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Libre opinion

 

On ira tous au paradis

 

Croire en Dieu rend-il crétin ?

 

 

Emmanuel Jaffelin

 

Ed. Flammarion Antidote

126 pages – 8 €


Recension Gilles Castelnau 

 

 

20 mai 2013

Emmanuel Jaffelin a été diplomate en Amérique latine et en Afrique. Il est professeur de philosophie au lycée Lakanal de Sceaux. Il anime aussi un atelier à la prison de Sequedin, dans le nord de la France. Il a écrit l’excellent Eloge de la gentillesse et le Petit éloge de la gentillesse. Il ne croit pas que croire en Dieu rende crétin. Il ne croit pas que nous ne soyons que des atomes mais il pense que la foi en Dieu élève nos pensées. Il ne croit pas que Dieu explique tout, il ne fait pas une lecture fondamentaliste de la Bible et il n’a rien d’intégriste. Il croit seulement qu’un peu de spiritualité nous élève et ses expressions sont bien séduisantes. Son petit livre est très vivant et agréable à lire. En voici quelques passages qui donneront peut-être à bien des internautes de l’acheter pour s’en réjouir.

 

 

.

 

 

page 15

Introduction

[...]
L'un de mes amis - appelons-le Pierre - m'a informé récemment qu'il se faisait débaptiser et qu'il me conviait à cette cérémonie. Quelle bonne idée ! Retirer ce fil à la patte que nos parents nous ont attaché alors que nous n'avions ni la faculté de parler ni l'âge de raison, profitant lâchement de notre vie végétative de nourrisson pour nous coller de l'eau sur le front et une étiquette qui n'ouvre plus aucune porte et qui n'a probablement jamais été le sésame du Paradis. Pourtant, je ne sus que répondre à une telle initiative : car si l'eau du baptême est sans effet, le fait de l'annuler m'apparaît logiquement tout aussi inefficace. On n'annule pas un acte de magie : on le démonte ou on l'ignore. Mais cet acte de rébellion me plut car je lui trouvais du panache ! Désormais, Pierre affronterait la vie sans aucun espoir d'aller au Paradis ! Et une vie sans filet, n'est-ce pas le début du courage ?

 

page 42

I

Dieu expire

Le putsch de la marchandise

La victoire de l’avoir sur l’être

[...]
Pour l'homme moderne, l'être se définit par l'avoir. Son essence ne repose pas sur ce qu'il est, mais sur ce qu'il a et peut avoir : compte en banque, biens immobiliers, assurances vie, etc. Le compte en banque définit les « avoirs » du client, autrement dit son niveau d'accès aux biens et services disponibles dans la société. Plus il « a » sur son compte et plus il pense être. Moins il a, moins il est. Moins il est quoi ? Connecté, heureux, mobile, insouciant, désirable, guérissable, aimable, estimable, respectable. « Être ou ne pas être ? » s'interrogeait Hamlet. La question n'a plus cours puisque l'être s'est démonétisé. Avoir pour être ou être pour avoir : là est désormais la question !

[...]
Dans une telle civilisation, l'homme n'est que parce qu'il a. Autant dire qu'il n'est pas grand-chose, qu'il est un moindre-être, un homoncule et que les temps futurs donneront peut-être lieu à des formes d'aliénation plus subtiles, mais plus puissantes que les formes ancestrales de l'esclavage et du servage. Des reins sont désormais en vente sur la Toile, comme des carburateurs ou des chaises de jardin ! De quelle infamie la médecine et le commerce se sont-ils rendus coupables ? À cet homme, il manque un rein car un autre n'avait plus de reins du tout ! Mais le second avait suffisamment d'avoir pour ôter au premier son surplus de reins. L’avoir a le dos large, même si l'être en a plein le dos.

Plus efficace que la philosophie, l'économie dans sa platitude du marché a étranglé l'aspiration au paradis. La consommation a effacé la consumation, l'échange a remplacé l'archange, le fétichisme de la marchandise a recouvert le catéchisme.

 

page 72

II

Dieu respire

La résistance de la foi à la raison

La démangeaison politique du sacré

[...]
Aujourd'hui, les hommes continuent de fréquenter les lieux de culte tout en expliquant la nature sur des bases scientifiques. Dans les pays les moins développés, la foi est encore omniprésente ; dans les autres, elle fait mieux que per-sister : elle in-siste et parfois ré-siste. Sise au cœur des civilisations, elle ne se laisse pas emporter par les révolutions. Qu'on compare son débit à celui d'un fleuve alimenté par la fonte des glaciers ou d'une source qui se tarit, la résurgence de la croyance montre qu'elle ne se laisse pas étouffer et qu'elle sourd pour finir par se faire entendre. La religion a résisté mieux qu'Antigone à l'enterrement de première classe qui lui était promis par les idéologies de tous poils. Une chose semble évidente : l'histoire ne se débarrasse pas de Dieu d'une chiquenaude. Peut-être parce qu'il a la peau dure. À moins que ce ne soit là le signe de Son Éternité.

 

L'abolition du savoir

L'idée de Dieu comme pulsion de vérité

Tout se passe donc comme si l'éclosion du savoir et le développement de la rationalité n'empêchaient pas la renaissance du phénomène religieux. Se pose alors cette question : peut-on encore croire en Dieu et au paradis alors que la science et la raison nous invitent à comprendre la culture et à expliquer la nature ? Cette question en appelle aussitôt une seconde : si l'on persiste dans cette croyance, est-ce par crétinisme ou par une forme d'intelligence que la raison peine à reconnaître comme telle ?

 

page 78

L’idée de Dieu comme principe de l’Encyclopédie

[...]
En définissant la raison comme la « faculté de désirer supérieure », Kant nous la présente comme le pouvoir de ne pas se contenter du donné. Certes, le désir est parfois si grand que la raison en vient à prendre son désir pour la réalité et l'idée de Dieu pour un objet ou, plus exactement, pour un sujet doté de l'existence. Mais si la raison est critique d'elle-même, c'est pour s'empêcher de dépasser les limites de la connaissance qu'elle s'est prescrite. L’idée de Dieu n'est donc pas une fadaise, mais la source d'un double mouvement : impulsion même de la connaissance, issue de la raison comme faculté de désirer supérieure, et principe de systématisation des connaissances, marque suprême de la rationalité. Sans l'idée de Dieu, l'homme n'aurait ni aiguillon de vérité, ni encyclopédie à exposer. Par cette idée, la Raison déroule sa puissance dans deux directions : en désirant l'absolu, elle invite le savant à connaître les phénomènes et à les organiser en système. Système de désir et désir de système : tel est le va-et-vient de la raison qui encadre le savoir sur fond de divin.

 

page 94

III

Dieu inspire

Pneumatique de la prière

Prière et émotion

[...]
À la différence de la prière qui demande, cette prière est une offrande sans contrepartie à Dieu et à la vie. L’âme mystique est totalement détachée d'elle-même (« l'objet n'en vaudrait matériellement plus la peine », dit Bergson) : c'est une vie pleine d'énergie totalement déracinée d'elle-même, comme portée par un flux ou une force qui est l'essence même de la vie. La prière mystique est altruiste et extatique. Par cette attitude, l'âme mystique nous ouvre à une religion dynamique de l’humanité qui ne repose pas sur des rites et dogmes, mais sur des visions et des symboles.

 

page 100

La mécanique au service de la mystique

[...]
À la possibilité d'élever spirituellement l'homme par la technique, Bergson répond sans ambages : « Or, dans ce corps démesurément grossi, l'âme reste ce qu'elle était, trop petite maintenant pour le remplir, trop faible pour le diriger. D'où le vide entre lui et elle. D'où les redoutables problèmes sociaux, politiques, internationaux [...]. » La débauche de moyens techniques que l'homme a mis en œuvre plonge donc l'humanité dans une inégalité croissante. Bergson le dit lucidement : « L'humanité est une espèce animale, soumise comme telle à la loi qui régit le monde animal et qui condamne le vivant à se repaître du vivant. »

[...]
Si les progrès techniques ne contribuent en rien au progrès spirituel de l'humanité, c'est parce qu'ils sont confisqués par le corps : le tracteur n'a pas empêché la famine, les OGM ne feront pas mieux. Les vaccins n'ont nullement empêché des morts par millions, les fioles demeurant au Nord dans les laboratoires tandis que les hommes mouraient au Sud au pied des oratoires. Les biotechnologies sont l'expression d'une même méprise : le fait de disposer de cellules souches dans un congélateur et d'un clone dans une clinique privée ne contribuera en rien à une élévation de la spiritualité. La solution devient dissolution si elle est seulement confiée à l'intelligence. Aucune découverte technique ou scientifique n'a jusqu'à présent fait progresser moralement l'humanité. Aucune.

[...]
Bergson nous invite ainsi à envisager cette voie : « Ne nous bornons donc pas à dire [...] que la mystique appelle la mécanique. Ajoutons que le corps agrandi attend un supplément d'âme et que la mécanique exigerait une mystique. » Cette attitude de l'âme, faite d'ouverture et de générosité, est la seule susceptible d'offrir à l'humanité ce supplément d'âme qui ne parvient pas à surgir des machines, du machinal et du machinique. Pour que l'homme évite de devenir lui-même un machin, il faut que par la prière soit ranimée la flamme de l'élan qui le porte au-dessus de lui-même, vers une humanité régénérée. À la différence de la magie, la mystique ne constitue donc pas un antidote à l'intelligence : elle propose une autre vie.

[...]
Prier, c'est ainsi poser chaque pierre sur fond de cathédrale, c'est-à-dire accomplir chaque geste du quotidien sur une toile amoureuse. Assurément, une telle démarche repose sur une vitalité accrue, sur une réalité spirituelle augmentée. Bergson parle d'une « énergie, une audace, une puissance de conception et de réalisation extra-ordinaires ». Il y a donc une prière qui n'est pas mécanique, qui ne se récite pas via un moulin, mais qui suppose de redonner à l'humanité un élan qui s'est fossilisé dans la technique.

La prière mécanique attache, la prière mystique détache : la première est obligation, la seconde est libération. La vraie vie n'est pas la vie immortelle, mais la vie augmentée, densifiée par un souffle (pneuma) nouveau.

 

 

page 111

Conclusion

L’ère du soupçon s'achève : la défiance politique à l'égard du religieux n'avait d'égale que sa croyance naïve dans le progrès. Dieu est là. Loin d'être une fabrique de crétins, la religion participe d'un ré-enchantement du monde porteur de fortes aspirations. Croire constitue la forme la plus élevée de l'esprit ainsi qu'une présence au monde originelle et originale. Je ne crois pas par naïveté, sauf à définir celle-ci comme la capacité à percevoir les choses dans leur pureté. Croire m'indique un chemin, m'implique dans la société, me guide dans ma liberté, redresse ma courbure et me replace dans le flux de la vie.

A l’heure où l’intégrisme et le fanatisme s’invitent dans la plupart des religions, on pourrait penser qu’elles sont archaïques et que leurs fidèles sont des crétins. Mais il importe de ne pas juger une réalité sur ses sous-produits et de porter notre regard vers ses sommets fréquentés par des individus nous révélant le propre de l'humanité. [...] Que l'on regarde ou non dans cette direction, on ira tous au paradis. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas d'autre chemin. [...] L’homme est le seul animal religieux, non parce qu'il est supérieur, mais parce qu'il est la dernière salve de l'élan vital. Reliure de l'humanité, cette force initiale est en chacun de nous. C'est à la retrouver que s'efforce une vie. C'est à l'atteindre que consiste le paradis.

 


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