Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion

 

 

 

Dieu en procès

 

 

Raphaël Picon

 

Éd. de l'Atelier

120 pages, 17 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

23 avril 2009

Raphaël Picon est professeur à la faculté de théologie protestante de Paris. Ce petit livre facile et agréable à lire réfléchit à toutes les critiques que l’on peut faire aux religions en général et au christianisme en particulier. Le lecteur se sent compris et rejoint dans ses questions récurentes.
Raphaël Picon propose plusieurs nouvelles manières de comprendre Dieu qui donneront certainement envie au lecteur de pousser davantage leur réflexion.

En voici quelques pages :

 

Page 57

Critiques.
Ce n'est pas seulement de l'autoritarisme théologique prémoderne, dans sa prétention à détenir la vérité ultime du monde, que se nourrit un certain athéisme, mais de l'idée selon laquelle la croyance en Dieu serait contraire à la raison scientifique ou freinerait son développement. C'est aussi, plus précisément encore, l'identification de la foi en Dieu à un système de compréhension du monde jugé obsolète ou incongru qui disqualifie la foi. C'est ainsi, par exemple, que le rapport à Dieu et que la compréhension du réel développés par le créationnisme finissent parfois par apparaître emblématiques du christianisme dans son ensemble. Comme si être chrétien impliquait forcément d'être créationniste !
L'athéisme se nourri aussi de cette apologie à bon marché dont use parfois le christianisme, qui consiste à désigner par Dieu tout ce qui est encore inconnu dans le monde et dans l'univers. Dieu devient ici le bouche-trou de nos connaissances imparfaites, et la religion se meut, comme le disait Spinoza, en « asile d'ignorance ».
Cette manière de préférer Dieu au silence ou à l'inconnaissable récuse les limitations propres à la raison. Dieu devient alors le cache-misère d'un manque, d'une incompréhension, d'une limite qui refuse de s'accepter comme telle. C'est ainsi par exemple que le mot de « mystère », vite invoqué pour expliquer ce qui est inexplicable, tend bien souvent à neutraliser la raison et à désamorcer sa charge critique.

 

Page 63

Paul Tillich
Paul Tillich a lui aussi souligné combien certains termes importants de la prédication chrétienne ont perdu de leur pertinence, tels ceux de « grâce », de « salut », de « péché ». Ces notions ne font plus sens car elles ne répondent plus aux préoccupations de nos contemporains ; elles relèvent de thèmes incongrus, soulèvent des problèmes dont les enjeux ne sont plus perçus.
Il écrit : « Le vocabulaire de l'Église, et dans une large mesure celui de la Bible, sont très éloignés de notre situation historique [...]. Le ministre qui se croit le martyr d'un insuccès voulu par Dieu, et se grise de cet échec, se rend coupable par manque d'actualité. » « Il faut guérir les mots pour qu'ils puissent servir à guérir les hommes », écrit-il dans ses « Remarques en guise d'introduction » de sa Dynamique de la foi. Le théologien suggérera même à l'Église d'imposer un silence de trente ans sur tout son vocabulaire religieux...

 

Page 66

John Spong.
« En vérité le théisme, comme façon de concevoir Dieu, est devenu inadapté, le Dieu du théisme est en train de mourir et ne pourra être ranimé. Si la religion de l'avenir dépend du maintien en vie des affirmations théistes, alors ce phénomène humain appelé religion sera arrivé à sa fin. Si le christianisme repose sur une définition théiste de Dieu, il faut être lucide : ce noble système religieux est à l'agonie ; bientôt ce sera la rigidité cadavérique. Peut-on être chrétien sans être théiste ? »
Toute la question est alors pour Spong de savoir comment croire en Dieu sans en faire un être surnaturel. Il convient selon lui de parler de Dieu, non en se prétendant bénéficiaire d'une révélation divine, mais en considérant d'une manière différente l'expérience humaine. « Y a-t-il une dimension en profondeur de la vie qui soit, finalement, spirituelle ? Y a-t-il une profondeur de notre vie et de celle du monde qui nous relie à une présence que nous disons transcendante, qui nous dépasse et qui, pourtant, ne se distingue pas de ce que nous sommes et de ce qu'est le monde ? Y a-t-il une présence au cœur de notre vie qui ne peut être invoquée comme un être, mais qui peut être saisie comme une réalité divine et infinie ? »
Spong rappelle qu'un des termes hébraïques utilisés pour désigner Dieu est le mot « ruach », mot qui signifie vent, un concept naturel et impersonnel. Selon Spong, ce vent était considéré non comme un être, mais comme une force vivifiante. On disait ainsi, dans le récit de la Création, que le ruach ou souffle de Dieu avait plané sur le chaos pour faire surgir la vie. Petit à petit, selon Spong, ce ruach changea, se personnifia et finit par être désigné par le mot Esprit. Spong insiste sur le fait qu'à l'origine, ce ruach était une force de vie impersonnelle. Ce souffle de Dieu n'était pas extérieur mais surgissait de l'intérieur du monde.
« Si, pour concevoir Dieu, écrit le théologien, nos pères ont utilisé des éléments aussi impersonnels que le vent, le souffle ou un rocher, nous pourrions sûrement être tout aussi audacieux, nous évader de nos images personnalistes et envisager, dans notre quête de Dieu, de nouvelles acceptions et des figures de rhétorique radicalement différentes ». Pour Spong, le sens n'est pas extérieur à la vie mais doit être découvert au fond de nous par un acte volontaire.
La tâche de l'Église devrait être moins d'instruire les fidèles et de les relier à un pouvoir divin extérieur, que de leur apporter la possibilité « d'entrer en contact avec le centre infini de toute chose et de grandir dans ce qu'ils sont destinés à être ». Dieu est le fond et le centre de ce qui est et non un être supérieur à tous les autres. Il est le fondement de l'être. L'appel de ce Dieu intérieur est, d'abord, un appel à être.

 

Page 73

Les théologiens du Process
Pour Cobb, Dieu est cette puissance de créativité et de transformation qui ne cesse d'enrichir notre présent de nouvelles possibilités. Pour lui, le Créateur, Seigneur de l'histoire, « n'est pas la cause déterminante absolue du cours des événements naturels et historiques, mais un amoureux du monde qui attire celui-ci toujours plus loin au-delà de ce à quoi il est parvenu, en affirmant la vie, la nouveauté, la conscience et la liberté, encore et toujours ».
Cobb entend penser Dieu « comme celui qui nous attire vers l'avenir », comme une présence divine qui vient vers nous depuis un avenir ouvert et non depuis un passé établi. Ce projet implique une révision profonde de la conception traditionnelle de la nature de Dieu et de la perception de son action dans le monde. Si Dieu est une force créatrice et ordonnatrice du monde, ce n'est pas sous la forme d'un dictat préétabli et imposé, mais sous la forme d'une puissance créatrice qui vise à rendre le monde plus satisfaisant et harmonieux.
Dans une telle perspective, écrit Cobb, le législateur « n'est pas la source de règles morales arbitraires et imposées, établies une fois pour toutes d'en haut, mais il est celui qui établit des possibilités toujours nouvelles de droiture qui à la fois détruisent et accomplissent des généralisations fondées sur le passé. Le juge n'est pas celui qui, un jour futur, récompensera et punira selon notre obéissance ou notre désobéissance, mais celui qui ne peut nous donner que ce que nous voulons recevoir, « récompensant » ainsi ceux qui répondent en leur offrant de nouveaux défis plus enrichissants, mais « punissant » par la pauvreté de leurs nouvelles possibilités ceux qui ne répondent pas.

 

 


Retour vers Raphaël Picon
Retour
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.