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Le Christ espérance du monde


 

 

Michel Leconte

 

 

26 juin 2012

Dans l’évangile, Jésus est celui qui combat tout ce qui écrase l’homme au nom même de la religion, au nom même de Dieu. On peut dire que c’est Dieu lui-même qui s’engage par cet homme afin de défendre son être défiguré. C’est pour moi, le radicalement nouveau de ce qu’apporte Jésus-Christ dans l’histoire de la relation des humains avec la réalité ultime qu’ils nomment Dieu. Jésus combat de toutes ses forces le Dieu qui enfonce les hommes dans la tristesse et le malheur. Il est le grand thérapeute de la relation des hommes entre eux et avec le fondement vivant de leur vie.

Vis-à-vis de ceux qu’il rencontre, Jésus n’est que soin et guérison : les aveugles recouvrent la vue, les paralysés se relèvent, les lépreux sont purifiés. Car tous ces laissés pour compte, que la religion d’alors exclut et considère comme pécheurs, impurs, sont écartés de la société, privés même de Dieu. Jésus ne guérit pas seulement les corps mais aussi les psychismes : le possédé de Gennésareth qui habitait nu dans les tombeaux complètement déchaîné est délivré ; on peut alors le voir assis, vêtu et dans son bon sens (Mc 5, 1-20). Il peut retrouver désormais le monde des hommes et le Dieu de ses pères. L’enfant épileptique, Jésus le remet debout ; maintenant, il peut vivre. (Mt 9, 1-8). Jésus, enfin, pardonne le péché : les hommes ne sont plus prisonniers de leur passé, ils peuvent comme le paralysé prendre leur grabat et marcher de nouveau, ils ne sont plus emprisonnés dans ce mal, victimes d’une culpabilité mortifère.( Lc 5, 17-26).

Ainsi, Jésus prend soin de l’homme tout entier, dans son unité psychosomatique et spirituelle. Les pécheurs, les fous, les malades ne sont plus exclus du Temple, ils sont réintégrés dans la communauté humaine. L’homme est restitué à lui-même. Jésus ouvre à une vie autre que celle que les humains connaissent jusqu’alors. On l’appelle des mots anciens : ciel ou paradis ; c’est une vie nouvelle, à laquelle nous avons la possibilité d’accéder dés maintenant, une vie dégagée de la peur, de l’angoisse du néant et de l’absurde. Le Christ restaure et redonne souffle à l’homme abîmé, « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ». (Irénée de Lyon).
Cette thérapie déclanche alors un trouble profond, elle provoque des résistances massives car elle est ambitieuse, elle concerne tous les humains et le monde comme il va.
Coûte que coûte, il faut s’accrocher aux évidences acquises, car chacun doit rester à sa place et, surtout, rien ne doit changer. Plutôt ce mal que j’ignore que cet arrachement douloureux où tout peut être transformé, où tout peut renaître. Ce travail de guérison et de relèvement opéré par Jésus devient intolérable. Scandaleux qu’il ait ce pouvoir alors qu’il ne fait même pas partie du monde des prêtres et des théologiens ! (Mt 21,23-27). Non, les possédés, les fous, les pauvres doivent rester où ils sont. Quant aux pécheurs, ils doivent d’abord faire ce que la Loi prescrit avant d’approcher Dieu à nouveau ! Jésus, lui, dit que Dieu se donne aux pécheurs avant même tout repentir, sans préalable. Blasphème !
Jésus défait l’ordre du monde que les hommes façonnent. Il provoque la fureur des gens de bien car, frayer avec les prostituées et les agents de l’occupant, ces voleurs à la solde des romains, c’est le comble de l’ignominie ! En plus, il ose prétendre que ceux-là, précèderont dans le Royaume des Cieux les gardiens sourcilleux de la Loi ! Enfin, il déclare pour se justifier que la Loi a été faite pour l’homme et non l’homme pour la Loi (Mc 2,27)... Guérir à ce niveau là, c’est inquiéter tout le monde ! Pour ceux qui s’estiment bien-portants, guérir ceux-là est intolérable ; c’est ébranler le faux équilibre du monde et de la société tel que nous l’édifions. L’homme ne veut pas changer, il ne veut pas renaître ! (Jn 3,1-21)

Jésus est donc accusé de blasphème et de folie, de transgression des interdits fondamentaux : il est mis lui-même à la place de ceux qu’il délivre, « Il est placé au rang des malfaiteurs ». « Avec les pécheurs il s’est laissé recenser, puisqu’il a porté, lui, les fautes des foules et que pour les pécheurs, il vient s’interposer. » (Is 53,12). Ses accusateurs projettent sur lui leur propre mal et ainsi donnent à voir, en miroir, leur aveuglement. Les propos de Jésus à leur égard sont rudes, car il ne peut pas être complice de ce mal. Tout compromis les enfermerait dans celui-ci. (Mt 23,1-36) Non, la dureté, l’accusation, la colère ne sont pas l’attitude première du Christ envers l’homme, fût-il pécheur : il ne condamne pas la femme adultère, il ne la juge pas, il défait le cercle de ses accusateurs, il la délivre (Jn 8,1-11). Jésus est intraitable envers ceux qui, contre sa bienveillance envers les pécheurs, tirent prétexte de la Loi, de Dieu lui-même. Dieu n’est pas ce Dieu féroce et impitoyable qui, trop souvent, règne dans l’esprit des hommes souvent les plus religieux…Trop souvent, il est vécu « comme un homme dur » qui moissonne où il n’a pas semé, qui ramasse où il n’a pas répandu. Par peur, le serviteur ne peut faire fructifier son talent. (Mt 25,14-30).

L’opposition à Jésus va atteindre un paroxysme jusqu’à l’épreuve où il est mis lui-même au centre du cercle de mort, là où règnent la violence et l’exclusion. Tout ce qu’il y a de pire en l’homme s’abat sur lui. Ce qu’il subit est la révélation de ce que les hommes font de la vie et qu’ils dissimulent sous les apparences de l’ordre juste et évident. L’image du crucifié montre ce que l’homme fait de l’homme quand redouble le mal qui est en lui. « La croix est la réponse du monde à l’amour de Dieu » (Ernst Bloch). Ici se révèle le fond de la maladie humaine : l’indifférence, l’envie, la haine, la cruauté.
Cette image n’a de sens que pour révéler ce mal afin de signifier qu’il peut être surmonté. Désormais, il ne peut plus être enfoui ou caché. Ce mal en l’homme est une réalité tragique de la vie, il peut être sournois, se cacher dans la banalité, être voilé par l’apparente bonne santé ou la réussite, il peut prendre le visage du bien, du réalisme, du bon sens, de la défense de la vérité même. Cette révélation elle-même peut être pervertie au point de ne plus y voir que la douleur et la victoire de la mort : violence des croisades et de l’inquisition, idolâtrie du pouvoir par les papes et la curie romaine, sentiment de culpabilité, désespoir de la faute, rage de la perfection, angoisse devant le dieu cruel, peur de l’enfer, dolorisme, dépréciation de la vie au nom de l’au-delà. Malheur de la falsification et de la dégénérescence du christianisme dans l’histoire !
Toutefois, en ce lieu réside la possibilité pour ceux qui tuent Jésus ou le laissent tuer de découvrir en eux-mêmes la racine mortifère, ce que la tradition appelle le péché qui est une fausse orientation générale de la personne entière, aliénation, séparation d’avec la source bienveillante, division en soi-même (dégoût de soi, haine de soi qui nous empêche d’aimer les autres), indifférence et refus d’autrui. L’égarement consiste aussi en ce que l’homme prétend se réaliser lui-même par ses propres forces. Ivresse de la démesure, hubris, désir de toute-puissance, mégalomanie du désir. (Gn 3,1-24)

Parce qu’il est sans haine et sans vengeance, le Christ peut ôter la racine de ce mal ; sur la croix, il pardonne à ses bourreaux (Lc 23,34). Les bourreaux eux-mêmes sont délivrés de leur mal. En Jésus, Dieu prive la haine de sa puissance sans utiliser l’arme de la puissance. En effet, Il advient dans ce qui est jugé non divin par les hommes : une mort d’esclave sur une croix romaine : mors turpissima (1) infamis stipes (2) «Servile supplicium, servitutis extremum summumque supplicium » (3). « Théama…aischiston, meirakion éx onychôn krémaménon » (4). Un messie crucifié, Fils de Dieu, ne pouvait qu’être une dérisoire et grotesque contradiction. Ce message a certainement dû être considéré comme choquant et insensé. Kénose de Dieu ! Logos tou staurou (5) : manifestation de la haine et du caractère démoniaque de la cruauté humaine. Mais aussi, par-dessus tout, identification de Dieu avec ceux qui, au cours de l’Histoire, sont torturés et mis à mort. Véritablement, en ressuscitant Jésus, Dieu prend partie contre les systèmes religieux ou politiques qui avilissent, maltraitent et tuent. Sur la croix, en Jésus, Dieu se révèle solidaire des bannis, des victimes, des réprouvés, des hors la loi, des oubliés, des mourants, de tous les exclus de nos sociétés, afin de les soulager du poids de leur fardeau et de leur malheur. « Or ce sont nos souffrances qu’il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. » (Is 53,4-5) Par la résurrection, Dieu ratifie la pratique libératrice de Jésus, Il veut que l’homme, tout homme, soit sauf.
Meurt avec Jésus ce dont nous faisons notre monde.
Jésus est réveillé, relevé ; il se fait voir (ôphthè) aux disciples mais ceux-ci, devant l’échec de la croix, ne parviennent pas à croire, ils sont anéantis, désespérés, « leur esprit demeure sans intelligence. », « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela et qu’il entrât dans sa gloire ? » (Lc 24,26). Puis, c’est une expérience de conversion qu’ils font, ils « voient » Jésus définitivement vainqueur de la mort, de toute mort et, exemplairement, de celle par laquelle il a dû lui-même passer, en raison de son combat. En ressuscitant Jésus, Dieu s’est opposé et s’oppose désormais à ceux et à ce qui le défigure et du même coup, défigure l’homme. Il libère de la haine par le pardon et par là même de l’image oppressive de l’absolu. Une brèche s’est ouverte sur la terre, un autre monde est possible ! La résurrection constitue une force de transformation sans pareille : le meurtre de l’humain n’a pas d’avenir, Dieu n’est pas du côté des pouvoirs oppresseurs. L’avenir de Dieu appartient aux doux, aux artisans de paix, à ceux qui ont soif de justice, aux miséricordieux (Mt 5,1-10), à tout ceux qui relèvent l’homme en lui redonnant souffle et vigueur. La résurrection, c’est l’éveil de l’humain quand il sort de sa torpeur, des ténèbres, de la tristesse, de la violence et du malheur ; c’est l’homme sain et sauf, libéré, vivant, aimant, surgissant hors des tombeaux où il gît.

En Jésus-Christ, visage humain du Dieu invisible, « le Logos fait chair » (Jn 1,14), apparaît l’homme définitivement guéri, sauvé, le nouvel Adam, révélation de l’alliance définitive et éternelle de Dieu et de l’humain, préfiguration et dévoilement anticipé du futur de Dieu uni à l’Homme (Mt 27-51). La création et, en conséquence, nous mêmes, sommes désormais, dit Paul, en travail d’enfantement ; Jésus en est le premier né (Col 5,17). Par la croix et sa résurrection, il a détruit le mur de séparation et de la mort (Rm 8,31-38), cela apparaît comme la fin d’un monde et l’aurore d’un nouveau, incorruptible (Mt 27,51-54), accomplissement et transfiguration de la création et de l’humain porté à sa pleine puissance. L’avenir est ouvert ; de la fin, de la mort surgit l’homme nouveau, libre : non, le monde et l’homme ne sont pas clôt sur eux-mêmes, la mort n’a pas le dernier mot. Christ a vraiment ôté à la mort son pouvoir ! Vraiment, nous pouvons avoir confiance ; à défaut de savoir ce qui nous attend après la mort, nous savons maintenant qui nous attend. Dieu est notre avenir et celui du monde. « la gloire de l’homme, c’est de voir Dieu ». (Irénée de Lyon). Nous avons vu « resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face du Christ » (2Co 4-6). Nous serons transformé à son image. Nous ne disparaîtrons pas dans l’immensité de Dieu car Il est amour, or l’amour unit et différencie ; nous serons comme « divinisés » par participation à Celui qui est Vie, Vérité, beauté, origine de toute lumière, paix et joie. « Dieu sera tout en tous » (1Co 15,28).
Jésus a été réveillé, s’est relevé, a été exalté, glorifié, il s’est assis à la Droite de Dieu. Métaphores pour signifier une vie nouvelle, délivrée, réconciliée, réellement vivante, une vie autre qui peut commencer aujourd’hui pour nous, si l’on se laisse saisir par son Esprit. Cette vie est, à la fois, le oui définitif de Dieu à notre humanité et son non à ce, et à ceux qui la meurtrissent ou l’avilissent. Cette vie métamorphosée est reçue de l’Ultime comme un don originel et encore à venir. « Christ est l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin. A celui qui a soif, il donnera de la source d’eau vive, gratuitement. » (Ap 21,6)

« Nouveaux cieux et nouvelle terre, Dieu essuiera toute larme des yeux [des hommes,] La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car l’ancien monde a disparu. Et celui qui siège sur le trône dit : Voici : je fais toutes choses nouvelles. » (Ap 21,4-5)

Le Ressuscité manifeste la réalité de cette vie : c’est l’agapè, la douceur bienveillante qui nous fait entrer dans la réalité même de Dieu, au-delà même de notre mort terrestre ! L’amour est le dernier mot de Celui qui se tient à l’origine de la vie et du cosmos, la source profonde et la plénitude de l’être que nous sommes. Cet amour nous fait participer au fondement de l’être dont nous nous croyions séparés. Cette tendresse et cette miséricorde première, nous l’appelons le Dieu vivant. En se laissant saisir par Lui, l’homme rejoint son être essentiel et véritable, il est libéré des ténèbres et du malheur ; c’est l’irruption de l’infini dans le fini, de l’éternel dans le présent, réunion du ciel et de la terre. C’est vraiment une nouvelle création, l’accomplissement de toute réalité, l’incarnation cosmique, éternellement créatrice de Dieu, mystère du monde. Avec notre terre, nous serons réconciliés, ressuscités.


_________________________

 

(1) Mort très laide, honteuse, déshonorante.
(2) L’infâme poteau.
(3) Supplice d’esclave. Le supplice le plus cruel et le plus infamant qu’on inflige aux esclaves. Cicéron.
(4) Le spectacle le plus honteux qui soit, jeune homme suspendu à l’instrument de torture ». Achille Tatius.
(5) Parole de la croix. Voir 1 Cor 1,18-25.

 

 


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