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Rameaux : le malentendu

 

Matthieu 21.1-11

 

prédication

 

pasteur René Lamey 

 

25 mars 2013

Il y a 4 ans, en avril 2009, il y a eu, à Strasbourg, un événement international de grande envergure. Est-ce que quelqu’un se rappelle ? Non ? Alors écoutez ! Moi, je m’en souviens particulièrement bien, et pour cause, à ce moment-là, nous habitions dans quartier où avait lieu le sommet de l’Otan.
Les patrouilles de gendarmes en moto passaient régulièrement dans la rue. Comme des grosses mouches noires, les hélicoptères tournaient au-dessus de notre quartier. Juste à côté de chez moi, il y avait un barrage policier : pour aller en ville, je devais présenter un « pass » et ma carte d’identité. Tout le secteur était bouclé. N’entrait pas qui voulait chez nous. Ne roulait pas qui voulait sur une portion d’autoroute qui avait été fermée à la circulation sur une vingtaine de km autour de Strasbourg. On se croyait presque en temps de guerre, mais heureusement, ce n’était pas le cas, même si la police, elle, était sur le pied de guerre.

Il faut dire que l’événement était de taille : Strasbourg se préparait à accueillir une quarantaine de chefs d’Etat, au nombre desquels il y avait Barack Obama et Nicolas Sarkozy. Ce week-end du 3-4 avril, Strasbourg, capitale de l’Europe, avait été l’objectif principal des caméras du monde entier...
Il y a bien longtemps, dans une autre partie de monde, la capitale d’un petit pays se préparait aussi à accueillir un homme important... sans caméras, sans policiers, sans hôtel de luxe, sans convoi présidentiel. Mais l’événement avait néanmoins frappé quelques personnes, on s’en était souvenu, on l’a écrit, et aujourd’hui 2000 ans après, on en parle encore (en revanche, je ne suis pas sûr que dans 2000 ans on parle encore du sommet de l’Otan de Strasbourg...) Mais, si à Strasbourg, les choses avaient semblé relativement claires, ce ne fut peut-être pas le cas dans cette autre ville ; oui, là, il me semble qu’il y a eu un malentendu... le malentendu du dimanche des Rameaux...

Voici comment les choses se sont passées :

Matthieu 21.1-11 + Marc 11.10

En approchant de Jérusalem, Jésus et ses disciples arrivèrent près du village de Bethphagé, sur le mont des Oliviers. Jésus envoya deux de ses disciples en leur disant : « Allez dans le village qui se trouve là devant vous. Dès que vous y serez, vous trouverez une ânesse attachée et, près d’elle, son petit. Détachez-les et amenez-les-moi. »
Les disciples partirent donc et suivirent les instructions de Jésus. Ils amenèrent l’ânesse et son petit et posèrent sur eux leurs manteaux, et Jésus s’assit dessus.
Une grande foule de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin. D’autres coupèrent des branches aux arbres et en jonchèrent le chemin. Et toute la foule, de la tête à la fin du cortège, criait : “Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient de la part du Seigneur ! Béni soit le royaume qui vient, le royaume de David, notre Père !

Marc 11.10 Hosanna à Dieu au plus haut des cieux !

Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi. Partout on demandait : Qui est-ce ?
Et la foule qui l’accompagnait répondait : C’est Jésus le prophète, de Nazareth en Galilée.

Depuis quelques temps déjà, Jésus avait pris la route qui mène à Jérusalem, la capitale politique et religieuse d’Israël. Après avoir franchi quelques villages de Galilée, c’est l’entrée dans la ville sainte. Même si la radio, la télé, les journaux n’existaient pas encore, l’information était parvenue aux oreilles des habitants de la capitale, le téléphone arabe avait bien fonctionné : Jésus s’approche à Jérusalem, bientôt il franchira les portes.

L’événement frappe, l’événement touche les habitants de la ville : les gens s’attroupent, on étend les habits sur le chemin, les rameaux sont brandis, l’enthousiasme déborde des cœurs. C’est la fête, on chante, on danse, on applaudit, Jésus est la star du jour, on l’acclame comme on le ferait pour un Président !

« Hosannah ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » La foule crie, la foule chante ! La foule réclame un Messie. Elle demande un Sauveur. Elle proclame le Libérateur, et on a vraiment l’impression que la population de Jérusalem accueille Jésus comme un héros national ou comme un général qui entre dans la ville pour chasser l’oppresseur romain hors de Jérusalem et du pays, on accueille Jésus comme celui qui vient rétablir le trône de David, comme celui qui vient redonner puissance et force au royaume d’Israël.

La foule en a assez de subir le poids de l’envahisseur, elle en a assez de payer des taxes au païen conquérant, elle en a assez de voir les idoles romaines prendre la place du vrai Dieu.

Oui, la foule réclame un Messie. Et c’est un Messie combattant qu’elle souhaite, c’est un Messie héroïque qu’elle attend, c’est un Dieu de fer qu’elle espère, un Dieu qui chasse les païens et bâtit un monde nouveau, le royaume nouveau, l’Israël nouveau et puissant dont rêvent les prophètes depuis des siècles.

Mais ce Messie-là, cet homme-là qui entre en ce matin à Jérusalem, ne correspond pas à l’attente et au rêve de la foule. Ce Messie-là ne témoigne pas d’un Dieu tout-puissant qui écrase l’ennemi, et qui, comme il est dit dans le Ps 18, « prend sa revanche, soumet les peuples, fait plier ses agresseurs et les réduit en poussière. »

Non, ce n’est pas d’un Dieu vengeur dont témoigne ce Messie qui entre en ce jour à Jérusalem.

Jésus renverse tout cet idéalisme populaire, il vient au nom d’un autre Dieu : Jésus vient au nom d’un Dieu bienveillant, un Dieu qui se révèle dans la faiblesse et dans la fragilité de l’amour.

Sa force, ici, réside dans l’accueil inconditionnel de chaque homme et de chaque femme, qu’il soit riche ou pauvre, bien-portant ou malade, prêtre ou prostituée.

Sa puissance, ici, réside dans l’intensité d’une présence, une présence en nos cœurs comme une source de vie et de paix. Jésus annonce un Dieu qui renonce à la violence, qui rengaine l’épée et ouvre ses bras !

« Béni soit le roi qui vient… » chante encore la foule. Mais a-t-elle bien regardé le roi qui vient ? A-t-elle vu les fiers destriers (les belles limousines de l’époque) ? A-t-elle vu les drapeaux flottant majestueusement au vent ? A-t-elle entendu les trompettes sonnantes et claironnantes ?

De quelle manière entre-t-il à Jérusalem ? Ce roi-là est assis sur un âne. Sa cour est formée d’une poignée d’hommes sans culture et sans prestige (rien à voir avec les cours et les suites rutilantes et bien sapées de nos rois ou présidents !)

Aucun soldat, aucune arme, aucune violence, mais on murmure déjà sous le manteau que le clan du grand-prêtre le tient pour un agitateur, pour un rebelle ; plus vraisemblablement – et plus prosaïquement, mais ça on le dit encore plus profondément sous le manteau – le grand-prêtre le tient pour un rival dont il faut absolument se débarrasser.

La foule se trompe. Elle se trompe de roi. Elle se trompe de Dieu. Elle veut un roi éclatant : elle n’aura qu’un simple homme chevauchant la monture du peuple. Elle veut un Dieu armé et vengeur : elle aura un Dieu désarmé et compatissant…

La foule ne tardera pas à perdre ses illusions : non pas en quittant sa fausse image de Dieu – il est très difficile d’accepter de remettre en question certaines représentations de Dieu – mais elle perdra ses illusions en éliminant l’homme qui ne convient pas au modèle idéalisé.

Comme tous les déçus, elle se retournera contre celui qui refuse d’incarner son rêve… son rêve de libération politique. Son rêve de grandeur retrouvée. Les « Hosannas » se changeront bientôt en cris de haine meurtrière ; ce jour-là, la foule clamera : « Crucifie-le, crucifie-le ! »

Les Rameaux sont la fête du malentendu – du malentendu au sujet de notre idée de Dieu, de notre représentation de Dieu.

Où est la vérité de Dieu ? Dans cette image de Dieu où se reconnait la foule, le Dieu des rêves de puissance, le Dieu qui marche victorieusement – et exclusivement – à nos côtés, le Dieu de la force et du pouvoir – et on aimerait avoir un tel Dieu parfois, non ? On aimerait un Dieu plus grand, plus fort que les autres, on aimerait que notre religion soit la plus belle, la plus juste, la plus vraie, la plus forte ; oui, elle nous plaît, au fond, cette image du Dieu tout-puissant à qui rien ni personne ne résiste…

Oui, où est la vérité de Dieu : dans ce Dieu-roi ou le visage d’un Dieu qui se révèle humblement dans un homme, le Dieu patient et miséricordieux qui accueille la louange des petits de ce monde, le Dieu qui s’abaisse et meurt à la Croix… le Dieu mystérieux que révèle ce roi étrange qui entre à Jérusalem en ce dimanche de Rameaux ?

Quelle image ou représentation de Dieu avez-vous ? Le Dieu puissant de la foule ? Ou le Dieu assis sur un âne, le Dieu fragile, le Dieu faible, le Dieu qui se donne humblement et simplement en Jésus-Christ ?

Mes amis, ne tombons pas dans le malentendu du dimanche des Rameaux…mais ouvrons plutôt notre vie au Dieu révélé par Jésus-Christ ! Amen !

 


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