Judas
l’amitié trahie
Anne Vantal
J'ai commencé à écrire pour les jeunes il y a quelques années, après une longue carrière de journaliste et d'auteur de beaux livres. J'ai publié pour la jeunesse une dizaine de romans intimistes et des nouvelles historiques. En me penchant sur l'histoire de Judas, je pouvais explorer simultanément ces deux directions : faire revivre des personnages ancrés dans une tradition écrite et laisser libre cours à mon imagination de romancière. Judas, dans les Écritures, se résume d'un mot : traître. Mais comment est-il devenu celui qui a livré Jésus ? Et, plus généralement, comment en arrive-t-on à renier son meilleur ami, à renoncer à des convictions, à « trahir » ce qu'on a aimé jusqu'alors ? Ce sont ces questions qui m'ont intéressée et m'ont permis d'imaginer le roman noir d'un personnage haï, coupable aux yeux de tous.
Page 26
Dès son arrivée chez Pierre et André, Jésus s'est retiré dans la cour ; il aime s'isoler pour prier. Il le répète souvent à ses disciples : lui-même n'est rien, il tire sa force d'âme et sa sagesse de son Père du Ciel. Dans la ruelle, les gens s'agglutinent et attendent en conversant à voix basse. Il y a là des boiteux et des aveugles, des femmes prises de fièvre et des enfants couverts de plaies. Tous ont mis leur espoir en Jésus ; ils le savent capable de les secourir et de leur rendre la santé, car on lui prête le pouvoir de guérir tous les maux. Judas, aidé de Thomas et Matthieu, surveille de près la foule et l'incite à la patience : Jésus prie, on ne l'interrompt pas.
Justement, le voici. Judas se précipite.
- Rabbi, les gens t'attendent en grand nombre. Dis moi ce qu'il convient de faire : faut-il qu'ils s'en aillent ? Doit-on leur dire de revenir plus tard ?
- Qui sont-ils ?
- Des gens de peu : des déshérités, des infirmes. De simples curieux, aussi. Il y a beaucoup de jeunes enfants qui gémissent et se plaignent... Ils risquent de troubler ta prière.
Entendant cela, Jésus redresse la tête.
- N'as-tu pas compris, mon ami, ce que j'ai dit l'autre jour ? Va chercher tes compagnons et rassemble-les dans la cour. Appelle aussi les femmes de la maison, car je veux que tous entendent de nouveau mes paroles.
Judas se dépêche d'obéir, il craint que sa remarque n'ait déplu. Au bout de quelques minutes, tout le monde se trouve réuni. Autour de Jésus se tiennent ses douze fidèles, et aussi l'épouse et les sœurs de Pierre, et d'autres femmes originaires de la région, qui ont pris l'habitude de suivre le Nazaréen pour l'écouter et le servir. Lorsqu'il les voit ainsi rassemblés, Jésus s'adresse à eux en ces termes :
- On me dit qu'une grande foule m'attend au-dehors, espérant de moi des miracles. On me demande s'il faut renvoyer ces gens qui piétinent depuis midi dans la ruelle. On craint que les enfants, surtout, ne troublent ma paix. La voix de Jésus résonne, claire et ferme, mais dénuée de tout reproche. Un peu mal à l'aise, Judas sent le regard du Maître se poser sur lui. Judas est soucieux de ma tranquillité, et je l'en remercie, mais il se trompe grandement. Je suis l'envoyé de Dieu, qui m'a fait naître parmi les hommes pour partager leurs maux et les laver de leurs péchés. Comment saurais-je me soustraire aux ordres de mon Père du Ciel ? Comment oserais-je Lui désobéir en renvoyant les malheureux venus demander mon secours ? Comment pourrais-je me plaindre du bruit des enfants ? Je vous le dis une nouvelle fois : laissez les petits enfants m'approcher, sans craindre de déranger ma quiétude, car ce sont des créatures de Dieu innocentes et sans mauvaises intentions, et le Royaume des Cieux leur ouvrira ses portes.
Sur ces mots, Jésus sort retrouver ceux qui l’attendent.
Page 31
Le crépuscule est proche lorsque, enfin, la foule se disperse. Jésus, dont le visage trahit la fatigue, rentre dans la maison de Pierre, où l'odeur du dîner du soir commence à se répandre.
- Rabbi, aimerais-tu prendre un peu de repos ? demande Pierre avec sollicitude.
Mais Jésus préfère rester avec ses compagnons dans la salle commune, où l'on vient d'allumer les mèches des lampes. Judas, pour la première fois, remarque son front soucieux.
- Rabbi, quelque chose te manque-t-il ?
- Rien ne me manque, mais le temps viendra bientôt où je devrai accomplir la volonté du Très-Haut.
Dans les rangs des disciples, on s'agite. Personne ne sait, au juste, de quoi il s'agit. D'un geste, Jésus réclame leur attention.
- La fête de Pâque est proche. Comme le veut la tradition, nous monterons ensemble vers Jérusalem pour y accomplir les rites.
Aussitôt, les exclamations fusent.
- C'est si loin !
- C'est trop dangereux !
- Par où irions-nous ? La Judée n'est pas sûre...
- La police romaine est partout !
- Et les milices d'Hérode Antipas !
- Et les pharisiens, qui sont si nombreux dans la Ville !
- Nous sommes surveillés !
- Considérés comme brigands de grand chemin !
- Les prêtres du Temple ne voudront pas t'entendre ! Tu seras chassé !
- Jésus, écoute-nous, ce n'est pas raisonnable !
Une fois encore, Judas n'a pas pris la parole. Il est ravi : il a l'impression que ses souhaits les plus secrets ont été entendus. Bien sûr, pense-t-il, l'idée est excellente ! Nazareth ou Césarée ne sont rien comparées à Jérusalem, la plus grande ville juive, sacrée entre toutes ! C'est là-bas que Jésus doit se faire connaître. Qu'il rencontre les docteurs de l'École, qu'il se rende dans le grand Temple ! Les foules viendront vers lui, bien plus nombreuses que les pauvres hères de cet après-midi ! Le règne du Très-Haut va arriver, se réjouit Judas : et où ce règne pourrait-il commencer, sinon dans la Ville même ? Tout excité par cette perspective, Judas en oublierait presque les dangers d'un tel voyage.
- Maître, qui veux-tu pour t'accompagner ? demande-t-il joyeusement.
- Vous tous serez avec moi, et aussi les femmes de cette maison, si elles le souhaitent. Préparez-vous, nous partirons dès demain.
Page 57
A ce moment, Judas se rend compte de la présence de Jésus à ses côtés. Le Maître s'intéresse à son tour aux tables des changeurs. Il observe, en silence d'abord, ces marchands de pièces qui pèsent les économies de pèlerins ; il les voit spéculer sur leurs marges et profiter honteusement de l'ignorance des visiteurs qui n'entendent rien à ces taux et barèmes compliqués.
Judas constate avec satisfaction que Jésus, à son tour, semble indigné par ces pratiques.
- N'avez-vous pas honte ? s'écrie Jésus, s'adressant aux changeurs d'une voix pleine de reproches. Ne savez-vous pas que la Loi interdit de voler ? Comment osez-vous profiter de l'ignorance pour vous enrichir, et en ce lieu saint entre tous ?
Jésus se saisit d'un tréteau posé au sol pour asséner quelques coups sur la dalle de marbre.
- Allez-vous déguerpir ou faut-il vous frapper ? Ne savez-vous pas qu'il est écrit : « Ma maison sera une maison de prière » ? Ce que je vois ici, c'est un repaire de brigands !
Autour d'eux, un petit attroupement s'est formé.
Judas remarque que, parmi les curieux, certains ne sont pas mécontents de la tournure prise par les événements. On entend des encouragements :
- Qui que tu sois, chasse ces voleurs !
- Il a raison : ils m'ont trompé en me prenant mes drachmes, et il me reste à peine de quoi offrir une colombe au Temple !
- Je suis prêt à faire un don au Trésor du Temple, pas aux spéculateurs !
Judas sent la tension qui monte. Autour d'eux, l'assemblée a grossi, et la menace est perceptible. L'un des marchands commence à plier son étal à toute vitesse. Bientôt, un grand cercle se forme autour de Jésus. Trois hommes s'approchent et demandent :
- N'es-tu pas Jésus, qu'on appelle le Nazaréen ?
N'est-ce pas toi qui te dis le Messie ?
Autour d'eux, on se met à gronder. La foule refuse qu'on s'en prenne à cet inconnu qui a si bien exprimé tout haut ce que chacun pensait.
- C'est bien moi, répond Jésus sans se laisser intimider.
De tous côtés, on entend fuser des exclamations.
- Rabbi ! Rabbi !
Sous les yeux ravis de ses disciples, Jésus commence à bénir de la main ceux qui viennent à lui tandis que les marchands affolés ramassent leurs tables et leurs sacs de monnaie avant de déguerpir. En quelques minutes, ils ont presque tous quitté le parvis. Quelques-uns, plus hardis ou plus furieux, continuent de maugréer contre ce petit maître de province qui a osé les expulser de leur place habituelle. L'un d'eux, dont le visage grimace de colère, n'hésite pas à s'approcher avant de quitter les lieux. Judas entend qu'on lui murmure à l'oreille.
- Vous me le paierez ! Avec les intérêts !
.
Moïse
Entre Dieu et les hommes
Marie-Thérèse Davidson
Je suis née à Paris, de parents étrangers, peu après la fin des horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Est-ce pour cela que j'ai beaucoup rêvé d'héroïsme et de belles histoires ? Très jeune, j'ai « dévoré » des contes, des récits, des romans, tout ce qui enflamme le cœur et l'imagination.
Nourrie de « Contes et Légendes », puis de mythologie grecque, je me suis toujours passionnée pour tous les grands récits d'origine, ceux qui expliquent l'homme et le monde.
Le plus grand de ces récits fondateurs, pour notre civilisation occidentale, est la Bible. Malgré toutes les difficultés liées au fait que les Bibles hébraïque et chrétienne sont des textes sacrés, il était tentant de faire vivre dans des romans, profanes mais respectueux de toutes les croyances, les personnages de la Bible, avec leur foi, leurs peurs, leurs espoirs et leurs souffrances - humaines, si humaines !
Or, parmi les personnages incontournables de la Bible figure Moïse, le fondateur du monothéisme. Intimidant, certes, mais tellement fascinant ! J'espère que ce roman aura réussi à donner une idée de la complexité d'un personnage si exceptionnel.
Page 8
Toute son enfance avait été bercée par cette histoire miraculeuse. Il aimait entendre sa mère égyptienne lui raconter comment elle l'avait trouvé.
Enveloppé de ses bras chauds, les yeux mi-clos, respirant avec délices l'odeur de lys et de myrrhe dont elle se parfumait, il la pressait de ses questions.
- Raconte, raconte-moi encore, mère... Et Bitya commençait :
- Je me souviens, nous étions en plein chemout, la saison des moissons, il faisait une telle chaleur... Même les murs épais de la Grande Maison ne nous protégeaient pas, c'était un temps à aller se baigner dans le Nil, à l'ombre des papyrus. C'est là que je t'ai trouvé, mon enfant. Imagine : je vois dans les roseaux une barque miniature, recouverte d'une toile fine, comme une voile affalée. Ma curiosité a tout de suite été éveillée, et je me suis fait apporter cette barque. Une vraie barque de joncs soigneusement enduite de bitume et de poix. Elle ne risquait pas de couler si elle était entraînée par le fleuve ! Mais... dans cette barque, un bébé vagissait : cette barque était un berceau ! Et qui était là ? Toi, mon chéri ! La toile avait été placée là pour te protéger du soleil, à n'en pas douter. Les gens qui t'avaient installé dans ce berceau de joncs devaient beaucoup t'aimer ! Tes parents sans doute...
Et Moïse rêvait d'une barque et de sa voile, aussi petites que des jouets, de ses parents qui l'aimaient tant, et qui pourtant l'avaient abandonné...
- Comment ne pas t'aimer ? Même tout petit, tu étais si beau ! Tu as cessé de pleurer en me voyant, tes grands yeux bruns me fixaient bien en face, sans peur. Tu étais l'enfant que j'attendais - un don des dieux ! Je t'ai pris dans mes bras, et tu m'as tout de suite souri. Je n'ai pu résister. J'ai bien vu que tu étais un Hébreu, tu portais leur marque, la circoncision. À cette époque, les soldats de mon père recherchaient tous les garçons hébreux nouveau-nés pour les mettre à mort, ordre de Pharaon.
Bitya frissonnait toujours à cette évocation, tout en poursuivant :
- Ta mère avait sûrement préféré te confier à Hâpi, le dieu-fleuve, plutôt que te laisser tuer, et elle avait eu raison, puisqu'il m'avait fait venir sur sa rive ce jour-là ! Je devais accepter cette mission de Hâpy, ou plutôt ce cadeau. Voilà comment je t'ai gardé avec mo ...
- Continue, mère, raconte-moi ; raconte-moi ma nourrice.
- J'avais avec moi une femme qui nourrissait son enfant, elle t'a présenté le sein, mais tu as détourné la tête. Elle a recommencé une fois, deux fois, et chaque fois tu as refusé son sein. Comment faire ? J'étais prête à envoyer chercher une autre femme, quand la petite Myriam, cette jolie fille d'Hébreu, est sortie de derrière les papyrus. Comme par hasard... Elle avait l'air si émue ! Elle nous a recommandé sa propre mère comme nourrice ; ta mère, peut-être ?
Souvent, à ce passage de son récit, Bitya s'interrompait, avec une petite moue indécise, puis elle reprenait :
- Puisque j'avais décidé de me laisser guider par les dieux, j'ai accepté cette proposition sans chercher à en savoir davantage... et Yokébed, ta nourrice, est venue. Quand elle t'a présenté le sein, il faut voir avec quelle voracité tu l'as saisi ! Tu avais fait ton choix... Alors je t'ai laissé avec elle le temps de l'allaitement, jusqu'à ce qu'elle te ramène à moi.
- Et c'est ainsi que je t'ai adopté, mon petit Hébreu !
Et comme je t'avais « sauvé des eaux », tout naturellement je t'ai nommé « Moïse »...
- Et voilà comment un fils d'esclaves a grandi à la cour de Pharaon, choyé et adulé comme un prince égyptien ! songeait Moïse. Longtemps sa naissance chez les Hébreux lui sembla être un conte ; n'était-il pas le plus beau, le plus fort, le plus intelligent de tous les princes royaux ? Il était promis à un si brillant avenir ! Futur Pharaon, lui soufflait parfois Bitya...
page 56
Or, au palais de Ramsès, depuis que le corps de son fils mort avait été transporté à la Maison de Pureté pour y être confié aux embaumeurs, Pharaon avait senti sa rage se réveiller, et il tournait en rond comme un taureau furieux, ruminant sa colère.
- Tous ces esclaves en fuite ! Ah, ce Moïse doit bien se moquer de moi ! répétait-il devant ses courtisans abattus. Au bout de quelques jours, n'y tenant plus, il fit réunir une armée de six cents chars, d'autant de chariots pour transporter les fantassins et de centaines de cavaliers sur leurs chevaux. Il prit lui-même la tête de cette colonne, bien décidé à rattraper les Hébreux et à les massacrer jusqu'au dernier, s'il ne pouvait les ramener.
Les Hébreux venaient d'établir leur campement au bord de la mer des Roseaux. Les femmes commençaient à déballer leurs maigres affaires, les enfants ramassaient branchages et brindilles pour que les hommes puissent faire du feu, quand des cris retentirent à l'arrière, loin de Moïse. Aussitôt, ce dernier envoya Caleb, l'un des jeunes gens de son entourage, aux informations. Avant même que celui-ci soit de retour, l'affolement s'était propagé dans tout le camp.
- Voyez la poussière là-bas ! Le gros nuage !
- Un orage ? Une tornade peut-être ?
- Oui, on entend un bruit de tonnerre. Vite, arrimons les tentes !
Mais ce n'était pas une tempête, Caleb s'en rendit vite compte. Non, c’était pire : l’immense armée de Pharaon fonçait sur les enfants d'Israël, faisant trembler la terre au galop de ses chevaux.
Les Israélites étaient acculés à la mer des Roseaux par l'armée, sans aucune issue possible ! Quand ils comprirent l'horreur de la situation, ils se retournèrent contre Moïse.
- Nous allons tous mourir ! clamaient-ils.
- Pourquoi nous as-tu emmenés jusqu'ici ? demandait l'un.
- Il n'y avait pas assez de cimetières en Égypte, pour que tu nous emmènes périr ici ? reprochait un autre.
- Mieux valait encore servir les Égyptiens ! assénait un troisième.
Moïse, abasourdi, n'en croyait pas ses oreilles. Les voilà qui regrettaient l'Égypte, qu'ils venaient de quitter dans l'allégresse ! Il croisa le regard fraternel d'Aaron et s'apaisa, assez pour entreprendre de rassurer le peuple.
- N'ayez pas peur, l'Éternel ne vous abandonnera pas maintenant ! Puisqu'il a promis de vous sortir d'Égypte, Il combattra à vos côtés.
Les Hébreux ne se laissaient pas tranquilliser si aisément. Pourtant, quand la nuée qui les précédait habituellement se déplaça et vint s'interposer entre leur campement et l'armée ennemie, ils cessèrent de gémir. C'est qu'ils entendaient, derrière le nuage, les cris des Égyptiens effrayés. Ceux-ci, perdus dans un brouillard opaque, n'y voyaient plus rien !
Au contraire, du côté hébreu, la colonne de feu illuminait la nuit qui était tombée.
Moïse rassembla alors les Israélites à la hâte et, obéissant à la Voix, pointa son bâton sur les eaux de la mer des Roseaux. Un souffle d'orage siffla, gronda sur les eaux. La houle se mit à enfler, et, tandis que des vagues écumantes jaillissaient de plus en plus haut, un couloir se creusa, se creusa face à Moïse, jusqu'à découvrir le fond de la mer ! Les Hébreux hurlaient de terreur, mais comment reculer ? Enfin les eaux marines s'ouvrirent complètement, découvrant une large allée de sable et de gravier que bordaient, comme deux murailles couronnées d'écume, deux hautes vagues mugissantes. Alors, à la lueur de la colonne de feu, levant toujours haut son bâton sur la mer, Moïse s'engagea entre les murs liquides, escorté de près par ses fidèles.
Rassérénés par la belle assurance du prophète, les plus courageux se mirent en route à sa suite ; puis les timides, honteux de leur lâcheté, suivirent à leur tour ; bientôt c'est le peuple tout entier, les hommes et les femmes, les enfants et les vieillards, qui avançait d'un pas ferme derrière son guide. Moïse marchait devant eux, inspiré, grandi, le bâton haut levé sur les eaux, fixant l'autre rive, droit devant lui. Le peuple le suivait, sans faiblir, malgré la peur qui le tenaillait - peur des soldats, peur de la mer. Et les milliers d'Israélites passèrent à pied sec, avec leurs familles et leurs troupeaux.
Quand, au matin, tous eurent traversé, la colonne de feu s'éteignit ; la nuée divine rejoignit sa place habituelle, au-dessus de Moïse, dévoilant aux yeux de l'armée égyptienne la mer ouverte en deux par l'allée de sable et de gravier. Généraux et capitaines égyptiens regardaient, éberlués, le fabuleux prodige et n'osaient s'aventurer entre les gigantesques parois liquides. Mais Pharaon, l'esprit obscurci par la rage, donna le signal de l'attaque à ses soldats. Sur l'autre rive, sans prêter attention aux cris apeurés des Hébreux qui voulaient fuir le plus vite possible, Moïse restait concentré, attentif à ce que lui dictait la Voix. Il attendit que l'armée égyptienne tout entière se fût engagée entre les deux murs d'eau. Alors seulement, il baissa son bâton et étendit la main sur la mer. En un instant, les murailles s'écroulèrent, deux vagues immenses déferlèrent dans un terrible fracas sur l'armée de Pharaon ! En un instant, les six cents chars et autant de chariots qui transportaient les milliers de fantassins, tous les cavaliers sur leurs chevaux furent engloutis par les eaux de la mer des Roseaux.
Quand les remous eurent cessé, que la surface de la mer fut redevenue plane, semée seulement de débris de chars et de corps à la dérive, et que les Israélites furent certains qu'aucun Égyptien n'avait réchappé, un immense cri d'allégresse monta vers Yahvé et tous les Israélites laissèrent éclater leur joie. Libres, ils étaient LIBRES !
Retour vers "libres
opinions"
Vos
commentaires et réactions