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Jean-Baptiste

le roi du paradoxe

 

 

Louis Pernot

pasteur de l'Église réformée de l'Étoile

 

 

30 novembre 2010

Jean Baptiste plongeait dans le Jourdain, mais il n’était pas l’adepte du bain tiède, plutôt celui de la douche écossaise, il est en effet difficile à cerner, contradictoire, paradoxal.

Il vivait dans le désert... mais plongeait dans l’eau. Il annonçait le pardon... mais il demandait de confesser sa faute, alors regarde-t-on les fautes ou non ? Annonçant le pardon l’imaginerait être plutôt libéré et détendu, mais il vivait très sobrement, mangeait ni ne buvait, comme un ascète dans le désert.

Le baptême en soi aussi est un paradoxe : comme l’eau, qui peut être signe de mort et signe de vie. Le baptême par immersion, signe d’une vie nouvelle consistait à plonger la personne totalement dans l’eau comme si elle était noyée, n’est-il pas bizarre d’annoncer la mort pour dire la vie ?

Mais tout le Christianisme est une religion paradoxale : la croix, symbole de supplice et de mort devient signe d’espérance et de vie. Jésus, disons- nous, est roi, mais il se présente comme un pauvre hère, il est puissant, et pourtant tout faible, il est fils de Dieu, mais il meurt comme le dernier des hommes. Il ressuscite, et voilà que personne ne le reconnaît.

La prédication de Jésus également ne cesse d’être paradoxale : il dit qu’il faut transgresser pour accomplir, qu’il faut faire confiance à Dieu, et pourtant se mettre au travail dans ce monde. Nous attendons la venue du Royaume, et pourtant disons qu’il est déjà là, nous accueillons la venue du Christ comme le Messie, mais on dit qu’il faut attendre sa venue...

Jésus dira encore : « qui veut sauver sa vie la perdra... qui s’élève sera abaissé. » Paul dans le même sens dira : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort... car, dit Dieu, ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. »

Pourquoi tous ces couples contraires et ces paradoxes ?

Parce que la vie elle-même est paradoxe. Vivre, c’est accepter d’être sans cesse dans le paradoxe, dans l’impossible équation de gérer des incompatibles avec une ligne de conduite formelle qui est celle, intangible de l’amour, seul commandement qui doit rester absolu.

La vie est dialectique, réalité complexe, il faut connaître les bornes pour pouvoir se situer entre elles, et aussi comprendre le sens de l’affaire. La vie, c’est une réalité étonnante qui est en suspension entre la naissance et la mort, entre les joies et les peines, entre la culpabilité et le pardon, entre le pardon et la grâce, entre soi et les autres.

Le sens de ces oxymores : c’est d’annoncer une dimension nouvelle, on ne peut que sortir dans une troisième dimension, donner naissance à quelque chose qui échappe à cette logique infernale des contraires contradictoires. Il faut chercher issue dans un autre domaine, ailleurs, pas dans ce monde.

La sagesse commune dit : « in medio stat veritas », c’est faux, la vérité n’est pas dans la voie moyenne, la vérité se tient en tension, comme une étincelle entre deux pôles, la vérité est comme une lumière fugace. Comme l’Arc-en-Ciel qui apparaît quand la pluie rencontre le Soleil.

Ces paradoxes donnent aussi ce qu’il faut pour avancer : de la dynamique, du déséquilibre, mais il faut également autre chose : une certitude, une ligne de conduite, une vérité, peut être un plan, ou une direction, un chemin. Il faut du déséquilibre, mais aussi de la stabilité. Le déséquilibre, il est dans ces joyeux ou difficiles paradoxes de l’existence, et la stabilité elle est dans une conviction forte qui donne sens à tout ça.

Cette conviction, c’est l’amour, c’est la ligne de conduite, l’espérance. C’est la base, autant par l’amour que nous avons en Dieu que par l’amour que nous recevons de lui. Cette conviction, c’est aussi le but, par l’amour que nous devons porter aux autres, à nous mêmes en nous acceptant, et à Dieu.

Dans cet état de fait, la foi a un grand rôle : d’abord pour donner un sens, accrocher à de l’immuable cette vie ou tout nous éclate (Cf. Romains 8). Et aussi, compléter notre dialectique. Pour être bien, une vie doit être équilibrée dans ses pôles, sinon, il n’y a plus de lumière, plus de dynamique.

Ainsi, Dieu lui-même, s’il est bipolaire, peut apporter dans notre vie le pôle qui nous manque.

Si nous avons trop de peine, Dieu est consolation, amour espérance, lumière et vie. Si nous avons trop d’activité, Dieu est repos, calme, tranquillité. Si nous n’avons rien à faire et que nous sommes dans l’ennui, il est appel, appel à agir, à aller vers les autres, à se réveiller. Si il y a trop de joie ou de divertissement, il est mise en garde, rappel que la joie terrestre ne dure pas toujours.

La foi est donc en même temps deux choses contraires : l’ancre et la voile. L’ancre qui nous stabilise et la voile qui nous fait avancer.

Dieu guérit les malades et rend un peu malade les gens trop bien portants.

Jean Baptiste, ainsi en nous rappelant que nous sommes à la fois pécheurs et pardonnés, prépare le terrain du Christ, comme un laboureur retourne la terre, il nous rend disponible à une réalité nouvelle qui sera l’Evangile, afin que nous soyons prêts à accueillir le Christ, source pour nous de vie, de paix, de joie et d’éternité en nous permettant de nous savoir aimés et de savoir aimer à notre tour.


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