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Du pain et du vin

en mémoire de Jésus

 

 

article publié le 9 mai 2013
dans Nous sommes aussi l'Église

traduit de l'espagnol
par Peio Ospital

 

José Arregi


21 mai 2013

Laissez-moi vous parler de la messe. Ou plutôt, laissez-moi vous parler de quelque chose de plus simple, d’un simple repas. Et laissez-moi vous dire que chaque fois que vous mangez et buvez, vous communiez avec l’autre, avec la Terre, avec l’Univers tout entier. Chaque bouchée que vous mâchez et chaque goutte que vous absorbez est un geste sacré : vous communiez avec le Tout ou avec l’Être ou avec la Vie. Vous communiez avec la grande Communion ou le Mystère de Dieu. Vivre, c’est vivre ensemble. Être, c’est inter-être.

Il en va ainsi de chaque repas, et la messe n’est pas autre chose. La messe n’est rien de plus, car il ne peut y avoir rien de plus grand qu’un simple repas. Simplicité et plénitude se confondent. L’ordinaire et le naturel est le plus sacré. Chaque fois que vous mangez, faites-le avec une profonde gratitude et un profond respect pour ce que vous mangez, et compassion pour ceux qui ne peuvent manger.

C’est ainsi que mangeait Jésus de Nazareth. Sa religion était la religion du repas, encore que, en réalité, il ne fonda aucune religion, et il rompit même avec sa propre religion dans tout ce qui empêchait les gens de manger tous ensemble, qui imposait des jeûnes, déclarait impures certaines denrées et interdisait de partager la table avec les dénommés pécheurs, qui quasiment toujours étaient les pauvres. Quelqu’un a écrit non sans raison que Jésus fut mis à mort pour sa manière de manger ; tant il est vrai que, au moment de manger, il supprimait les frontières entre les saints et les pécheurs, entre le pur et l’impur, entre le sacré et le profane. Chose intolérable. Les responsables religieux et les bien-pensants le traitèrent de « glouton et ivrogne, ami des pécheurs ».

Jésus rêvait d’un autre monde nécessaire et possible, et il l’annonçait, il l’appelait « royaume de Dieu ». Et, pour expliquer ce que pouvait être ce monde nouveau dans le monde présent, il ne trouva rien de mieux que d’organiser un joyeux repas champêtre : chacun apporta et partagea le peu qu’il avait, et tous furent rassasiés et il y en eut même beaucoup de trop.

Lui pensait que le « royaume de Dieu » ou le monde nouveau dans ce monde – une grande table avec du pain en abondance et sans aucun exclu – était quelque chose d’imminent. Mais les autorités religieuses et politiques ne l’entendaient pas ainsi, et le projet de Jésus échoua. Pour autant Jésus ne cessa d’espérer contre tout espoir. Et, pressentant le pire, il persista à rêver au meilleur et il organisa avec ses compagnes et compagnons les plus proches un dîner d’ adieux et d’espoir, et au moment de partager le pain et de leur passer le vin il leur dit : « Souvenez-vous de moi dans le pain et le vin. Et chaque fois que vous mangerez et boirez ensemble, ravivez l’espérance du monde nouveau, et bâtissez le monde que vous espérez. Chaque fois que vous le ferez, moi, je ressusciterai ; vous, vous vous transfigurerez et le monde se transformera en Communion ».

Ainsi firent ses disciples après que le maître fût crucifié comme un malfaiteur. Le premier jour de la semaine, que plus tard on nomma dimanche ou « jour du Seigneur », ils se réunissaient dans les maisons, ils priaient ensemble, ils se rappelaient le message de Jésus, ils mangeaient du pain, buvaient du vin, la Vie ressuscitait. Et ils appelaient cela « cène du Seigneur » ou « fraction du pain ». Tout était très simple, et il n’y avait pas besoin de prêtre ni de consécration.

Les siècles passant, tout alla en se compliquant. La maison se convertit en temple, le repas en « sacrifice », la table en autel, la grâce en obligation. Et on institua des prêtres pour présider et procéder à la consécration du pain et du vin, comme si ceux-ci ne fussent pas sacrés par eux-mêmes. Et on appela cela « messe », ce qui ne fut pas si mal, puisque « messe » veut dire mission. « Ite missa est » disait-on à la fin : « Allez en paix. L’heure est à la mission ».

Il est temps que nous revenions au plus simple qui est aussi le plus plein, au-delà des canons, rubriques et présidences sacerdotales qui n’ont rien à voir avec Jésus. Il suffit que nous nous réunissions à deux ou plus dans une quelconque maison ou une quelconque chapelle libre pour nous souvenir de Jésus, partager la parole, prendre du pain et du vin, ressusciter l’espoir, tandis que les oiseaux chantent. Si vous vous sentez triste, Jésus vous console. Si vous êtes joyeux, Jésus est votre joyeux convive. Et peu importe que le pain soit de blé, de maïs ou de seigle, ou que le vin soit de raisin, d’orge ou de riz. Ce qui importe c’est qu’il soit le fruit de la terre et du travail, sacrement de la vie et du monde nouveau. C’est cela la vraie messe, la véritable mission.

 

.

 

José Arregi a publié à la suite de son texte ce poème de Pedro Casaldáliga

Que le pain soit premier

Que le pain soit premier ensuite la liberté.
(La liberté avec la faim est une fleur sur un cadavre).
Là où il y a du pain, Dieu s’y trouve.
« Le riz est un ciel », dit le poète d’Asie.
La terre est un plat gigantesque de riz,
un pain immense nous appartenant,
pour la faim de tous.

Dieu se fait Pain, travail pour le pauvre,
dit le prophète Gandhi.
La Bible est un menu de Pain fraternel.
Jésus est le Pain vivant.
L’univers est notre table, frères.
Les masses ont faim, et ce Pain est leur chair, déchirée dans la lutte, vainqueur dans la mort.
Nous faisons famille dans la fraction du pain.
A partir du pain seul ils pourront nous reconnaître.
Soyons pain, frères.
Donne-nous, ô Père, le pain de chaque jour : le riz, ou le maïs, ou l’omelette, le pain du Tiers Monde.

 


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