Libre opinion
Dieu ne regarde pas à l'apparence
1 Samuel 16
prédication
pasteur René
Lamey
14 mai 2013
1 Samuel 16
1 L'Eternel dit à Samuel :
-
Quand cesseras-tu de pleurer sur Saül ? Je l'ai rejeté, afin qu'il ne règne plus sur Israël. Remplis ta corne d'huile, et va ; je t'enverrai chez Isaï, Bethléhémite, car j'ai vu parmi ses fils celui que je désire pour roi.
2 Samuel dit :
-
Comment irai-je? Saül l'apprendra, et il me tuera.
Et l'Eternel dit :
-
Tu emmèneras avec toi une génisse, et tu diras : Je viens pour offrir un sacrifice à l'Eternel. 3 Tu inviteras Isaï au sacrifice ; je te ferai connaître ce que tu dois faire, et tu oindras pour moi celui que je te dirai.
4 Samuel fit ce que l'Eternel avait dit, et il alla à Bethléhem. Les anciens de la ville accoururent effrayés au-devant de lui et dirent :
-
Ton arrivée annonce-t-elle quelque chose d'heureux ?
5 Il répondit :
-
Oui; je viens pour offrir un sacrifice à l'Eternel. Sanctifiez-vous, et venez avec moi au sacrifice.
Il fit aussi sanctifier Isaï et ses fils, et il les invita au sacrifice. 6 Lorsqu'ils entrèrent, il se dit, en voyant Eliab :
-
Certainement, l'oint de l'Eternel est ici devant lui.
7 Et l'Eternel dit à Samuel :
-
Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l'ai rejeté.
L'Eternel ne considère pas ce que l'homme considère ; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Eternel regarde au cœur.
8 Isaï appela Abinadab, et le fit passer devant Samue ; et Samuel dit :
-
L'Eternel n'a pas non plus choisi celui-ci.
9 Isaï fit passer Schamma; et Samuel dit :
-
L'Eternel n'a pas non plus choisi celui-ci.
10 Isaï fit passer ses sept fils devant Samuel ; et Samuel dit à Isaï :
-
L'Eternel n'a choisi aucun d'eux.
11 Puis Samuel dit à Isaï :
-
Sont-ce là tous tes fils ? Et il répondit :
-
Il reste encore le plus jeune, mais il fait paître les brebis.
Alors Samuel dit à Isaï :
-
Envoie-le chercher, car nous ne nous placerons pas avant qu'il ne soit venu ici.
12 Isaï l'envoya chercher. Or il était blond, avec de beaux yeux et une belle figure. L'Eternel dit à Samuel :
-
Lève-toi, oins-le, car c'est lui!
13 Samuel prit la corne d'huile, et l'oignit au milieu de ses frères. L'esprit de l'Eternel saisit David, à partir de ce jour et dans la suite.
D’abord, une petite mise en situation...Imaginez qu’à cet instant précis, quelqu’un entre dans l’église. Vous serez certainement plusieurs à vous retourner pour jeter un rapide coup d’oeil sur cette personne ; c’est normal de se retourner (je l’aurai aussi fait), ça fait partie de ces réflexes instinctifs de protection qu’avaient nos lointains ancêtres : il fallait savoir si celui qui entrait dans la caverne était ami ou ennemi. Ces réflexes de protection sont toujours à l’œuvre, car en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous aurons décidé si la personne qui entre sera bienvenue ou malvenue.
1. Et le critère de cette décision sera l’apparence de la personne. Dans le millième de seconde où mon regard se porte sur elle, il se passera énormément de choses : tout sera sujet à jugement de valeur ; notre regard, tel un projecteur-laser, va balayer la personne de haut en bas. De la coupe et la couleur de cheveux jusqu’à la forme et la couleur des chaussures, en passant par les habits (costume ou jeans, à la mode ou négligé, etc…), le visage, les yeux, le nez, la bouche, le maquillage, la taille, la corpulence, le maintien, la démarche, et quantité d’autres détails, tout sera analysé et décrypté en un temps record et le résultat sera : ami ou ennemi. En d’autres temps, en d’autres lieux, notamment en temps de guerre, notre vie dépendra de la rapidité de ce décryptage.
Aujourd’hui, nous ne serions pas menacés physiquement, à moins que la personne ne porte une mitraillette, mais nous risquons d’être menacés en tant que communauté, une communauté qui a ses règles, ses signes distinctifs, ses traditions, et pour peu que la personne qui entre n’aura pas ces signes distinctifs, elle risque d’être une menace pour la cohésion du groupe ; bien sûr, on ne fera pas du mal à cette personne (nous sommes quand même un peu plus évolués que nos ancêtres), mais notre comportement envers elle sera consécutif à notre jugement : accueil souriant ou froid, acceptation ou mise à l’écart. On se sait de cette personne, on ne sait rien de son passé, de ses motivations, de ses idées, mais, en un millième de seconde, et à cause peut-être d’un tout petit détail vestimentaire, on se sera fait une opinion, une impression, un jugement, et cette première impression ou ce premier jugement est souvent déterminant, et on aura beaucoup de mal à corriger notre jugement quand on s’apercevra qu’on s’était trompé dans notre appréciation. En tous cas, on lui fera signifiera par notre attitude, si elle est acceptée ou non.
Tout ce que je viens rapidement de décrire avec cet exemple pour notre église, se passera pareillement au bureau, à l’école, dans le train, dans une salle d’attente…
Et toute cette déduction a pour origine l’apparence d’une personne.
Là où les choses se compliquent – mais on ne s’étendra pas sur cet aspect – c’est que la personne qui entre fera la même déduction et jugera très rapidement si le groupe est accueillant ou excluant.
Quoi qu’il en soit, nous passons notre vie à juger les gens sur leur apparence, ça fait partie de notre instinct de survie.
Malheureusement, les apparences sont souvent trompeuses. Nous commettrons beaucoup d’erreurs si nous nous basons uniquement sur l’aspect extérieur d’une personne.
2. Maintenant, pour illustrer tout cela, petit détour par la Bible…
Qui fut le premier roi d’Israël ? Saül. Quels critères ont contribué à son élection en tant que roi ? Le texte dit : « C’était un beau jeune homme, aucun israélite n’avait plus belle allure que lui ; il les dépassait tous de la tête. » (1 Sa 9.2) Il était beau, il était grand. C’est l’apparence physique. Mais au moment de le consacre roi, plus personne ! Où est Saül ? Il se cache parmi les bagages, et il faut plusieurs hommes pour le tirer de là. Ça, ce n’est plus de l’apparence, ça en dit long sur la personne, mais on ne veut pas le savoir, tout ce qui compte, c’est qu’il est beau et grand. Il y en a quand même quelque uns qui osent poser des questions, mais on les traite de vauriens !
Saül devient roi, et bientôt le prophète Samuel qui l’a intronisé, s’en mord les doigts jusqu’au coude. Saül flanche, Saül a un faible caractère, il a des accès de colère noire, suivis d’épisodes de profonde dépression. On ne peut pas continuer ainsi. Il faut trouver un autre roi. Samuel consulte Dieu. Dieu l’envoie dans un petit patelin paumé d’Israël, un petit village qui s’appelle Bethlehem. Là, Samuel se rend chez Isaï, qui a huit fils. Il voit le premier des huit, c’est un type costaud, il a de gros biceps, et Samuel se dit : « C’est certainement lui que Dieu a choisi pour être le nouveau roi ». Pauvre Samuel, toujours prisonnier des apparences. Mais Dieu lui dit, et de là vient le mot d’ordre : « Ne te laisse pas impressionner par son apparence physique et sa taille imposante, car ce n’est pas lui que j’ai choisi. Je ne juge pas de la même manière que les hommes. L’homme ne voit que ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. » (1 Sa 16).
Ok, si ce n’est pas lui, c’est donc son frère. Eh bien non, et l’autre non plus. Un par un, les sept fils présents défileront devant Samuel. Et à chaque fois, ce sera la même réponse négative de Dieu. On peut imaginer que le doute commence à entrer dans l’esprit de Samuel : « Est-ce que je me serais trompé de village ou de porte, n’y a-t-il pas un autre Isaï qui habite là ? » Finalement, en désespoir de cause, Samuel tente un dernier essai : « Est-ce que ce sont là tous tes fils ? » Et le père de répondre : « Non, il y a encore le plus jeune, il garde les moutons là-haut dans les pâturages. » Sous-entendu : « On ne peut pas en faire grand-chose, c’est encore un jeunot, tout ce qu’il sait faire, c’est jouer de la flûte en surveillant le troupeau. »
Samuel semble enfin avoir compris la leçon ; il fait chercher le petit dernier. Il s’appelle David, c’est encore un gosse, toutes les apparences sont contre lui, mais c’est lui que Dieu choisit pour être le futur roi. Un peu plus tard, il y a ce fameux combat de David contre Goliath. Là aussi, on se moquera de sa jeunesse, de sa taille fluette, mais c’est lui qui terrassera avec une simple fonde le géant bardé de cuirasses.
Et bien voilà, les apparences sont trompeuses ; elles induisent en erreur concernant la valeur réelle et profonde d’une personne, elles me font prendre des décisions erronées sur cette personne, ou sur ce groupe, ou sur cette église, ou sur cette entreprise, etc…
Les apparences sont aussi enfermantes : elles m’enferment dans mon jugement, dans mon évaluation, elles enferment l’autre dans un comportement schématique et stéréotypé. Et quand on enferme quelqu’un dans un cadre donné, avec pour consigne de bien rester dans ce cadre – ou quand on s’enferme soi-même dans une apparence donnée – tous les deux risquent un jour de « péter les plombs » en faisant passer le message suivant : « Je ne suis pas celui ou celle que vous pensiez. »
3. Comment aller au-delà des apparences ? Comment dépasser le stade des jugements hâtifs, des préjugés induits par l’apparence extérieure ?
- Premièrement : prendre conscience de l’aspect trompeur des apparences. Bien sûr, notre évaluation de la personne sera peut-être juste une fois ou deux, mais très souvent on passera à côté, à côté de la personne, et c’est dommage pour vous et pour l’autre. Et quand le jugement vient d’un groupe donné, ça peut même se terminer par le meurtre (ex. les sorcières, l’Inquisition, etc…)
- Deuxièmement : prendre conscience qu’au départ de ce jugement sur les apparences, il y a la peur, il y la menace que fait peser l’autre sur ma sécurité intérieure ; la différence angoisse, que ce soit la différence de peau, de pensée, la différence sociale, la différence de choix d’orientation sexuelle, la différence d’opinion, de conviction, de théologie, de religion. Pour ne pas être angoissé par la différence, je pose un jugement de valeur souvent définitif.
- Troisièmement : après avoir pris conscience de l’aspect trompeur des apparences, et de l’angoisse que la différence crée en moi, pour aller au-delà des apparences, il faut aller à la rencontre de l’autre, il faut faire connaissance avec l’autre, ce qui signifie qu’il faut aller au-delà de sa peur, cela signifie qu’il faut oser sortir un instant de son cadre de référence social, culturel, racial, théologique, se mettre à l’écoute des idées, des aspirations, des pensées de l’autre, s’asseoir à côté de lui et entrer en dialogue avec lui (ce fut mon expérience quand je suis mis à l’écoute des marginaux au coffee-bar du Relais).
Ce n’est pas facile, mais c’est le seul moyen de sortir de la prison des apparences et des préjugés. Et ça en vaut la peine. Ce qu’on y gagne ensuite est immense. Et ça peut même changer la face du monde, comme par ex. Jésus qui a renversé les multiples barrières des apparences et des préjugés ; ça peut changer une société régie par le racisme ou par le colonialisme, je pense à Martin Luther King et à Gandhi… ça peut surtout changer votre vie. Ça peut vous rendre plus humain, plus aimant, plus ouvert, plus compréhensif, plus naturel, plus vrai.
Dieu n’a pas été frappé par l’apparence de Saül qui dépassait toutes les autres de sa tête, il ne s’est pas arrêté aux boucles blondes du petit David.
Dieu ne nous juge pas selon notre apparence, son amour ne se limite pas à la coupe de nos cheveux ou la couleur de nos habits. Dieu regarde au cœur ; ce qui compte pour lui, c’est ce que nous sommes et pas ce que nous montrons ; ce qu’il aime, c’est notre être.
Alors, pour conclure, voici un exercice à faire durant les jours à venir : en rencontrant des personnes, prenez conscience des apparences, repérez leurs aspects trompeurs, prenez conscience des pensées et des attitudes liées à l’apparence, et puis, faites un effort, exercez-vous à aller au-delà des apparences, allez à la rencontre des autres, apprenez à regarder au cœur.
En faisant cela, vous marcherez dans le chemin ouvert par Jésus ; avec lui, et en compagnie d’autres hommes et femmes, connus ou inconnus, vous apporterez à la vie – à votre vie et à celle des autres - une dimension d’amitié, une dimension d’humanité plus grande et plus généreuse. Amen !