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L'Église réformée de France

(1938-2013)

Une présence au monde

Anne Dollfus et Pierre-Yves Kirschleger


Ed. Classiques Garnier
456 pages - 21 €



25 mai 2022

 

L’Église réformée de France est née en 1938 par l’union des deux Églises principales, l’Église réformée évangélique (orthodoxe, évangélique) et l’Église réformée (libérale) ainsi que des Églises Libres, Méthodiste et de quelques autres.

Elle s’est fondue en 2013 avec l’Église Luthérienne dans l’Église Protestante Unie de France.

Cet important ouvrage se fonde sur les textes des synodes, des diverses déclarations, des comptes-rendus de Conseils presbytéraux, d’Assemblées générales de paroisses etc. Mais il n’est pas aride ni ennuyeux. On le lit comme un roman à suspense, d’une part grâce à l’art de ses auteurs et d’autre part en raison des nombreuses vagues et tempêtes qu’a traversées le protestantisme pendant ces 75 ans.

Nos ancêtres (récents) ont en effet connu la vague de l’opposition entre libéraux et orthodoxes, la tempête de l’occupation nazie, la formation de la CIMADE, les tourbillons de l’œcuménisme et du Conseil Œcuménique des Églises, de la Guerre d’Algérie. Les questions du baptême des enfants, du « malaise pastoral », de l’ordination des femmes, de l’objection de conscience, de la naissance du mouvement évangélique…

Les plus âgés d’entre nous préciseront leurs idées, réveilleront leurs souvenirs et souriront d’admiration et de reconnaissance à l’évocation des noms revenant souvent : Marc Boegner, Georges Casalis, A-N. Bertrand, Pierre Maury, Madeleine Barot, Suzanne de Diétrich, Jean Cadier, Hébert Roux, Charles Westphal. Mentionnons avec émotion et au nom de tous les résistants, le pasteur Étienne Giran mourant au camp de Buchenwald deux ans après son fils Olivier fusillé par les nazis.

 

En voici des passages.

 



Aux origines d’une Église réformée unifiée



De la pluralité aux divisions
• Le schisme

Après le temps du Désert et de l'Église clandestine où la recherche théologique n'était bien sûr pas une priorité, le retour de la liberté permet le renouveau de la théologie et de la pensée religieuse protestante française. Les protestants partagent la conviction de représenter la forme moderne de la religion (« Le protestantisme me paraît encore l'œuvre la plus grande, la plus féconde des temps modernes », écrit significativement le pasteur Samuel Vincent en 1829), et de devoir s'adapter à un monde qui change, selon l'antique adage Ecclesia reformata semper reformanda (l'Église réformée doit toujours se réformer). Le protestantisme français va donc, au cours du XIXe siècle, essayer de retrouver les inspirations de la Réforme, mais deux voies bien différentes, deux courants progressivement structurés, se dessinent dans cette recherche : l'un dit libéral, l'autre appelé orthodoxe ou évangélique.

Libéralisme et orthodoxie se distinguent sur trois plans fondamentaux :

- au niveau théologique, les libéraux souhaitent poursuivre l'effort de renouvellement entrepris au XVIIIe siècle dans les pays protestants européens, quand les évangéliques défendent les affirmations traditionnelles ;

   - au point de vue de la conception de la nature humaine, les libéraux sont des optimistes, peu intéressés par le péché et la rédemption, quand les évangéliques sont plutôt des pessimistes consolés, insistant sur le caractère fondamentalement mauvais de l'homme ;
   
- au point de vue de la méthode, les libéraux donnent le rôle premier à l'homme et à sa raison, alors que les évangéliques placent la Bible au centre de leur réflexion.

 

[...]

 

Le débat, fortement polémique, devient une crise, aux causes exclusivement doctrinales, qui se cristallise en 1872 lors du seul Synode national autorisé par le gouvernement. La question centrale est celle de la formulation des croyances. Les libéraux rejetant les vieux textes doctrinaux, l'un des débats les plus controversés du Synode est celui consacré au Symbole des Apôtres, et plus particulièrement aux expressions « descente aux enfers » et « résurrection de la chair », que les libéraux rejettent. Pour les libéraux, la foi est un sentiment personnel vivifié par une lecture individuelle de l'Évangile.

 

[...]

Les évangéliques, de leur côté, souhaitent l'adoption d'une déclaration de foi, pour réactualiser la Confession de foi de La Rochelle de 1559.

[…]

Administrativement, l’Église concordataire demeure une, mais il y a en réalité une Église à deux corps et deux têtes : une « Église siamoise ».

 




La fondation de l’Église réformée de France

• La déclaration de foi de 1938

[...]

La réunification de 1938 se fait donc sur une base théologique destinée à donner une place à chacune des Églises composant la nouvelle É.R.F., afin d'apporter au monde un témoignage chrétien sous les accents les plus divers : les libéraux, plus soucieux de vie chrétienne que de doctrine, ont accepté cette concession. En retour, les évangéliques, attachés à la doctrine, ont accepté que la Déclaration de foi soit accompagnée d'un « préambule ».

 

[...]

 

Les libéraux souhaitent restreindre au minimum la portée normative de ce texte comme ils le font vis-à-vis des symboles et des confessions de foi plus anciens ; les évangéliques insistent au contraire sur l'autorité et l'importance d'une claire adhésion à la Déclaration.

 

 

[...]

 

L'É.R.F. se considère comme une Église ouverte à tous : elle n'est pas une Église de professants, composée exclusivement de convertis, mais une Église de multitude (multitudiniste). Seuls les pasteurs, avant de s'engager au service de I'É.R.F., doivent souscrire à la Déclaration. Porteur de la légitimité institutionnelle, porte-parole autorisé de son message, le pasteur en effet incarne symboliquement l'unité idéale de l'Église. L'unité de l'Église, c'est d'abord l'unité des pasteurs ! Or « ce qui nous retient, déclare précisément en 1934 le pasteur Louis Dupin de Saint-André (É.R.É.), c'est la liberté absolue laissée à la conscience pastorale dans les Églises réformées [libérales]». Les propos du pasteur Élie Lauriol, qui affirme lors du Synode national É.R. d'Agen en juin 1936 ne pas croire à la naissance surnaturelle du Christ ni à la résurrection de la chair, choquent particulièrement dans l'autre camp. Les É.R. n'avaient en effet pas à proprement parler d'adhésion : chaque candidat au ministère exposait dans une lettre à la Commission du corps pastoral la manière dont il s'appropriait la « Déclaration de principes » (qui n'était pas une déclaration de foi pour respecter la pluralité doctrinale).

Pour concilier les positions, la Délégation mixte élabore en 1935 un préambule liturgique à la Déclaration de foi, précisant que l'Église « n'entend pas vous imposer un conformisme doctrinal ». Mais l'expression soulève des tempêtes de commentaires et de querelles dans la presse protestante et dans les Synodes. Le texte de la formule d'adhésion, finalement adopté le 16 juin 1937, est le fruit des deux visions qui s'affrontent :

Avant de recevoir les engagements par lesquels vous allez affirmer votre consécration au service de Dieu et de Jésus-Christ, l'Église vous invite à donner publiquement votre adhésion à sa déclaration de foi. Celle-ci vous rappelle, en même temps que les principes permanents de la Réforme, les faits et les vérités sur lesquels est fondée l'Église de Dieu. Vous lui donnerez votre adhésion joyeusement, comme une libre et personnelle affirmation de votre foi. Sans vous attacher à la lettre de ses formules, vous proclamerez le message de salut qu'elles expriment : ainsi sera maintenue la prédication fidèle de I 'Évangile de Jésus-Christ, selon le témoignage apostolique et conformément à la tradition de foi et de vie chrétienne que nous avons reçue de nos pères.


Le texte est au point d'équilibre entre les deux courants évangélique et libéral. En entrant dans I'É.R.F., le pasteur souscrit publiquement à la Déclaration institutionnelle de son Église (comme le souhaitent les évangéliques) et en même temps fait une affirmation personnelle de sa foi (comme le demandent les libéraux).

 

 




L'E.R.F. après 1945, Un nouveau départ





Engagement aux côtés des femmes


• Autoriser le ministère pastoral féminin ?

[...]

À la faveur d'une relecture actualisée de la Bible et des responsabilités exercées par les femmes dans la société, les esprits ont évolué dans I'É.R.F. Des personnalités reconnues s'engagent dans les débats en faveur du ministère féminin : André Dumas, professeur à la Faculté de théologie de Paris, dont l'épouse Francine Dumas est elle-même théologienne ; Roger Mehl, professeur à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, dont l'épouse a dû abandonner son vicariat après leur mariage ; le pasteur Paul Keller, membre du conseil de la Fédération protestante de France. Selon ce dernier, faire entrer la femme dans un ministère pastoral collégial serait d'ailleurs un moyen de faire éclater le cléricalisme ambiant et de briser toute hiérarchisation des ministères. En 1965 enfin, le Synode national, reconnaissant la diversité et la complémentarité des ministères, décide d'ordonner des femmes au ministère pastoral « avec toutes ses attributions » (décision XXXVI). Le vote (47 voix pour, 38 contre et 3 nuls) prouve cependant que les esprits sont encore très partagés.

 





Parler au monde agir dans la société


• Sortir de l’héritage missionnaire et colonial

 

L'É.R.F. est en fait critiquée sur ses deux flancs : à sa « droite », certains trouvent qu'elle penche trop du côté « Progressiste » ; à sa « gauche », notamment au sein du christianisme social, on estime qu'elle reste trop prudente et n'a pas le courage de la Fédération protestante. Car à partir de 1959, la Fédération protestante semble avoir plus de liberté pour affirmer une position nette. En novembre 1960 à Montbéliard, l'Assemblée de la Fédération protestante vote une déclaration particulièrement ferme, dont le retentissement est considérable : « La poursuite de cette guerre accélère inexorablement la détérioration morale et juridique de l'État. »


Au sein de I'É.R.F., les débats passionnels et les souffrances grandissantes incitent au contraire à mettre l'accent sur la compassion et la réconciliation ; les
pasteurs en poste en Algérie témoignent tous de leurs difficultés à prêcher : « Toute exhortation humaine est devenue insuffisante, ambiguë, voire irrecevable, écrit le pasteur Max-Alain Chevallier. Nous sommes au temps de la confession de foi et de la prière. » Hormis sur la question de la torture, le souci de préserver l'unité conduit I'É.R.F. à un certain suivisme par rapport à l'opinion française.


Seul le synode extraordinaire de la région parisienne de I'É.R.F. ose, en janvier 1962, s'engager sur le terrain proprement politique en condamnant l'OAS : « Tout en comprenant le sentiment douloureux que certains peuvent avoir d'être abandonnés, nous pensons devoir avertir nos frères tentés de participer aux violences de l'OAS qu'ils sont dans l'erreur. »

 

 

 

 

 

 


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