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Pourquoi penser

que Dieu n’existe pas ?

 

 

Bernard Baudelet

Gilles Castelnau

 



29 juin 2010

L’excellente petite revue catholique « Libre pensée chrétienne » publie dans son numéro 10/2010 d’avril – mai – juin 2010 une réflexion d'un de ses lecteurs, Bernard Baudelet, qui développe une spiritualité athée et commence par présenter quatre arguments qui, pour lui, indiquent que Dieu n’existe pas. Gilles Castelnau suggère qu’à ces arguments il existe une autre réponse que l’athéisme. Voici le texte de Bernard Baudelet en noir et la réponse de Gilles Castelnau en rouge.

Bernard Baudelet
Je vais développer maintenant quelques arguments qui me conduisent aujourd'hui à avoir la conviction que Dieu n'est pas.

Le premier argument repose sur un article (« Preuves scientifiques de l'existence de planètes habitables hors du système solaire. Un défi pour la pensée religieuse » publié en 2000 dans « Question de » n° l22 pages 28-46.) rédigé par un éminent jésuite (George V. Coyne, membre de l'Académie pontificale des sciences et directeur de l'observatoire du Vatican), dans une position prestigieuse au Vatican. Il concerne la probabilité très grande qu'il y ait de nombreuses planètes habitables (10 à la puissance 17, soit le chiffre 1 suivi de 17 zéros.) au sein du cosmos, en raison des caractéristiques et des histoires de ces planètes très semblables à celles de la Terre. Les êtres extraterrestres, dénommés ETs, pourraient être semblables aux hommes. Cette hypothèse pose de difficiles questions au Christianisme, selon le Père Coyne. Ces questions sont considérablement plus ardues que celles qui sont apparues après la découverte de l'Amérique :
- « Les ETs ont-ils péché de la même manière que nous ? » Sa réponse est « Oui, ils ont péché ! ».
- « Dieu a choisi librement de sauver les hommes de leur péché. A-t-Il fait de même pour les ETs ? »
- « Dieu a choisi un moyen très spécifique pour sauver les êtres humains. Il leur a envoyé Son Fils unique, Jésus, qui a donné sa vie pour qu'ils soient sauvés de leur péché. Dieu a-t-Il fait de même pour les ETs ? Ou bien a-t-Il choisi un autre moyen pour les sauver ? »
- « Les problèmes théologiques deviennent encore plus graves. Il est certain que Dieu est complètement libre de choisir Ses méthodes, et qu'il n'était pas obligé de sauver les ETs de la même manière ? »
La réponse du Père Coyne est « Oui, Il a envoyé Son Fils unique pour sauver (également) les Ets ». Et il ajoute : « Nous nous trouvons devant la grave responsabilité de devoir repenser quelques réalités fondamentales de la foi religieuse. »

Ma réponse est plus simple : Dieu n'est pas et il n'est pas nécessaire de se torturer l'esprit pour rendre compatible ce qui ne l'est manifestement pas.

 

Gilles Castelnau
Il est vrai qu’il y a des milliards de galaxies qui contiennent des milliards de systèmes solaire, ce qui fait des milliards de milliards de planètes. Sur le nombre il y en a certainement des milliard qui sont habitées d'êtres intelligents.
Cela donne à penser effectivement et nous amène d’abord à revoir notre vocabulaire.
Les gens qui disent par exemple que Jésus est à la droite de Dieu ne pensent pas que cela créerait la jalousie des milliards d'autres christs en provenance des milliards d’autres planètes qui doivent eux aussi être « à la droite de Dieu ».
Les gens qui disent que Marie est reine du ciel ne se rendent pas compte de la prétention des terriens d’attribuer cette place d’honneur à l’une d’entre eux !
On peut aussi se demander si vraiment la langue de Dieu est l'arabe du Coran ou l'hébreu de la Bible, car les autres habitants du cosmos prient sans doute Dieu dans d'autres langues !

Ensuite il ne me semble pas que lorsqu’on pense à la relation de Dieu avec ses créatures la première question – et même la seule ! – soit celle du « péché » ! Comme si Dieu était un Être demeurant quelque part à l’extérieur du monde, à côté et en plus de tous les autres êtres et qui, dans une toute-puissance menaçante se focalise sur la surveillance sourcilleuse du comportement de ses enfants.
Alors que le dernier mot des Psaumes de la Bible est : « Que tout ce qui respire loue donc l'Éternel » ce qui nous situe en présence d’un Dieu Souffle de Vie qui monte en nous et certainement pas d’une menace de mort que nous ayons à craindre !
D’ailleurs ce terrifiant
« moyen très spécifique pour sauver les êtres humains » qu’est l’horrible supplice de la croix seul capable d’apaiser la colère d’un Dieu dont la « justice » exige de voir couler le sang innocent me semble une conception parfaitement inique et inacceptable. Comment admettre un « salut » qui serait une sorte de drame céleste qui se serait joué en dehors de nous et qui nous ouvrirait l'accès à un Paradis éternel réservé uniquement à ceux qui en connaissent les mots-clés et les doctrines secrètes.
Bernard Baudelet a bien raison de ne pas croire en un tel Dieu. On ne saurait trop l’y encourager. Mais pourquoi jeter le bébé avec l’eau du bain : La théologie du Process, par exemple nous rapproche, me semble-t-il du Dieu qu’aimaient les prophètes d’Israël et que Jésus-Christ nous a lui-même fait connaître :
Je crois au Dieu vivant dont le Souffle, le dynamisme créateur anime tous les êtres et renouvelle leur élan vital. Son Esprit nous est un modèle d’amour et non d’autoritarisme dominateur, arbitraire et... méchant.

 

 

Bernard Baudelet
Le deuxième argument repose sur la question de l'âme. En effet, l'existence supposée d'une âme en chaque homme de notre Terre semble incohérente avec la théorie de l'évolution. En effet, si cette âme est le fruit d'une évolution, qu'était-elle dans les stades intermédiaires ? Si, a contrario, elle est apparue brusquement par création divine, lors de l'évolution des hommes en un temps compris entre 2 millions d'années, période où sont apparus les premiers humains, et 18 mille ans lors de la naissance de l'homo sapiens, est-ce lorsque Dieu a estimé que cet homme devenait à Son image ? Ces deux hypothèses conduisant à des interrogations complètement farfelues, mieux vaut, selon moi, ne pas croire à l'existence d'une âme en chaque homme ou femme !

 

Gilles Castelnau
Bernard Baudelet a bien raison de ne pas se laisser piéger par l’idée d’une « âme » réservée aux humains. Le mot biblique que l’on traduit - à tort - par « âme » désigne en fait l’élan vital que Dieu insuffle en chaque être. Il n’y a naturellement pas que les humains qui en ont une mais les animaux aussi et tous les vivants. Cette notion n’a rien à voir avec la pensée gréco-romaine qui concevait, de manière dualiste, l’être humain constitué d’un corps matériel purement terrestre et d’une « âme », goutte de la lumière divine immortelle tombée des cieux éternels où elle remontait tout naturellement, commue un ludion à la mort de l’individu. Doctrine sans Dieu si l’on veut bien y réfléchir et qui ouvre la porte à toutes les spéculations sur la réincarnation des âmes.
Lorsqu’on rencontre ce mot dans une traduction française de l’Ancien ou du Nouveau Testament il est mieux de le remplacer par « vie humaine ».
Thomas d’Aquin spécule, de façon d’ailleurs très intéressante, sur l’âme de l’embryon humain qu’il qualifie de « végétale », qui est supplantée après quelques semaines de grossesse par l’âme « animale » du fœtus et enfin à la naissance par l’âme « humaine » de l’enfant. Cette distinction permet en effet une réflexion importante sur l’IVG mais elle est aujourd’hui trop subtile.
Elle permet trop facilement les ricanements de nos contemporains qui demandent alors par exemple si le premier homme qui a « reçu » une âme sera éternellement séparé de ses parents qui n’en ont pas reçu, puisqu’ils n’étaient pas « encore » humains ! La pensée biblique est parfaitement compréhensible et ce n’est pas notre refus de la conception (païenne) gréco-romaine qui doit entraîner notre refus de l’existence du Dieu vivant !

 

 

Bernard Baudelet
Le troisième argument concerne la souffrance et la mort. En notre temps, la mort est cachée et pourtant elle est irrémédiable. C'est notre seule certitude. Ceux que nous aimons et nous-mêmes deviendrons poussière, de jeunes enfants n'échapperont pas à la mort, pur non-sens à leur âge. Alors, il s'agit toujours de conférer du sens - et donc de la valeur - à la souffrance, ce qui implique que la maladie soit pensée sur le modèle d'un défunt, d'une faute qui puisse être palliée, expiée pardonnée ; que la mort soit envisagée sur fond de salut et de rédemption, de façon à ce qu'au bout du compte puisse être prononcée une parole de guérison et d'acceptation par laquelle tout rentre dans l'ordre nécessaire et bienveillant du monde. Toutes les religions, les plus primitives, comme celles que nous connaissons aujourd'hui, ont toujours apporté cette espérance. Elle masquent le drame de la mort de ceux que nous aimons et apaisent l'horreur de notre propre fin précédée souvent d'états dégradants. Les religions seraient-elles si la mort n'existait pas ou si nous ignorions qu'elle est, toujours prête à frapper ?
Ma réponse est : je crois que de tout temps, elles ont été inventées par les hommes. Dieu est alors une nécessité pour justifier ces religions, Il n'a pas été révélé. Il n'est pas. Quant au Bouddhisme, étant une voie agnostique, le cycle des renaissances, donne sens aux différentes vies tant que l'état de Bouddha n'est pas atteint.

 

 

Gilles Castelnau
Bernard Baudelet écrit
« il s'agit toujours de conférer du sens - et donc de la valeur - à la souffrance... que la mort soit envisagée sur fond de salut et de rédemption »
Mais la lecture de la Bible ne nous amène pas du tout à une pareille idée. La Bible, dans tous ses récits, nous montre qu’en notre monde il est bien naturel de souffrir. Tous subissent souffrances, échecs, malheurs, injustices, mort. Les bêtes et les plantes aussi, à leur manière. Ce n’est pas Dieu qui nous envoie ou qui permet ces maux. Jésus a affronté comme nous les forces de la mort, cette absurdité, ce sentiment d'abandon et d'injustice : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » Matthieu 27.46
Sa croix symbolise la souffrance universelle.
Dieu ne permet pas le mal. Il ne lui reconnaît aucune valeur. Il en souffre, réagit, invente et propose continuellement réparation, un plan de rédemption plus beau que s'il n'y avait pas eu de péché.
Présent en chacun de nous, Dieu s'implique dans notre souffrance, il participe à notre malheur, il renouvelle en nous le courage d'affronter le mal, il nous donne la paix, dans l'épaisseur de notre obscurité il fait doucement luire en nous sa lumière.
Nous avons appris à discerner la lumière de Pâques qui perce toujours à travers l'obscurité du Vendredi saint et nous visitons les hôpitaux et les prisons, nous accompagnons les malades et les mourants et nous encourageons les militants. La croix plantée dans notre monde résume notre vision du monde, nous la voyons déjà environnée de la lumière de Pâques.
Dieu est en nous, il n’est pas sans nous mais il est plus que nous, et c'est bien lui qui, loin de nous éprouver, nous punir, nous abandonner, nous donne le courage de poursuivre le combat de la vie.

 

 

Bernard Baudelet
Le quatrième argument repose sur l'impossibilité pour Dieu d'être bon, juste et tout puissant. En effet, après l'horreur de la Shoah - on sait hélas que ce n'est pas le seul drame de notre humanité - Dieu est soit bon et pas tout puissant, soit l'inverse. Dieu demeure sourd aussi à l'enfant qui nait difforme, à tous les scandales de notre condition humaine. Il a été sourd au cri de Jésus abandonné sur la croix. Quel Père bon et tout puissant tolèrerait une telle souffrance pour Son fils bien-aimé ?
A moins que, de tout temps, Son fils ait dû mourir pour ressusciter le troisième jour afin, par sa mort, de sauver les hommes et, par sa résurrection, de permettre à chacun de croire en Dieu ? Jésus ne pouvait pas mourir dans son lit, vieux et grabataire. Cruel et invraisemblable déterminisme ! Ne prétendez pas qu'Il respecte notre liberté, qu'Il nous a confié la responsabilité d'être présents à sa place, qu'Il ne veut pas notre souffrance ! Les ex-voto de reconnaissance à la Providence divine ne prouvent rien, ils sont plutôt des effets du hasard. Nul ne se vante de ne pas avoir été exaucé, d'avoir prié en vain, les contre-exemples ne sont pas affichés. N'ajoutez pas que Dieu veut nous faire progresser, nous soumettre à l'épreuve, lorsqu'Il ne répond pas à nos prières !
Ma réponse est : soit Dieu n'est pas et tout s'éclaire, ou bien Il est mais Il nous laisse tomber. Je préfère la première hypothèse, c'est moins avilissant pour Son image. [...]

 

 

Gilles Castelnau
Il faut répéter inlassablement que l’idée de la toute-puissance de Dieu est d’origine païenne, c’est celle d’un Zeus brandissant la foudre à qui il n'est pas question de résister (à l'image de l'empereur auquel on ne pouvait qu’obéir : son autorité se fondait sur ses dizaines de milliers de crucifixions d'opposants !).
Mais Zeus - pas plus que l’Empereur, ne luttait contre le mal. Il le laissait fonctionner. La « piété » stoïcienne consistait à « accepter », son Destin, à s’y « soumettre » qu’il soit bon ou mauvais. Et même la piété consistait à toujours trouver « bon » le Destin que Dieu envoyait.
Il n'était évidemment pas question d'aimer Dieu mais de le respecter.
Cette idée n’est pas enseignée par la Bible. Yahvé n'y est pas tout puissant - les termes hébreu et grec habituellement traduits ainsi signifient seulement « puissant » - Il ne contrôle pas tous les événements et ne le pourrait pas.

Le Dieu de la Bible est un Dieu d'amour que l'on peut aimer. Il n’organise pas le mal, ne le permet pas, mais s’oppose à lui. Exemple : son combat en 10 rounds contre le Pharaon esclavagiste (Exode). Il n'est pas tout-puissant maître de toutes choses : s'il l'était le Pharaon n'aurait pas pu lui résister.
C'est aussi le Dieu de Jésus : les pharisiens et Pilate lui ont résisté. L’identification de Yahvé et Zeus est née au 3e siècle av. JC quand la pensée grecque est parvenue avec Alexandre le Grand en Israël et que la Bible hébraïque a été traduite en grec à Alexandrie : la « Septante ».
Le nom de Yahvé qu'on ne devait plus prononcer a été remplacé en grec par le mot « Seigneur » (kyrie) ou « Dieu » (théos) qui étaient justement la manière de nommer Zeus !

Aujourd'hui beaucoup de gens attribuent à la fois à Dieu la « toute-puissance » de Zeus et l’ « amour » de Yahvé, ce qui est acrobatique et que Bernard Baudelet a bien raison de récuser. Mais au lieu de renoncer à Zeus et à Yahvé il pourrait, comme nous sommes nombreux à le faire, récuser Zeus et accepter Yahvé.

 

 


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