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L'année où j'ai vécu selon la Bible

 

Ou l'humble quête d'un homme

qui chercha à suivre la Bible

aussi littéralement que possible

 

Ed. Babel, 512 pages, 10,50 €

 

 

A. J. Jacobs

 

traduit de l'américain par Yoan Gentric

 

Recension Gilles Castelnau

 

19 octobre 2011

L'auteur est un new-yorkais, journaliste, Juif peu pratiquant, qui s'efforce comme un jeu - qu'il pratique extrêmement sérieusement, de suivre les mille et une prescriptions de la Bible (Ancien et Nouvau Testaments).
D'une part il entre en relations sympathiques avec des intégristes de toutes sortes, dont il nous révèle par là même l'existence. Il n'oublie pas qu'il est juif lui-même et respectueux au fond de la Bible.
D'autre part il conserve une sorte de réserve amusée à l'égar de ces conceptions radicales auxquelles il ne peut adhérer.
Son épouse, d'ailleurs, ne désapprouve pas ses recherche car elle est juive elle aussi et reconnait sa profession de journaliste d'investigations. Elle lui permet néanmoins de garder une distance avec ce monde étonnant.

Voici quelques passage de cet étrange livre qui donneront peut-être envie à l'internaute de l'acheter et de le lire entièrement.

 

page 10

Telle fut ma quête : atteindre le summum de la vie biblique. Ou, plus précisément, suivre la Bible aussi littéralement que possible. Observer les dix commandements. Être fécond et multiple. Aimer mon prochain. Acquitter la dîme de mes revenus. Mais aussi me plier à ces règles qu'on néglige trop souvent : éviter de porter des vêtements tissés de fibres différentes. Lapider les adultères. Et, bien sûr, ne pas raser les coins de ma barbe (Lévitique 19,27). J'essaie d'obéir à la Bible dans son entier, sans pinailler.

Pour le contexte : j'ai grandi à New York au sein d'une famille tout ce qu'il y a de plus laïque. Officiellement, je suis juif mais je le suis à peu près autant que le Bistro Romain est un restaurant italien. C'est-à-dire : pas tellement. Je n'ai pas fréquenté d'école hébraïque, pas mangé de pain azyme Le seul rite vaguement juif auquel ma famille ait jamais sacrifié, c'est ce paradoxe classique de l'assimilation : une étoile de David au sommet de l'arbre de Noël.

 

page 14

Enfin, ce projet me permettrait de creuser l'immense et fascinante question du littéralisme biblique. Des millions d'Américains déclarent prendre la Bible au pied de la lettre. D'après un sondage Gallup de 2005, le chiffre avoisine les 33 % ; en 2004, un sondage Newsweek plaçait la barre à 55 %. Une interprétation littérale de la Bible - à la fois juive et chrétienne - oriente la politique américaine aussi bien au Moyen-Orient qu'en matière d'homosexualité, de recherche sur les cellules souches, d'avortement - et jusqu'à la régulation de la vente de bière le dimanche.

Mais je soupçonnais, presque tout le monde d'avoir le littéralisme sélectif. Les gens exhumaient les passages qui correspondaient le mieux à leurs convictions, qu’ elles soient de droite ou de gauche.
Pas moi. Non sans une certaine naïveté. je pensais éplucher les couches d'interprétation qui recouvrent les Écritures pour mettre à nu la Bible véritable. Je serais I’ intégriste suprême. Je ne reculerais devant rien. En faisant exactement ce que la Bible recommande, je découvrirais ce qu'elle renferme de grand et d'éternel, et ce qu'elle a de périmé.

 

page 29

Je parviens finalement au comptoir et donne un dollar à la caissière. Elle puise mes trente-huit cents de monnaie dans le tiroir et me les tend.
- Euh, vous pourriez les poser sur le comptoir ?
Elle me jette un regard noir. Je ne suis pas censé toucher les femmes - j'y reviendrai - j'essaie donc simplement d'éviter un contact des doigts inutile.
- J'ai un rhume. Je ne voudrais pas vous contaminer. Un parfait mensonge. J'essaie d'éviter un péché et j'en commets un autre.
En rentrant à la maison, je passe devant un panneau où l'on voit deux personnes nues, au teint éclatant, cramponnées l’une à l'autre. C'est une pub pour une salle de gym. Les enseignements de la Bible en matière de sexualité sont compliqués et je n'ai pas encore eu le temps de les démêler. Mais en attendant, il me paraît plus sûr d'éviter la concupiscence. Je fixe le sol pendant le reste du trajet.

Une fois rentré, je décide de rayer de ma liste le verset 15,38 des Nombres : faire des houppes aux bords de ses vêtements. Suivant l’exemple de mon ex-oncle Gil, j'avais commandé des pompons sur un site internet à l'enseigne du « Pompon sans Peine ». Ils ressemblent à ceux qu'il y avait aux coins des coussins en tapisserie de ma grand-mère. Je passe dix minutes à les accrocher avec des épingles à nourrice aux manches et à l'ourlet de ma chemise.

Le soir venu, je suis claqué. J'ai à peine l'énergie d'écouter Julie parler de l'US Open - et même cette conversation-là est éprouvante. Je dois veiller à ne pas mentionner Venus Williams, puisqu'elle tient son nom de la déesse romaine de l'amour, et que cela violerait Exode 23,13 (ne pas mentionner le nom d'autres dieux).

Au moment d'aller me coucher, je me demande si oui ou non, aujourd'hui, j'ai fait un pas vers l'illumination. Probablement que non. J'étais tellement obsédé par les règles - dont la plupart me semblent encore complètement délirantes - que je n'ai pas eu une minute pour penser. Je suis peut-être comme un apprenti conducteur qui garde les yeux rivés au tableau de bord, trop nerveux pour contempler le paysage. Mais ce n'est que le premier jour.

 

page 38

5e jour. J'ai établi le Top 5 des Règles les Plus Problématiques de la Bible. Je compte toutes les aborder cette année, mais pour commencer, j'ai décidé d'en prendre une qui ne nécessitait ni violence ni pèlerinage. A savoir : l'interdiction de porter des vêtements tissés de fibres différentes. C'est une proscription si étrange que j'étais persuadé qu'elle n'était suivie par personne d'autre en Amérique. J'avais bien sûr complètement tort. Mon ami Eddy Portnoy - qui enseigne l'histoire au Jewish Theological Seminary de New York - m'a dit qu'il avait récemment aperçu l'annonce d'un contrôleur de chatez dans le quartier de Washington Heights. Chaatnez, m'a-t-il informé, est le mot hébreu pour « fibres différentes ». Un contrôleur vient chez vous inspecter vos chemises, pantalons, pulls et costumes pour débusquer les mélanges cachés.

Aujourd'hui, j'appelle donc ce numéro et conviens d'un rendez-vous avec un certain Mr Berkowitz. [...] Mr Berkowitz me fournit une plaquette d'information sur le chaatnez. Il ne s'agit pas de n'importe quel mélange de fibres. Polyester-coton ou Lycra-élasthanne - pas de problème. Le problème, c'est le mélange laine-lin. Voilà la combinaison interdite par le Deutéronome 22,11 (le seul autre verset qui parle du mélange de fibres).
- Comment savez-vous qu'un vêtement est chaatnez ?
- Eh bien, on ne peut pas se fier aux étiquettes, m'explique Mr Berkowitz. Elles comportent souvent des erreurs.

 

page 292

181e jour, après-midi. Dans le métro, aujourd'hui, je me suis retrouvé assis non loin d'un moine bouddhiste. Il m'a regardé, avec mes habits blancs et ma barbe foisonnante. je I'ai regardé. avec sa robe orange ; nous avons alors échangé un signe de tête et un sourire de connivence. Ce fut un grand moment. C'est comme si on m'avait ouvert le cordon d'une boîte de nuit sacrée. Là, au mitan de ma journée, mon esprit a pris un tournant inattendu. Je me sens plus proche des New-Yorkais ultrareligieux que des laïques. Le type qui a un autocollant avec un poisson. Le Noir qui porte la chéchia. Les hassidim avec leurs franges qui se balancent. Tels sont mes compatriotes. Comme moi, ils pensent sans arrêt à Dieu, à la foi et à la prière.

 

page 294

Aujourd'hui, l'un de mes amis qui est au courant de ma quête biblique m'a envoyé un e-mail amusant. C'est la troisième fois que je le reçois depuis le début de mon année. Il s'agit d'une lettre ouverte adressée, selon les versions, soit à l'animatrice de radio juive et conservatrice Laura Schlessinger, soit à un pasteur évangélique rigoriste. Elle a commencé à circuler il y a quelques années et a inspiré une scène de la série A la Maison-Blanche dans laquelle le président Josiah Bartlet passe un savon à une version à peine déguisée du docteur Laura Schlessinger.
L’e-mail remercie le docteur Laura/le pasteur de nous avoir rappelé que la Bible condamnait I'homosexualité (Lévitique 18,22).

L'auteur aurait cependant quelques questions. Doit-il lapider sa mère, qui travaille le samedi ? S'il vend sa fille comme esclave, comme l'autorise le Livre de l'Exode, combien peut-il en espérer ? Il aimerait bien brûler un taureau en sacrifice, mais ses voisins sont des emmerdeurs qui se plaignent sans arrêt : que faire ?
La Bible demande de ne pas toucher la peau d'un cochon mort, mieux vaut donc éviter tout contact direct avec un ballon de football américain (ballon qu’on appelle en anglais « pigskin », soit, littéralement, « peau de porc »). Mais s'il porte des gants, est-ce qu'il peut jouer quand même ?

La première fois que j'ai lu cet e-mail, je me suis dit : excellent. Quelle formidable critique de ceux qui suivent la Bible de façon littérale mais aveugle. Il dépeint ce que donnerait un littéralisme biblique non sélectif - celui-là même que j'essaie d'atteindre. Et voilà que je le recevais de nouveau, pour la troisième fois. Comme chaque fois, ça m'a amusé, et j'ai souscrit à la défense des droits des homosexuels. Mais, chose curieuse, je me suis aussi senti un peu sur la défensive. J'avais envie d'envoyer un mot à l'auteur. Certes, l'histoire des fibres mélangées paraît démente, mais il devrait peut-être demander à Mr Berkowitz de lui expliquer ce qu'il y a de grandiose à suivre des règles qui nous échappent. Par ailleurs, j'ai appris en lisant l'encyclopédie que les ballons de football n’étaient plus en peau de porc. Ceux de la National Football League sont faits avec du bon vieux cuir de vache. Et celui de mon fils avec une espèce de plastique. L'e-mail tombe dans le même excès que celui qu'il dénonce : il prend le mot « pigskin » trop au pied de la lettre. En tout cas, grâce à lui, j'y réfléchis à deux fois avant de toucher des carcasses de cochon.

Je n'ai aucun vêtement en cuir de porc, c'est déjà une bonne chose. Mais pour plus de précautions, j'évite tout contact avec des cartes a jouer. parce qu'elles sont souvent faites avec de la gélatine, laquelle est parfois faite avec du porc. Donc même si le poker ne conduisait pas à la cupidité et à la convoitise, je me l'interdirais.



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