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Les constellations du croire

 

Dispositifs hérités, problématisations, destin contemporain

 

Pierre Gisel (éd.)

 

Éd. Labor et Fides

201 pages

 

Recension Gilles Castelnau

6 avril 2009

Cet ouvrage au titre accrocheur contient les participations des sept éminents penseurs que voici :

Hans-Christoph Askani, professeur de théologie systématique à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Genève.
Pierre Gisel, professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne.
Christian Indermuhle, maître-assistant à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne.
Thierry Laus, maître d’enseignement et de recherche à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne.
Serge Margel, Chercheur du Fonds national suisse à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne.
Carlos Mendoza, professeur invité de théologie fondamentale à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Professeur de théologie fondamentale dans le Département des Sciences Religieuses de l’Université de Iberoamericana à Mexico..
Luc-Thomas Somme, professeur de théologie morale spéciale et éthique sociale à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg.

 

En voici quelques pages :

Pierre Gisel présente lui-même ainsi le problème de la foi qui se pose effectivement de façon cruciale à nos contemporains :

page 7

Héritage et déplacement
Croire ou ne pas croire. Être croyant ou non. Question simple en apparence. Même si l'on sait qu'il y a plusieurs formes de croyances, et même plusieurs types de croyance; et que l'on peut croire confusément, voire de façon vague et impersonnelle, ou croire au contraire de façon affirmée, voire militante. Et même si l'on sait en outre que les croyances se modifient avec le temps, au gré de l'itinéraire de chacun aussi bien que dans l'histoire des cultures et des sociétés. Et que l'on sait que les croyances se recomposent aussi, passant par métissages ou bricolages.
Croire ou ne pas croire. La question semble naturelle, centrale et décisive en matière religieuse. Et elle a ponctué l'histoire de la modernité, la montée des athéismes et les réaffirmations ou crispations opposées. Jusque, à l'extrême, aux fondamentalismes, d'autres se sentant ou se voulant plus libéraux, plus accommodants, moins sûrs. Pressentant même que la question est plus complexe qu'un partage entre croire ou ne pas croire. Et que l’oublier fait tort  à ce qu’est de fait l’humain. En matière religieuse, mais aussi, plus largement, dans son rapport à soi et aux autres, sa vie en société, dans les cultures, les institutions et les imaginaires. L’affectif aussi.

Voici deux passages de l’article de Pierre Gisel :

page 44

Des lieux du croire
Quant au croire et aux croyances, j'ai plaidé pour un moment qui soit d'examen critique, mais déplacé par rapport à ce qui fut son premier registre en modernité: un examen à exercer non plus au plan cognitif, mais au plan d'un déploiement de l'hu­main dans le monde. J'ai dit ainsi l'horizon, et du coup le style, d'une régulation possible, à mon sens désirable, dès lors requise parce que appropriée. Cette régulation, d'esprit critique, devra se proposer en lien avec divers enjeux, qu'il conviendra de mettre au jour à chaque fois. Et c'est là que se reprendra pleinement ce que vise une pensée de type « fondationnaliste » au sens où je l'ai indiqué plus haut : un traitement du croire et des croyances quant à ce qu'ils disent de l'humain et d'une société, et qui per­mette en même temps de se prononcer sur ce croire et ces croyances.
Cet examen du croire et des croyances se fera à même le monde et en fonction du monde. Un monde appréhendé en son effectivité, et d'une effectivité sociale. C'est de toute manière là le lieu des croyances, le lieu où elles naissent et se développent, comme c'est aussi le lieu du croire d'ailleurs - le lieu en fonction duquel il  pu être objet de thématisation, le lieu aussi où il avait pu être investi pour lui-même -, un croire qui n’est qu’une modalité du fait des croyances, ou un trait historiquement marqué, même si s’y greffent des différenciations internes. Ce lieu du croire et des croyances devra être bien cerné, d’autant qu’il est changeant, chargé d’histoire, avec les imaginaires et les institutions qui y prennent forme.

 

page 54

De quelques questions ouvertes au cœur de notre condition présente
En lien avec la situation socioculturelle présente en Occident, je retiendrai ici, à l'horizon de ce que les motifs du croire et des croyances peuvent faire voir, trois thématiques à creuser, parmi d'autres. Celle du sujet d'abord, son destin, ce qui lui est lié, ce qui lui arrive aujourd'hui : on a vu que le croire et les croyances en traversaient la posture et les déploiements. Celle de la transcendance ensuite : le motif du croire en ouvre le questionnement en ce qu'il a partie liée à ce qui excède l'ordre simplement donné du monde - fût-ce un excès inscrit à l'interne -, mais on n'oubliera pas, au contraire, que l'excès en cause avait spécifiquement pris, en Occident, la forme déterminée d'une transcendance séparée et en ce sens absolue. Celle d'une délimitation spécifique du religieux enfin - une délimitation dans le jeu institutionnel global - et du coup d'une gestion, irréductibles non, désirables ou non, et, là encore, sur fond d'héritage spécifique et par allieurs contesté.

 

Voici un passage de l’intervention de Carlos Mendoza :

page 122

Le croire postmoderne
Les puissances du sujet faible

Les postmodernesradicaux comme Rorty, Lyotardet Vattimo ont tiré les conséquences des enjeux du nihilisme dans différents domaines, telles la politique, l'éthique et la religion.
Malgré les sympathies et les méfiances devant ces auteurs de la part de certains philosophes ert théologiens catholiques, il est nécessaire de retracer la démarche théorique des postmodernes pour en dégager les éléments de vérité qui nous semblent importants, afin de saisir le dernier stade d'évolution de la raison critique.
Tout d'abord, il faudrait distinguer entre une approche relativiste de la vérité et une approche contextuelle. La première voie suppose une certaine « équivocité » insurpassable de la raison, au prétexte de signaler la spécificité de chaque expérience et de chaque expression langagière pour dire le monde. Dans l'histoire de la philosophie antique et médiévale, l'on peut en trouver des exemples majeurs chez les cyniques et les nominalistes, les deux écoles de pensée ayant en commun le primat de l'individu sur le commun, de l'ineffable individuel sur toute compréhension commune de la vérité.

 

 


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