Libres opinions
La foi de Jésus
ou la foi en Jésus ?
Croire ce que croyait lui-même Jésus et qu'il enseignait
ou croire ce que croyaient les disciples de Jésus ?
.
extraits du petit livre « Le protestantisme libéral »
de Jean Réville
professeur adjoint à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Paris
Paris
Librairie Fischbacher
33 rue de Seine
1903
page 33
Le Christianisme authentique, c’est la religion du Christ, celle que Jésus a enseignée et qu’il a vécue, non pas celle que ses disciples ont, plus tard, construite sur sa personne et sur son œuvre. On éprouve quelque scrupule à énoncer une vérité aussi élémentaire. Et cependant il faut le faire, puisque les Églises l’ont sans cesse méconnue.
Page 36
L’étude du Nouveau Testament a montré que la plupart des livres qui le composent, ne nous apportent nullement l’écho direct de la parole de Jésus, mais des spéculations inspirées par le Christ à des hommes qui ne l’avaient jamais ni vu ni entendu. [...]
Il est certain que ce n’est pas dans l’Apocalypse que nous trouvons l’enseignement de Jésus. L’Apocalypse est l’œuvre d’un voyant exalté, qui décrit ce qu’il a appris en état d’extase, non pas ce qu’il a entendu de Jésus. Ce n’est pas davantage dans les Épitres de l’apôtre Paul. Paul n’a jamais vu Jésus, ne l’a jamais entendu. Le peu qu’il sait de lui, il le tient d’autres apôtres. Aussi bien y a-t-il dans les Épitres qui nous sont parvenues sous son nom, à peine une ou deux paroles de Jésus. Pour admirables que soient ses lettres, elles ne contiennent que des spéculations de l’apôtres ou de ses disciples à propos du Christ, rien qui émane directement de son maître. [...]
Jésus ne peut pas avoir à la fois enseigné les idées de Paul, celles de Jean, celles de l’Épitre aux Hébreux, celles de l’Apocalypse. Elles sont trop différentes, parfois même opposées, pour être l’écho d’une seule et même prédication.
Page 44
D’après les récits évangéliques, il n’est pas douteux que Jésus a cru à la fin prochaine du monde tel qu’il existait de son temps et à l’établissement du Royaume de Dieu sur la terre dans un avenir peu éloigné ; il n’est pas douteux qu’il a admis l’existence des démons et qu’en guérissant des malades il croyait expulser des démons du corps de leur victimes. Il est certain que Jésus a eu sur la place de la terre dans l’univers et sur la situation respective de la terre et du ciel, les idées qui avaient cours parmi les Juifs de son temps. Ces idées ne sont plus les nôtres ; nous savons que le monde n’a pas fini peu de temps après la venue du Christ ; nous attribuons les maladies à des microbes et non à des démons. Il n’y a plus personne aujourd’hui, même parmi les chrétiens qui se croient le plus strictement soumis à l’enseignement littéral de la Bible, qui ait sur tous ces points les mêmes idées que Jésus et ses apôtres.
L’immense service que l’histoire scientifique nous a rendu, a été de nous persuader que les hommes, dans chaque période du passé, ont eu les croyances, les idées et les notions scientifiques de leur temps, qu’il est absurde de leur demander d’avoir eu les nôtres, que dans ce cas, aucun de leurs contemporains ne les eût compris et que l’existence eût été impossible pour eux dans les sociétés où ils vivaient.
Jésus a donc eu les connaissances que l’on pouvait avoir de son temps, chez le peuple juif. Son enseignement s’est produit sous les formes et dans les conditions que comportait le milieu où il vivait. Ce ne sont plus les nôtres et personne ne peut plus aujourd’hui y adhérer.
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