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Calvin 2009

 l’audace d’une parole libre

 

O. Abel, F. Clavairoly, F. Dermange, I. Graesslé, M. Manoël, O. Millet

 

Éd. Olivétan

95 pages   12,50 €

 

 

9 mai 2009

Ce petit livre présente six chapitres – bien austères il est vrai - sur Calvin :

Jean Calvin et la parole de Dieu
Jean Calvin, la grâce et le salut
Jean Calvin et l’Église
Jean Calvin et la morale
Jean Calvin et l’éthique sociale et politique. S’engager pour un monde plus juste.
L’héritage de Jean Calvin

En voici quelques passages.

Page 53
Olivier Abel
Le mariage et l'éthique du couple. Pour bien comprendre ce qui se passe avec Calvin, il faut mesurer l'inversion de paradigme qui est en train de s'opérer : jusque-là, un intellectuel devait être sinon chaste, du moins célibataire. Mais tous les réformateurs sont hostiles au célibat (entendu comme un vœu saint, une œuvre méritoire).
Selon Calvin, dès le commencement Dieu a mis ensemble l'homme et la femme, afin que les deux ne fassent qu'un, qu'ils préfèrent leur conjoint à leurs parents mêmes, et « qu'ils vivent tellement ensemble que l'un ait soin de l'autre comme si c'était la moitié de sa personne ».
Dans le même commentaire de Matthieu 19, il poursuit : « Dieu qui a une fois prononcé qu'il était bon à l'homme d'avoir la femme pour aide, fera la punition du mépris de l'ordre qu'il a mis : pour ce que les hommes mortels s'attribuent par trop, quand ils présument de s'exempter de la vocation céleste ».

Le mariage n'est donc pas un moindre mal, mais un vœu de Dieu pour l'homme : il n'est pas bon pour l'homme d'être seul. On notera qu'il ne s'agit pas non plus de fonder une famille et de faire des enfants. Comme dans le Cantique des cantiques, le lien nuptial est une alliance voulue par Dieu, plus forte que la nature, plus forte que le droit : nul ne peut se séparer de sa femme sans se mettre lui-même en pièce, dit-il, serait-elle lépreuse. Il n'y a d'ailleurs plus de monastère pour masquer des échappatoires.
En revanche à Genève, le divorce est autorisé, et même le remariage, si l'union a été rompue par l'adultère, mais surtout, ce qui est fréquent dans ces temps de trouble, quand la religion et l'exil ont séparé les époux.
Et « il faut noter que les deux parties ont semblable liberté ou privilège en ceci, comme aussi il y a égale et mutuelle promesse de loyauté et fidélité l'un Ct l'autre ». Ce qui apparaît ici, c'est la figure du couple moderne, formé par une libre alliance, par un consentement mutuel et un pacte de soin mutuel.

Aujourd'hui que le divorce s'est généralisé, peut-être aiguisé par l'exigence de sincérité qui pousse chaque individu à se chercher lui-même, on sent bien les limites et les dégâts possibles d'un tel modèle de conjugalité. Mais il ne faut pas oublier que, pendant longtemps, il a porté une véritable émancipation de la conjugalité à l'égard des servitudes de la tradition.

Page 77
Isabelle Graesslé
L'HÉRITAGE DE JEAN CALVIN. Quel héritage pour quel personnage ?
Jamais dans l'histoire du protestantisme, un personnage n'aura généré autant de sentiments confus à son égard que Jean Calvin !
Que de fois, par exemple, n'a-t-on pas comparé les portraits des deux pères fondateurs : Martin Luther et Jean Calvin.
Les évidences en deviennent des clichés :Ll'un est plus âgé que l'autre, aussi rond que l'autre est maigre.
L’un aime la bière, les rires dans les estaminets et la compagnie de sa femme - le seul vrai docteur en théologie de la famille, comme il aime à l'appeler.
L’autre se pâme de douleur, pris par les spasmes de son intestin et les afflictions de ses chagrins.
L’un aime la vie et craint la mort, l'autre n'a d'attente que le ciel, qu'il vide de ses attributs pour un bon usage de la piété sur terre.
L’un se torture l'âme, pétri d'angoisses, et l'instant d'après, court jouir de la vie.
L’autre comprime son intelligence pour en tirer des perles de doctrines et court, l'instant d'après, aider un pauvre, discuter un procès et commander du bois pour l’hiver.
Tels sont Luther et Calvin, les deux monstres sacrés de la Réforme protestante.
Mais qu’on le veuille ou non, l’un demeurera toujours sympathique, malgré les excès connus du personnage, là où l’autre ne s’attirera que foudres vindicatives ou amères mises en grippe.

[...]

Jean Calvin: un homme de son temps
Il est de plus en plus difficile d'imaginer la vie d'un homme tel que Calvin, dans la Genève du XVIe siècle. D'ailleurs, cette difficulté va de pair avec celle de balbutier le contenu de l'héritage.
Et pourtant, à la lecture de l'œuvre mais aussi à la lumière des études historiques actuelles, je suis arrivée à la conclusion que la seule façon de parler de Jean Calvin revient à le replacer dans son contexte historique. A retrouver le goût de la vie genevoise en plein cœur du XVIe siècle.
Autrement dit, ressentir l'angoisse permanente d'une attaque ennemie dans cette ville petite, encerclée de murailles, plus démunie que d'autres cités comme Lyon, Berne ou Paris, affaiblie politiquement, à la traîne économiquement.
Retrouver le goût des mauvaises soupes de légumes rarement agrémentées de viande, d'un vin aigrelet absorbé pour ne pas s'intoxiquer d'une eau lacustre malsaine. Sentir le vent de bise souffler à travers les fenêtres de papier, sursauter aux bruits incessants dès quatre heures du matin, froncer le nez aux puanteurs traversant les demeures et répandant leurs miasmes alentour. Frémir aux rumeurs de peste, frissonner de fièvre ou hurler de douleur sans moyen aucun de 1’attenuer. Pleurer devant la mort, si présente, qui emporte mari, femme, enfants amis ou ennemis... C'est tout cela, l'austérité du temps des Réformes!
Un temps où les sorciers courent encore les campagnes, où les familles sont presque toutes recomposées puisqu'on se marie au moins deux fois dans une vie. Un temps où moins d'un enfant sur deux parvient à l'âge adulte. Un temps de grande pauvreté, de superstition, d'abandon du clergé devant sa mission, de marchandage des âmes, de grande peur et de mépris du monde.

 


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