pas de l'humanité entière. Loin s'en faut : les spécialistes de ce texte réduisent sa portée non seulement aux seuls membres du peuple d'Israël, mais encore uniquement à une partie d'entre eux. A la fin du monde présent, les fidèles de Dieu, s'ils sont vivants, conservent la vie et, s'ils sont morts et descendus au Shéol, ils se relèvent. Quant aux autres, les non fidèles, ils sont condamnés à disparaître. L’horreur éternelle est en effet synonyme de mort définitive.
page 46
Le chapitre en question relate l’histoire de sept frères, arrêtés par Antiochus IV pour être forcés à manger de la viande de porc devant leur mère, sans quoi ils seront exécutés. L’histoire de ces frères - peut-être véridique - est le prétexte pour l'auteur de développer un véritable enseignement sur la « remise debout » des morts qui ont gagé leur vie sur Dieu et son œuvre
Deux des sept frères affirment nettement leur Foi en la vie après la mort. Le deuxième jette ainsi A la face du tyran : Scélérat que tu es ; tu nous exclus de cette vie présente. Mais le Souverain du monde nous remettra debout et nous fera revenir à une revivification éternelle de la vie.
page 48
Un essai ambigu (Livre de la Sagesse – 1er siècle avant notre ère) J'ai dit plus haut que des éléments de la culture gréco-latine, qui était celle des nouveaux maîtres du Proche-Orient, envahissaient la région palestinienne. Pour la foi israélite, cela représentait un défi majeur. Le Livre de la Sagesse, le plus récent de la Bible ancienne, est marqué par ce contexte.
page 60
La mort et le plein accomplissement des temps (1 Th 4. 13-18). Le premier document que nous possédons est une lettre de Paul de Tarse. On sait l'histoire de ce juif qui, à 20 ans, connut son « chemin de Damas » : une vision du Christ bouleversa sa vie et fit de lui le principal propagateur du christianisme. […]
La venue finale du Christ est annoncée sur le point de se produire. Pourtant, elle semble (déjà) tarder. Aussi, l'événement attendu n'ayant pas lieu, ces nouveaux adeptes de la foi que l'on appellera « chrétienne » s'interrogent. Ils sont en particulier préoccupés par le sort des leurs qui décèdent : ils ne seront plus là pour le grand Jour. Que deviennent-ils alors ? Une explication s'impose. […]
C'est ainsi, écrit Paul, que ceux qui seront morts, Dieu les ramènera par l'intermédiaire de Jésus et avec lui. C'est ensuite seulement que le Seigneur Dieu descendra du ciel et qu'ils connaîtront la plénitude de vie du dernier Jour. […]
De toute façon, l'auteur de la lettre certifie que les vivants sur terre qui seront restés jusqu'à cette venue ne devanceront pas du tout ceux qui seront morts. Avec une superbe assurance, Paul garantit que ce sont, au contraire, les défunts récents qui avaient foi en Christ qui se lèveront [es premiers. (I Th 4, 16).
Tel est évidemment le fait majeur dont il fallait convaincre les chrétiens de Thessalonique. Paul se devait de les persuader que leurs défunts ne se trouveraient pas désavantagés, voire oubliés. En particulier, ceux qui seraient encore en vie lors de la fin du monde. Aussi insiste-t-il pour dire qu'il n'y aura pas, à ce moment-là, de différence entre la condition des croyants défunts et celle de leurs frères vivants. Ils seront à nouveau réunis et ils se retrouveront, ensemble et pour toujours.
Comme on le voit, l'auteur insiste avant tout sur l'aspect collectif de la vie des croyants après la mort.
page 84
Pour la pensée grecque, l'homme est « immortel ». A sa mort, il n'a donc point besoin de revivre. L'âme du mort est perçue différemment selon les diverses philosophies. Néanmoins, elle est foncièrement réduite à un double, plus ou moins inconsistant mais personnel. L'existence de l'individu se prolonge tel qu'il est, et cela pour toujours.
La différence avec la vision chrétienne est entière.
L' « éternité » judéo-chrétienne dont il est question s'inscrit dans la pensée globale d'Israël. Comme on l'a vu, la Divinité hébraïque créa l'homme pour l'associer à l'avenir du monde. A sa mort, l'éternité dans laquelle il entre demeure un temps en devenir, avec et dans un Dieu en état de création qui sans cesse est au travail, comme disait Jésus. Aussi l'éternité judéo-chrétienne est-elle tout orientée vers « l'avenir », vers un inconnu, vers la nouveauté.
Il est évidemment impossible d'imaginer cette autre vie.
page 102
A tous les lecteurs de ces lignes et à moi-même, je souhaite de pouvoir entrer un jour, peut-être proche, dans cette nouvelle étape, avec calme, confiance et paix.
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