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Ces morts étaient-ils
de grands pécheurs ?

 

Prédication

 

Luc Serrano

pasteur de l'Église réformée de Mâcon - Villefranche sur Saône

 

25 janvier 2010

Luc 13, 1-9
1 En ce même temps, quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. 2 Il leur répondit : Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu'ils ont souffert de la sorte ? 3 Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. 4 Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu'elle a tuées, croyez-vous qu'elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? 5 Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. 6 Il dit aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit, et il n'en trouva point. 7 Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n'en trouve point. Coupe-le : pourquoi occupe-t-il la terre inutilement? 8 Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année ; je creuserai tout autour, et j'y mettrai du fumier. 9 Peut-être à l'avenir donnera-t-il du fruit ; sinon, tu le couperas.

.


A la lecture du début de ce passage de l’Evangile de Luc, on a l’impression de parcourir les grands titres des journaux :
« Hommes de paix, sept moines trappistes ont été enlevés et assassinés en Algérie »

« Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 à Haïti aurait fait plus de 150 000 morts... »

En effet, dans ce début de chapitre, Luc nous annonce deux mauvaises nouvelles : tout d’abord, plusieurs galiléens ont été assassinés à la demande de Pilate ; puis on cite le cas de ces 18 personnes écrasées sous le poids d’une tour qui s’est écroulée. Ici nous avons des récits de morts violentes, de morts absurde !

Et comme à chaque fois en pareille cas, le premier réflexe et de se demander : « A qui la faute ? » De même, chaque fois que l’on apprend la mort d’une personne proche, la première question que l’on pose c’est : « Pourquoi ! ... Pourquoi cette personne que j’aimais est morte ? » Et donc, au fil des drames de l’actualité, on se demandera pourquoi des hommes de Dieu, au service de tous, ont-ils été sauvagement assassinés en 1996 ? Ou pourquoi encore une catastrophe en Haïti ? En effet, après les morts de la guerre d’indépendance, de l’occupation américaine ou des dictatures, après les ravages des cyclones et des coulées de boue... pourquoi encore ce drame sur cette terre mille fois meurtrie ? ...

Ces souffrances inutiles, ces morts imprévisibles, ont quelque chose d’horrible, de scandaleux ! De telles souffrances, de tels drames, ne devrait pas exister ! Cela nous révolte, mais notre premier réflexe face aux épreuves, face à la souffrance, face à la mort, c’est souvent de chercher un coupable... Ainsi, le coupable, c’est Ponce Pilate, le tyrannique gouverneur romain ! Ou ce sera l’ingénieur qui a mal construit la tour de Siloé. Avait-il reçu des pots-de-vin ? On voudrait savoir, savoir pourquoi tout cela est arrivé, arrive...
Ou bien encore, si on cherche plus loin, c’est Dieu, censé être « Tout-puissant », le coupable ! Car il n’est pas intervenu, il a laissé faire. Et d’ailleurs, nous le voyons aussi dans notre propre existence, lorsque nous souffrons, sommes éprouvés, nous avons l’impression que Dieu n’intervient pas, nous laisse souffrir. C’est comme si Dieu était indifférent à notre souffrance. Alors, c’est lui le coupable finalement !
A moins, que comme le penses certains croyants, tout cela n’est que le fruit de sa « divine providence », car cela aurait pu être pire : un tremblement de terre la nuit, lorsque tout le monde dort, par exemple !
A moins que cela soit un avertissement, un convertissez-vous ou sinon... En effet, la pire des réponses, est celle qui dédouane Dieu et condamne les hommes ; celle ou c’est nous les coupables. Peut-être que nous avons fait quelque chose de mal et que Dieu nous punit. Peut-être que ces galiléens qui ont été assassinés par Pilate et ces personnes qui sont mortes écrasées sous une tour, avaient fait du mal ou le Mal... et Dieu les aura, par ces morts brutales, puni ?

Cela vous choque peut-être que je puisse dire cela, mais c’est pourtant ce qu’ont osé prêcher des pasteurs protestants (pentecôtistes) haïtiens, revenus exprès des États-Unis pour prêcher la repentance à un peuple encore une fois meurtri, au lieu de simplement pleurer et prier avec eux, avant d’annoncer la consolation en Christ. « Repentez-vous ! », disaient-ils. « Tous vos malheurs viennent de votre impiété, de vos péchés : de vos chants et danses effrénés, de vos mœurs libérés et surtout de vos pratiques vaudous, démoniaques ! »
D’autres « fous de Dieu », musulmans ceux-là, avaient débité les même absurdités, pour moi blasphématoires, il y a plus de cinq ans, après le tsunami qui a frappé l’Asie du Sud-Est, et notamment une région d’Indonésie parmi les plus pauvres...
Aujourd’hui comme hier, on nous présente l’image d’un Dieu qui ressemble à un comptable mettant des croix dans deux colonnes en fonction de ce que l’on fait de bien ou de mal, pour mieux nous récompenser ou nous punir. C’est peut-être cela l’origine du « salaire au mérite », tant vanté par certains ! Et ici, quand la colonne « Mal » dépasse un peu trop celle du « Bien », alors la sanction divine, personnelle ou collective, tombe du ciel pour punir et parfois tout détruire... comme lors du Déluge ou à Sodome et Gomorrhe.

Oui, il est légitime d’être révolté par la souffrance et la mort, d’être interrogé par la répétition de certains drames ! Nous aimerions tant savoir le pourquoi de tout cela : « Est-ce que Dieu laisse faire, parce qu’il est indifférent à notre souffrance, ou est-ce que la souffrance est plutôt une punition de Dieu en rapport à une faute que nous aurions commise, nous ou nos parents ? » Les personnes qui viennent raconter à Jésus ces drames - les galiléens assassinés par Pilate et les 18 personnes écrasées par une tour -, se posent exactement les mêmes questions que nous face aux drames de nos existences ou de l’actualité. Et Jésus, qui lit dans leurs cœurs, sait bien cela, lorsqu’il leur dit : « Est-ce que vous pensez que si ces galiléens et ces 18 personnes écrasées sous une tour sont morts, c’est qu’ils étaient des plus grand pêcheurs que les autres ? »...
Jésus sait qu’ils pensent que c’est Dieu qui les a puni de leur péché en les faisant mourir. Jésus sait ce qu’ils pensent et il leur fait voir qu’ils pensent faux, qu’ils ont une fausse image de Dieu. Il leur dit : « Non, je vous dis... Dieu n’est ni indifférent à a la souffrance, ni un comptable obsédé par l’envie de juger et de punir. Dieu Est, tout simplement ! » Mais Jésus ne nous dit pas ce qu’il Est. Jésus ne nous explique pas le pourquoi de la souffrance et de la mort. L’Évangile, comme d’ailleurs le Livre de Job, qui est tout entier construit autour de cette question, est sur ce point étrangement muet. Et même, Dieu se moque parfois de l’homme qui croit pouvoir tout comprendre, expliquer rationnellement ou spirituellement ces choses.

Dieu dit par exemple à Job : « Où étais-tu lorsque je fondais la terre ?... » Ainsi, Jésus ne nous donne pas de réponse par rapport à la souffrance et au Mal. Mais après avoir dit que ces personnes ne sont pas mortes en punition de leurs péchés, Jésus ajoute : « Mais si vous, vous ne changez pas de comportement, autrement dit de façon de penser, de voir Dieu, vous mourrez tous comme eux ! »
Jésus, face à la souffrance et à la mort, nous dit la question à poser n’est pas : Pourquoi est-ce que Dieu permet cela ou qu’est-ce que j’ai fait de mal pour que cela m’arrive ? Face à la souffrance, le témoignage de Luc nous invite non pas à nous poser mille questions sur le pourquoi de notre souffrance, le pourquoi des malheurs qui traversent l’histoire de monde et des peuples ; car ce sont des questions auxquelles nous n’avons de toute façon pas de réponse définitive. Le témoignage de Luc nous invite plutôt à agir, à nous convertir, à changer de mode de pensée et de comportement... et surtout à arrêter de lire le Mal là où il n’est pas, à arrêter de juger, de condamner l’autre au lieu d’être miséricordieux comme lui Est Miséricordieux.

La suite du témoignage de Luc, avec la « Parabole du figuier stérile », met en image cette exhortation à la conversion, mais il met aussi en lumière l’infinie patience de Dieu. En effet, le propriétaire dit : « Regarde, depuis trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le ! » Voilà un message plutôt violent ou Dieu n’accepte pas la facilité ou le gâchis. Car il semble là, du moins dans un premier temps, que Dieu veuille de nous le maximum, comme ce propriétaire qui veut que le figuier donne du fruit, sinon... il le coupera !
Cette parabole me choque et me dérange, car elle veut bien dire que Dieu s’attend à ce que notre rencontre avec lui nous change, nous transforme. Dieu veut que nous grandissions, il est donc loin d’être indifférent à ce que nous vivons. Il nous voit, sait qui nous sommes. Sait toutes les occasions où nous avons porté du fruit. Mais, il voit aussi toutes les fois où nous sommes restés stériles.
Cette parabole nous appelle ainsi à renoncer, à faire le deuil de certains aspects de notre vie, à ce qui nous empêchent d’être ce que Dieu veut que nous soyons. Il y a ici une exigence qui a quelque chose d’angoissant : « Si je n’arrive pas à porter du fruit... qu’est-ce qu’il va se passer ? » Mais, Jésus sait et tient compte du fait que, seuls, nous ne sommes pas capable de porter du fruit. Il nous rappelle que si Dieu exige que nous portions du fruit c’est parce qu’il nous rend tout d’abord capable d’en porter. Dieu ne fait pas qu’exiger, il donne avant d’exiger. Ne nous a-t-il pas, dans la mort et la résurrection de son Fils, ouvert à une Vie nouvelle !

C’est pourquoi, dans la parabole, le vigneron dit : « Laisse-moi creuser autour et mettre du fumier et peut-être produira-t-il du fruit ? » Dieu nous donne la possibilité de grandir parce qu’il nous aime. Dieu n’est donc pas un comptable à l’affût de nos moindres fautes. Son but n’est pas de nous piéger, de nous punir. Au contraire, il veut que nous devenions toujours plus que ce que nous sommes. Mais Dieu ne s’attend pas à ce que nous changions de pensée et de comportement du jour au lendemain. Dieu est toujours patient. Il attend. Dieu attend parce qu’il sait qu’une relation c’est long à construire, et que notre relation avec lui aussi se construit petit à petit, pas à pas. Ainsi, Dieu ne nous laisse pas tomber même dans les moments où nous ne portons pas de fruit. De même, il ne laisse tomber personne dans l’épreuve...

Et surtout, ce Dieu patient, aimant, n’envoie pas le malheur pour nous punir ou nous forcer à nous convertir... penser cela, prêcher cela, est blasphématoire et même criminel ! Oui, pour finir, nous avons souvent de la peine à comprendre le plan de Dieu, ce que Dieu veut pour nous, pour notre monde, notre temps. Mais, je crois que le témoignage de Luc nous appelle à aller au-delà de ces questions. Car, en fin de compte, la réponse, si réponse il doit y avoir, c’est l’Incarnation et la Croix !

En effet, incarné en Jésus-Christ, Dieu ne rend pas malade, Il guérit ! Dieu ne fait pas mourir, Il ressuscite ! Dieu n’est pas cause de nos souffrances, des épidémies ou des catastrophes naturelles... Il vient vivre ces épreuves avec nous, les porter pour nous. Aussi, comme le rappelle Jésus en Luc 13, la question du Mal et de la souffrance n’ouvre à aucun savoir sur Dieu, sur ce qu’il fait ou ne fait pas, mais peut devenir le lieu d’une prédication de « l’Évangile du Salut », d’une résurrection, d’une rencontre personnelle avec le Dieu fait homme : un Dieu qui en Jésus-Christ a souffert, est mort, mais aussi est ressuscité... et nous relève avec lui. Amen.

 


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