Libre opinion
Le christianisme appelle-t-il
à croire
des choses incroyables ?
Chanoine Hilary Wakeman
Irish Times, 22 décembre 2003
21 novembre 2009
« Il y des articles du Credo auxquels que je ne crois pas mais j’aime pourtant bien le réciter » m’a dit récemment un jeune homme et j’ai l’impression que, dans notre chrétienté déclinante, de nombreux fidèles catholiques et protestants pensent comme lui.
Il y a deux mille ans vivait un homme nommé Jésus. Ses paroles ont marqué l’histoire du monde. Sa propre divinité personnelle donnait une grand puissance à ses paroles qui ont été conservées durant tous les siècles suivants. Évidemment, après sa mort, l’histoire de sa vie a été racontée par ses disciples dans le style mythologique habituel en ces temps-là.
Lorsque des discussions se sont élevées, notamment au sujet de la nature de Jésus - dans quelle mesure était-il de nature divine ? – les autorités de l’Église et d’ailleurs aussi les autorités politiques comme l’empereur Constantin, ont rédigé des confessions de foi auxquelles tous les chrétiens étaient tenus d'adhérer.
C’était l’époque où l’on croyait que la terre était plate, que le paradis était en haut dans le ciel et l’enfer en bas sous la terre. On disait donc tout naturellement que Jésus était descendu du ciel et y était remonté.
Mais lorsque notre connaissance de l’univers s’est améliorée, notre langage théologique est resté le même. Ainsi, même en 1950, le pape de l’époque définissait un article de foi déclarant que Marie, mère de Jésus, avait été enlevée au ciel après sa mort : sa chair et ses os ayant été enlevés au ciel et réunis à son âme. Le philosophe Richard Dawkins remarquait : « cela implique évidemment que le Ciel soit un lieu matériel capable de contenir des cadavres ». Ceci n’est qu’un petit exemple de la manière dont nos affirmations théologiques se sont trouvées vitrifiées dans leur passé au point d’être rejetés par les fidèles.
Ceux-ci se débattent parfois pendant des années avec le sentiment qu’il est malhonnête d'aller à l’église le dimanche et de paraître approuver des choses dont on sait bien qu’elles ne sont pas vraies : que Jésus n’aurait pas eu de père humain, qu’il n’aurait pas eu une mort normale et qu’il n’était pas un homme comme nous mais était constitué de la même matière (non matérielle) que Dieu. Les fidèles s’efforcent de ne pas penser à ces choses ou du moins de ne pas en parler, mais ils finissent par quitter l’Église, souvent d’ailleurs avec tristesse. Les gens qui ne sont pas membres de l’Église sont rebutés par l'idée qui leur est faite que l'on y prend les métaphores et les anciens mythes comme des vérités historiques. Et on ne parle jamais de ces choses.
Le jeune homme qui faisait la remarque sur le Credo que je mentionnais au début de cet article, représente probablement un bien plus grand nombre de croyants qu’il ne pensait. Combien d’entre nous se sont sentis, pendant des années, vaguement coupables de répéter des phrases qu'ils ne croyaient pas vraiment, tout simplement parce qu’elles paraissent belles et réconfortantes ?
L’abandon de l’ancienne messe en latin est toujours ressentie douloureusement par de nombreux catholiques, de même que bien des membres de l’Église anglicane d’Irlande préfèrent le vocabulaire très seizième siècle de l’ancienne liturgie. Dans les deux cas, en effet, c’est la musique de la langue qui atteint la partie intuitive du cerveau, comme la beauté des vitraux et la fumée de l’encens. Et le cerveau droit, qui agit sur l’intuition, permet de se sentir plus proche de Dieu que le vocabulaire ordinaire des services actuels.
Ce qui est en train de se produire est qu’en répétant paresseusement nos credo et nos prières, nous perpétuons une religion périmée et que cette sorte de malhonnêteté tue l’Église.
Il nous faut avant tout être honnêtes et reconnaître – entre nous et en parlant à nos contemporains – que les mots que nous employons ne doivent pas être pris à la lettre mais sont des métaphores poétiques et paradoxales qui nous introduisent dans l’univers non rationnel du divin.
Reconnaître que, puisque nous sommes des humains à l’esprit évidemment limité, nous sommes incapables de définir une Vérité unique, universelle et qui serait valable pour tous les autres hommes du monde.
Mais nous pouvons tous essayer de découvrir ce qui est véritablement important pour chacun de nous, à chaque âge de notre vie et reconnaître aux autres disciples du Christ le droit de faire de même, comme nous reconnaissons le droit aux juifs, aux musulmans, aux hindous et aux bouddhistes d’élaborer leur propre compréhension du divin.
Dans cet espace d’intégrité ainsi retrouvé, la foi en Dieu pourra de nouveau grandir. Notre foi en Jésus-Christ, en son enseignement et notre prise de conscience de la présence en nous de « l’Esprit qui était en Christ » pourra de nouveau grandir.
C’est un projet fantastique. Que Dieu soit avec nous.
Traduction Gilles Castelnau
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