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La nouvelle orthodoxie
The New Orthodoxy
Deacon Hall
blog
3 mai 2011
Je voudrais dire clairement en commençant cet article que je ne suis pas absolument orthodoxe. Certaines de mes convictions ne s’accordent pas vraiment avec les anciennes formulations de la pensée chrétienne, même si elles sont fréquemment dans la ligne des formulations les plus anciennes (par exemple je suis universaliste).
Je ne dis pas cela pour me faire bien voir mais parce que si je tiens à être pris au sérieux par l’Église américaine – aussi bien sa tendance majoritaire que sa tendance nouvelle – je dois d’abord faire profession d’hérésie. Car aujourd’hui l’hérésie est devenue nouvelle orthodoxie – et je n’en blâme personne. Cette situation me paraît une réaction parfaitement compréhensible au moralisme étroit des évangéliques et aux Cinq Points calvinistes ( 1 ) (à supposer qu’on puisse les considérer comme orthodoxes) qui ont emprisonné la pensée américaine durant tant d’années et que certaines personnes, certaines Églises, approuvent encore aujourd’hui.
Cette évolution de l’ « orthodoxie » à l’ « hérésie » correspond tout à fait à l’analyse de Hegel : toute proposition induit une contre proposition, particulièrement lorsque la proposition qui prétend être de « sens commun » apparaît être en réalité un « non-sens commun ».
L’intérêt d’une telle position est qu’elle élimine, au moins en principe, l’autorité des anciennes confessions de foi qui permettaient de décider qui était dans l’Église et qui n’en était pas.
Même si l’idée d’orthodoxie a permis le développement de l’unité de la première Église, elle a depuis longtemps provoqué des divisions inutiles et permis l’exclusion (par des pendaisons ou par des bûchers) de ceux qui provoquaient des problèmes politiques.
C’est encore souvent le cas, bien que de nos jours, nous ne nous brûlions plus mutuellement. En tous cas je suis de ceux qui pensent que l’existence d’aucune orthodoxie ne peut justifier pour quiconque l’admission ou l’exclusion de l’Église ni l’exercice d’aucune violence.
Néanmoins la position que je défends n’est pas sans poser des problèmes.
1. L’un de ceux-ci est que la non-orthodoxie peut elle-même se transformer en une orthodoxie, premièrement en affirmant que la vérité consiste justement à refuser toute orthodoxie et deuxièmement en arrivant à exclure les orthodoxes.
La première raison amène à oublier qu’en se détournant de la pensée orthodoxe on néglige en même temps l’étude des doctrines qui étaient autrefois jugées importantes, ce qui conduit à une ignorance de l’histoire des dogmes.
Par exemple, il peut être intéressant de savoir qu’Athanase voyait la nécessité de la doctrine trinitaire pour expliquer le salut que le Christ apportait aux hommes et que cette doctrine n’avait pas simplement ou nécessairement pour but de s’opposer à Arius qu’il détestait (il le détestait vraiment). Tout ce qui comptait pour lui était d’affirmer la divinité du Christ, dont l’union avec l’humanité (Athanase n’avait pas encore le vocabulaire du concile de Chalcédoine) rend possible le salut de cette humanité – sa divinisation – et donne par conséquent son sens au Christ.
Prenons aussi l’exemple de Luther (un de mes théologiens favoris) qui en tant que garant du protestantisme, s’attache au salut par la foi seule. A ses yeux, cette doctrine était libératrice car elle libère de l’angoisse de se sentir pécheur, insuffisant, incapable, infidèle et fait aimer Dieu.
Cette connaissance des doctrines orthodoxes est importante pour notre connaissance du christianisme mais elle ne préjuge pas de la manière dont nous les interprétons fondamentalement et de la valeur que nous leur attribuons. Autrement dit, les doctrines orthodoxes ne doivent pas être récusées sans qu’on leur ait accordé une compréhension sympathique concernant leur origine, leur signification et leur valeur actuelle. Autrement comment comprendrait-on l’histoire de l’Église et comment se situerait-on dans le mouvement du christianisme.
.2. Une autre difficulté est qu’en revendiquant l’orthodoxie de notre hérésie, nous récusons l’orthodoxie des « anciens » croyants plus « primitifs ». Je ne vais pas faire de longs développements. Disons seulement qu’actuellement Phillip Clayton et Tripp Fuller sont en train de sonder les possibilités de l’inclusion et du pluralisme avec leur projet « Big Tent » et ils verront bien jusqu’où ils pourront aller.
Il faut reconnaître que nous, les hérétiques, nous avons aussi nos habitudes pour inclure certains et exclure d’autres : nous ne tolérons pas l’intolérance, nous excluons les excluants et nous méprisons ceux qui méprisent les autres. Mais la question se pose de savoir honnêtement où nous plaçons notre frontière et ces réflexions actuelles nous obligent à repenser tout ceci.
Traduction Gilles Castelnau
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( 1 ) Les Cinq Points calvinistes d’une orthodoxie radicale ont été définis au début du 17e siècle au synode de Dordrecht (Pays-Bas) auquel participèrent des délégués des protestants calvinistes des autres pays d’Europe :
- Corruption du péché originel
- L'élection divine et la conversion
- Grâce irrésistible
- Salut personnel
- Sanctification des croyants
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