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Le bonus des banquiers

est structurellement

un péché

Ces revenus doivent être plafonnés

 

 

Paul Vallely

chroniqueur à l'hebdomadaire anglican Church Times

 

15 mars 2011

Est-ce un péché d’attribuer à un banquier une prime de 6 millions de livres sterling ? C’est la somme que la banque britannique Barclays va attribuer à son nouveau directeur général Bob Diamond. Ajoutée à son salaire et à ses autres primes, il recevra pour l’année 2010 un total de 9 millions de livres.

L’explication donnée par la banque est très simple. Les bénéfices qu’a fait le département d’investissements dont M. Diamond s’occupe a presque doublé l’an dernier jusqu’à atteindre 5 milliards de livres. Sa rémunération n’en a été que d’un millième, ce qui paraît normal. La banque ne fait que payer un salaire qui lui permettra de conserver un employé qui est une star reconnue.
Si elle ne le faisait pas, ses agents les plus performants partiraient pour New York, Francfort ou Hong Kong et emmèneraient peut-être leurs banque avec eux. La Grande Bretagne – et le fisc - y perdraient tout. Dix pour cent de notre revenu national étant issu des services financiers, ce sont des milliards de livres qui échapperaient à l'État. Aussi déplaisants soient-ils, ces primes financières sont un mal nécessaire.

Le pape Jean-Paul II a employé à ce propos l’expression de « péché structurel » qu’il a défini comme un système suscitant « un dynamisme et des blocages qui dépassent largement les décisions individuelles » et minent le bien commun.
La notion de « péché structurel » trouve son origine dans la théologie de la libération qui employait le terme de « structure de péché » ce que le Souverain Pontife polonais jugeait trop marxiste. C’est pourquoi il se contentait de dire que les problèmes structuraux « avaient leur source dans un péché individuel, provenant toujours des actions personnelles d’individus qui suscitaient de telles structures, les consolidaient et empêchaient de les éliminer ».

Ceux qui négligent ces problèmes par paresse, crainte ou complicité sont condamnables – comme le sont ceux qui « se réfugient dans la soi-disant impossibilité de changer le monde et... évitent la peine et le sacrifice nécessaire, en alléguant de mauvaises raisons hautement morales ».

Les problèmes posés par les primes des banquiers ne sont pas seulement moraux. Ils sont aussi pratiques.
- Ils ne dépendent pas vraiment des performances des banquiers : les primes sont aussi distribuées lorsque les banques perdent de l’argent.
- Ils sont calculés sur des résultats à trop courts termes ce qui nuit à la stabilité de l’ensemble.
- L’effondrement financier récent a montré que la culture des bonus encourage des prises de risque insensées et accentue l’endettement.
- Les actionnaires peuvent également noter qu’un investissement de 100 £ effectué à Barclay en 2005 aurait rapporté fin 2010 un intérêt de 53 £, dividendes inclus alors qu’un investissement du même montant réparti dans l’ensemble du Financial Times Stock Exchange aurait rapporté 126 £.
- De plus les banques ne peuvent pas se permettre d’offrir des primes démentielles en une période où elles sont supposées reconstituer leur capital.

Barclay pourrait répliquer que, contrairement à la banque d’Écosse et à la Lloyds, elle n’a rien coûté au contribuable lors de la crise récente. Néanmoins, Barclays bénéficie comme toutes les banques du filet de sécurité psychologique que constitue l’assurance d’être toujours finalement tirée d’affaires si nécessaire par le gouvernement dans la mesure où elle est « trop grosse pour qu’on la laisse tomber ».

Il est temps que le gouvernement dénonce le bluff des banques puisque leurs actionnaires n’ont pas le courage de le faire.
L’ensemble des primes devrait être plafonné à un certain pourcentage des profits de la banque.
Et si les traders les plus talentueux partent à l’étranger, je pense que nous pourrons nous accommoder de traders qui le seront un peu moins.
D’ailleurs les comptables de Barclay ont déclaré que la banque n’avait payé l’an dernier en impôt sur les sociétés que 100 millions de livres sur un bénéfice de 5 milliards.

D’autres pays européens sont capables de maintenir un bon style de vie sans système bancaire amoral. Et il et parfaitement évident que moins une société compte d’inégalités, plus son peuple est heureux.
Lorsqu’on est amené à décider entre le bien-être et la justice sociale, il faut faire le bon choix.
Et d’ailleurs M. Diamond lui-même a dit récemment que le temps pour les banques d’avoir des regrets et de faire des excuses était maintenant passé.

 

Traduction Gilles Castelnau

 




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