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La nouvelle France protestante

 

Essor et recomposition au XXIe siècle

 

 

Sébastien Fath Et Jean-Paul Willaime (dir).

Jean-Pierre Bastian, Arnaud Baubérot, Céline Béraud, Bernard Boutter, Jean-Yves Carluer, Blandine Chelini-Pont, Claude Dargent, Frédéric Dejean, Anne Dollfus, André Encrevé, Sébastien Fath, Aurélien Fauches, Isabelle Grellier, Pierre-Yves Kirschleger, Frank la Barbe, Bérengère Massignon, Pan Junliang, Jean-Daniel Roque, Christopher Sinclair, Sophie-Hélène Trigeaud, Jean-Paul Willaime, Jean-François Zorn

 

Labor et Fides 484 pages. 39 €

 

.

 

Recension Gilles Castelnau

 

4 novembre 2011

Cet important ouvrage présente avec une grande précision et une remarquable exigence scientifique la situation sociale du protestantisme français. Voici les titres de ses différentes partie :

1. Etat des lieux : une minorité en légère croissance.
2. Une identité plurielle : à la découverte du kaléidoscope protestant
3. Unchristianisme de l’ascèse intramondaine
4. Une différence protestante française dans le contexte international ?
Annexes, cartes et tableaux.
Les pasteurs de France au miroir de l’enquête IFOP.

Voici quelques passages de sa conclusion, rédigée par Jean-Paul Willaime, amplement justifiés et expliqués par les nombreux articles précédents.

 

page 370

Si les protestants constituent en ce début du XXIe siècle
une famille recomposée, ils se situent aujourd'hui en France
dans un paysage religieux lui-même profondément recomposé

Si l'on compare les résultats des enquêtes européennes EVS (European Values Surveys) sur les valeurs effectuées en France en 1981 et en 2008 – soit un intervalle de près de trente années -, un triple constat s'impose.
1) la croissance de la proportion de personnes se déclarant « sans religion » ou « athée convaincu »,
2) l’importante diminution de l’identification au catholicisme des habitants de France,
3) la croissance de la proportion de personnes se déclarant d’une « autre religion ».

[...]

Il y a entre ces deux dates une rigoureuse inversion entre les athées convaincus et les catholiques pratiquants réguliers, les premiers passant de 9 % à 17 % tandis que les seconds passent de 17 % à 9%. Si l'on totalise les deux premières catégories (« sans appartenance déclarée » et « athée convaincu », l'on passe de 27 % en 1981 à 50 % en 2008 : en France, la moitié des personnes n'ont pas d'appartenance religieuse ou sont, pour une part moindre d'entre eux, dans un rapport critique au religieux.

Un protestantisme certes toujours micro-minoritaire,
mais qui côtoie désormais un catholicisme
devenu lui-même minoritaire

Si, dans l'enquête EVS de 2008, l'on additionne les pourcentages de catholiques, quel que soit leur degré de pratique cultuelle, l'on obtient 42 % en 2008, alors que l'on en dénombrait 70 % en 1981. Il y a en France une baisse drastique de l'identification au catholicisme, diverses enquêtes en témoignent : c'est un fait majeur de l'évolution du paysage religieux de la France ces dernières décennies.
Autrement dit, le catholicisme, tout en restant la religion la plus importante en nombre, n'est plus, dans notre pays, une religion majoritaire. Certes, la différence est grande entre un nombre de protestants estimé à près de 3 % de la population et un nombre de catholiques estimé à 42 % de la population, mais la microminorité protestante côtoie désormais une macro-minorité catholique et non plus un catholicisme largement majoritaire. Des responsables catholiques apprennent de plus en plus aujourd'hui à penser le catholicisme comme fait minoritaire dans une France très sécularisée.
Les données 372 EVS de 2008 manifestent par contre une croissance des personnes déclarant appartenir à une autre religion, les chiffres passant de 3 à 8 %. Si cette catégorie concerne principalement des musulmans, elle comprend également les chrétiens non catholiques romains, les orthodoxes et les protestants.

Il ressort de ces constats que les personnes qui, d'une façon ou d’une autre, s'identifient au protestantisme aujourd'hui en France se situent dans une France à la fois moins religieuse et moins catholique. C'est une évolution considérable du contexte socio-religieux dans lequel se situe aujourd'hui un protestantisme longtemps habitué à se penser comme une micro-minorité face à un catholicisme statistiquement et socialement très dominant. Ceci apparaît encore plus nettement si l'on considère l'appartenance religieuse des jeunes adultes de 18-29 ans (EVS 2008) :

Sans appartenance déclarée : 40 %
Athées convaincus : 27 %
Catholiques : 23 %
Autres religions : 10 %

A ces évolutions mesurées quantitativement, il faut ajouter les évolutions dans la façon même d'être religieux aujourd'hui. On peut les résumer en disant qu'il y a, dans le domaine religieux comme dans d'autres domaines (en particulier politiques et syndicaux), une certaine fragilisation des appartenances : on appartient moins à une institution que l'on participe à certaines des activités qu'elle propose. Il y a un affaiblissement du pouvoir social d'encadrement culturel et organisationnel des religiosités individuelles. C'est le fameux passage du religieux par héritage au religieux par choix, des processus d'individualisation et de subjectivisation du religieux.
Dans un tel régime, il faut disposer de quelques atouts (économiques, sociaux, culturels, psychologiques) pour pouvoir s'orienter et construire sa propre identité. La société sécularisée et pluraliste que nous connaissons engendre aussi de la précarité symbolique, de l'insécurité ontologique, car il n’est pas forcément facile de se construire dans un monde aussi complexe et aussi évolutif.
Pour le résumer d'une phrase : les individus sont aujourd'hui moins encadrés socialement et moins culturellement formatés par les institutions, ils sont moins portés par des structures sociales qui, si elles pouvaient être vécues comme contraignantes, voire étouffantes, étaient cependant structurantes et rassurantes. Dès lors, les individus ont plus à prendre sur leurs épaules et à assumer personnellement toute une série de choix.

 

page 381

Les clivages et les tensions du protestantisme en France

[…] Les résultats du sondage IFOP montrent en tout cas très clairement que si, sur certains sujets, il y a une unité de vue plus importante qu'on ne le pense entre les protestants (notamment dans le domaine de l'éthique sociale), sur d'autres, il y a de réelles divergences.

1) La première ligne de différenciation concerne la religiosité, la façon même de concevoir les rapports du divin et de l'humain, ce qui traduit des spiritualités, des styles de piété différents. Les réponses du sondage IFOP à la question « En cas de maladies, comptez-vous sur des guérisons miraculeuses ? » en manifeste un aspect. Entre les protestants luthéro-réformés qui sont seulement 13 % à répondre oui à cette question et les protestants évangéliques qui sont 70 % à le faire, il y a incontestablement une différence importante : ces protestants ne comprennent manifestement pas de la même façon l'action du Dieu Tout-Puissant qu'ils confessent l'un comme l'autre.
Il y a là un véritable et important clivage de sensibilité religieuse parmi les protestants, un clivage différenciant celles et ceux qui croient en un agir divin bouleversant les causalités naturelles et celles et ceux qui, tout en ayant confiance en Dieu, ne croient guère aux miracles et restent assez rationalistes.

Une autre attestation de cette différence dans la religiosité, bien qu'il y ait des minorités significatives aussi bien chez les luthéro-réformés que chez les évangéliques, se manifeste dans la façon de considérer le texte biblique. Le fait que 41 %o des luthéro-réformés considèrent que le récit biblique de la création est « un mythe signifiant la condition de l'homme dans la création du monde » et que seulement 14 % des évangéliques adhèrent à cette position montre que, dans le rapport même au texte biblique, élément central de la foi protestante, les protestants n'articulent pas de la même façon le divin et l'humain.
[…]

2) Les protestants luthéro-réformés et les protestants évangéliques diffèrent profondément en matière d'éthique sexuelle et familiale. comme le montrent les résultats du sondage IFOB les écarts entre les luthéro- réformés et les évangéliques sont particulièrement forts sur le droit à l'avortement (87 % des luthéros-réformés et 40 % des évangéliques sont d'accord pour le défendre), la bénédiction des couples homosexuels (46 % des luthéro-réformés et 14 % des évangéliques sont d'accord pour que les Eglises le fassent) et le choix du moment de sa mort (62 % des luthéro-réformés et 27 % des évangéliques estiment que « chacun devrait pouvoir choisir le moment de sa mort »).

 

 

page 401

Le nombre de protestants en France

Selon les estimations actuelles de l'IFOP et en incluant donc les personnes s'identifiant comme « chrétien évangélique », il y aurait en France métropolitaine entre 2,5 % et 2,8 % de protestants, ce qui représenterait entre 1,6 million et 1,7 million de personnes de la population. Sachant que la proportion des protestants dans la France d'outre-mer est supérieure à ce qu'elle est en métropole, on peut estimer raisonnablement que la population protestante représente bien 1,7 million de personnes au moins sur les 64,7 millions que comptait la France (Métropole + DOM) au 1er janvier 2010. Non seulement le protestantisme se maintient en France sans subir l'érosion que l'on observe dans le monde catholique, mais il est même légèrement en croissance.
Parmi l’ensemble des sondés, 22 % d’ailleurs n'étaient pas protestants mais le sont devenus (ils représentent 154 répondants sur les 702). Sur 100 de ces néoprotestants, 59 étaient auparavant catholiques, 28 sans religion, 11 d'une autre religion et 2 étaient musulmans. Ces néoprotestants se répartissent équitablement entre les moins de 35 ans et les 35 ans et plus, autrement dit ce sont aussi bien de jeunes adultes que des moins jeunes qui se sont intéressés au protestantisme.

Le constat global de 22 % de néoprotestants montre que la population protestante en France tend à se renouveler grâce à l'apport de personnes d'autres origines religieuses ou qui étaient auparavant sans religion. Un cinquième de nouveaux venus parmi les protestants en France, voilà un fait qui témoigne que la façon protestante d'assumer individuellement et collectivement le christianisme est attractive pour certains, en particulier pour des personnes d'origine catholique.
Si l'apport de nouveaux membres vient principalement des protestants évangéliques (48 % des évangéliques déclarent ne pas avoir été protestant auparavant), il importe de souligner que c'est aussi le cas de 11 % parmi les luthéro- réformés : le protestantisme luthéro-réformé se renouvelle également par l'apport de personnes venant d'autres horizons religieux et philosophiques que le protestantisme, en particulier du catholicisme.

Il est intéressant de constater une tendance : le protestantisme luthéro-réformé apparaît proportionnellement plus le protestantisme d'accueil des personnes d'origine catholiques alors que le protestantisme évangélique apparaît proportionnellement plus le protestantisme d'accueil des personnes sans religion. Quant aux 52 % d’évangéliques d'origine protestante (par rapport aux 48 % d'évangéliques venant d'autres horizons), ils manifestent aussi le fait que le protestantisme évangélique est une tradition, qu'ils constituent aussi un protestantisme par héritage (même si ces 52 % mêlent les évangéliques d’origine luthéro-réformée et les évangéliques d'origine évangélique).

Autrement dit, même si, comme le vérifie ce sondage IFOP (voir ci- dessous), l'on peut schématiquement distinguer et quelquefois opposer un protestantisme de conversion propre aux évangéliques et un protestantisme d'héritage propre aux luthéro-réformés, il faut aussi relativiser ce schéma trop simpliste : on reçoit aussi de l'évangélisme par héritage et on opte également pour 1e protestantisme luthéro-réformé par choix personnel (Il y a aussi bien des convertis luthéro-réformés, y compris dans les paroisses les plus libérales, que des évangéliques qui vivent la conversion comme un héritage).

 


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