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Les casse-pieds de l'été
 

Guillemette Faure

le magazine du Monde
23 juillet 2022

 



23 juillet 2022

 Les nouveaux puritains


Gilles Castelnau

 


En lisant l’article que voici, paru aujourd’hui dans le magazine du Monde, j’ai pensé qu’il actualisait la lutte entamée en son temps par Jésus-Christ contre les Pharisiens, puritains de l’époque et dont le nom signifie justement « les séparés ». Ceux-ci cherchaient leur salut dans le respect infini – et finalement aliénant – de mille règles matérielles comme la nourriture cachère, le chabbat, les purifications rituelles etc.

 

« Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche d’un homme qui le souille, mais ce sont les paroles qui sortent de sa bouche qui le souillent » dit Jésus. (Matthieu 15.11)

 

Guillemette Faure me semble prolonger fort justement et avec humour cet esprit de liberté intérieure à l’égard des puritains modernes que sont les végétariens, végétaliens, végan et autres adeptes des régimes « sauveurs » spirituellement

 

 

 

 

« Les casse-pieds de l’été »

 

Guillemette Faure


le magazine du Monde le 23 juillet 2022

 


Certains individus ont le chic pour gâcher les vacances
. « M » vous indique ceux à éviter pour préserver vos précieux moments de détente. Cette semaine, les amis sortis de détox ou de cure, qui transforment nos repas en prêches sur le bien-manger.

 

Parmi les gens que l’on espère ne pas croiser cet été, il y a ceux qui viennent de faire un jeûne ou sortent de détox. Quand ils rejoignent leurs amis en vacances, ils rappellent immédiatement d’où ils arrivent, répondent aux questions (« ça se passe comment les repas à table quand on jeûne ? », « et t’as payé pour ne rien manger ? »), avant de faire la liste de ce qu’ils mangent et ne mangent plus désormais.

Évidemment, on s’en doutait un peu, depuis qu’Emmanuel Carrère a mis l’envie de « boire du thé en sachet dans un verre en Pyrex et [de] manger un pruneau » en guise de petit-déjeuner au cœur de son roman Yoga (P.O.L, 2020). Mais tous les jeûneurs en vacances ne sont pas Emmanuel Carrère. En revanche, ils aiment prendre leur temps pour expliquer l’effet que la consommation de gluten a sur leur corps. Ce qui fait gonfler. Ce qui donne de l’acidité. Ce qui diminue l’énergie. On a la liste.

Ils aiment détailler leurs journées de détox passées (« après le cinquième jour, tu n’as plus du tout mal à la tête et ton ventre cesse de gargouiller… »). Le jeûne les a privés de tout sauf de la parole sur le sujet. Ils expliquent que leur séjour en ashram les a ouverts à plein de choses, mais ils ne semblent pas particulièrement curieux des autres.



Rien n’est assez pur


Parce qu’ils ont pu contrôler tout ce qu’ils avalaient pendant leur cure, ils comptent garder la main. « Il y a de la crème fraîche dans la soupe ? Il y a du vin blanc dans les moules ? » Rien n’est assez pur. Les crêpes, le far breton, ça ne sera pas pour cette année. De toute façon, ils ne veulent pas manger le dessert au dessert parce que le diététicien a décidé que le sucré, c’était avant le salé. Et, à force de vouloir mâchouiller chaque bouchée avec bonne conscience, leurs repas sont désynchronisés par rapport à ceux du reste du groupe.

« Qu’est-ce que tu sales ! » Vingt ans qu’on se connaît et on salait jusque-là sans que ça fasse débat.

Parfois, celui qui sort de détox ne « veu[t] pas déranger ». Le matin, il sort ses petits bocaux avec sa préparation pour une personne : la sienne. Tandis que le groupe se prépare un repas pour dix, celui-là se fait revenir une courgette dans un coin en répétant « ne vous occupez pas de moi », mais en bloquant un rond de cuisinière qui aurait pu servir à réchauffer la bolognaise. Dans le frigo, ils laissent des petits récipients avec de la mousse verte ou des petits mélanges marronnasses que personne n’ose toucher.

On croit qu’ils nous énervent parce qu’ils ne savent pas ce qui est bon. Mais peut-être qu’en réalité, ils nous agacent parce que, ayant renoncé à certaines libertés lors des vacances en groupe, on a du mal avec ceux qui défendent les leurs. Même s’il s’agit de la liberté de manger du boulgour au gomasio en pleine conscience.


Accent messianique


Qu’il s’agisse d’un jeûne, d’un stage de yoga vinyasa ou d’un massage Kobido, ils en sortent un peu messianiques et entreprennent d’ouvrir les yeux de ceux qui les entourent. « Qu’est-ce que tu sales ! » Vingt ans qu’on se connaît et on salait jusque-là sans que ça fasse débat. « C’est dégueu ce que tu manges » ou, en secouant la tête : « Toi, tu manges n’importe quoi ». Et, si on ne les croit pas, ils ajoutent : « C’est plein de perturbateurs endocriniens »… Ils déclarent : « On s’empoisonne » depuis qu’ils détiennent la vérité sur l’alimentation et ont la générosité de la partager.

Quand ils disent : « Tu devrais essayer, ça te ferait du bien », on a l’impression qu’ils savent un truc en plus sur notre propre santé. « Pour quelqu’un comme toi, c’est vraiment bien… » Quelqu’un comme moi, ça veut dire quoi ? Et pourquoi ça me ferait du bien ? J’ai quelque chose de travers ? Trop tard, ils n’en diront pas plus dans le demi-mystère qui les habite depuis la sortie de détox.


Adeptes de spiritualité radicale ou de méditation végane, ils essaient de se convaincre en convainquant.
« T’es vachement stressé », diagnostiquent-ils à tous ceux qui passent.
« Il faut que tu prennes soin de toi… »
Ils sont à deux doigts de faire des ordonnances.


Ils ont appris à donner un accent spirituel à leur régime. Ils sont convaincus que ceux qui leur font des remarques sont des jaloux, envieux de leurs résultats, qui pourraient bénéficier des mêmes avec un peu de discipline. Plus pénibles encore que les gens au régime ou en « Dry January », ils se piquent d’être prescripteurs de bien-être. Aussi tolérants que des gens qui viennent d’arrêter de fumer, ils ont souffert et ne comprennent pas que les autres n’en fassent pas autant.

Adeptes de spiritualité radicale ou de méditation végane, ils essaient de se convaincre en convainquant. « T’es vachement stressé », diagnostiquent-ils à tous ceux qui passent. « Il faut que tu prennes soin de toi… » Et, au cas où : « T’es plus tout jeune »… Ils sont à deux doigts de faire des ordonnances. Et, à la fin, ils finissent toujours par manger du far et des crêpes.

 

 

 


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