Libre opinion
La gloire de
Dieu
prédication
René
Lamey
Il y a dans la Bible quelques dialogues
très captivants. L'un de ceux
qui me paraissent le plus intéressant met en scène un
dialogue entre Moïse et Dieu.
Ce dialogue se situe à un
moment-clé de l'histoire du peuple d'Israël.
Le peuple vient juste de vivre
l'épisode traumatisant du veau d'or ; Dieu menace de
retirer sa présence, Moïse se sent trahi et
abandonné, abandonné de Dieu et du peuple, il est
découragé, il ne sait pas comment continuer. Moïse
commence bien mal cette nouvelle année, cette nouvelle
étape. Il aurait besoin d'un sacré coup de pouce ou,
plutôt, un coup de pouce sacré !
Dans son désarroi, Moïse
s'adresse alors à Dieu. Voici ce dialogue : Exode 33.12-23
12 Moïse dit à
l'Eternel :
- Ecoute, tu me demandes de conduire ce
peuple, mais tu ne me fais pas connaître qui tu enverras pour
m'accompagner ! Pourtant tu m'avais dit : « Je
t'ai choisi personnellement et tu jouis de ma faveur. »
13 Eh bien ! Si réellement j'ai obtenu ta faveur,
veuille me révéler tes intentions et fais-toi
connaître à moi. Alors j'aurai vraiment ta faveur. Et
puis, considère aussi que cette nation-là, c'est ton
peuple !
14 Dieu répondit :
- Je marcherai moi-même avec toi,
et je te donnerai une existence paisible.
15 Moïse reprit :
- Si tu ne viens pas toi-même
avec nous, ne nous fais pas quitter ce lieu. 16 A quoi
reconnaîtra-t-on que j'ai obtenu ta faveur pour moi et pour ton
peuple, sinon si tu marches avec nous, et si nous sommes ainsi
distingués, moi et ton peuple, de tous les autres peuples sur
la terre ?
17 Alors l'Eternel répondit
à Moïse :
- Parce que tu jouis de ma faveur et
que je t'ai choisi personnellement, je t'accorde aussi ce que tu
viens de me demander.
18 Là-dessus Moïse
reprit :
- Permets-moi de contempler ta
gloire !
19 Et Dieu lui
répondit :
- C'est ma bonté tout
entière que je veux te montrer et je proclamerai devant toi
qui je suis. Je ferai grâce à qui je veux faire
grâce, j'aurai pitié de qui je veux avoir pitié.
20 Mais tu ne pourras pas voir ma face, car nul homme ne peut me
voir et demeurer en vie.
21 L'Eternel dit encore :
- Il y a ici un lieu tout près
de moi ; tiens-toi debout sur le rocher, 22 et quand ma
gloire passera, je te mettrai dans le creux du rocher et je te
couvrirai de ma main, jusqu'à ce que j'aie passé.
23 Puis je retirerai ma main et tu me verras de dos, car
personne ne peut voir ma face.
« Seigneur, fais-moi voir ta
gloire ! Montre-moi quelque chose de grand, quelque chose
d'éclatant ! Rassure-moi, Seigneur, donne-moi un signe,
fais passer ta gloire extraordinaire devant mes yeux afin que je
sache que tu es avec moi ! »
Moïse a besoin de voir de voir un signe
grandiose, il lui faut quelque chose de glorieux.
Plus le quotidien est sombre et
déprimant, plus grand est le besoin ou le désir de voir
des choses magnifiques...
Moïse n'a pas oublié le faste de
la cour de Pharaon ; l'or, les perles précieuses, les
mets raffinés, les statues somptueuses, tout cela est
nécessaire pour assoir et confirmer la gloire du Pharaon et
des dieux de l'Egypte.
Aux yeux des hommes, aux yeux de Moïse
- et à nos yeux aussi, il faut bien le dire - gloire
rime avec (?) grandeur, splendeur, honneur, richesse, puissance,
domination politique, militaire et économique,
- aussi avec célébrité, luxe, palace,
prestige, feux d'artifice, jet-set ! Et pour les
chrétiens, gloire rime avec miracles, dons spectaculaires,
méga-church à l'américaine, bref, nous
partageons, pour la plupart d'entre nous, la même conception
humaine de la gloire.
« Seigneur, fais-moi voir ta
gloire ! » La
réponse de Dieu est splendide et quelque peu surprenante. Dieu
se place à l'opposé des conceptions humaines, il
renverse le jeu. La gloire de Dieu est sans gloire, sans gloire
humaine. Dieu nous prend à contrepied.
Que répond Dieu à
Moïse ? « Mets
ton casque et ta visière, accroche ta ceinture, ouvre-bien
grand les yeux et les oreilles, et accroche-toi, tu vas voir ce que
tu vas voir ! » ???
Non, Dieu dit : « C'est ma bonté tout entière
que je veux te montrer. »
La gloire de Dieu, c'est sa bonté, sa
bienveillance, sa patience, sa douceur - j'allais presque dire,
la gloire de Dieu, c'est son « humanité ».
La gloire de Dieu - nous l'avons vu en
cette période de Noël - c'est un bébé
fragile et vulnérable dans une crèche.
La gloire de Dieu, c'est cet enfant, ce
fils, ce fils de Dieu, ce fils de l'homme, comme il l'aimait qu'on
l'appelle,
- cet homme qui s'agenouille devant le lépreux
et le prend dans ses bras,
- cet homme qui rencontre l'impur exclu et
possédé par le mal,
- cet homme qui parle à la Samaritaine
méprisée,
- cet homme qui se laisse laver les pieds par une
prostituée et qui, à son tour, lavera les pieds de ses
disciples, même ceux de celui qui allait le trahir...
La gloire de Dieu, c'est aussi la
croix, non pas, à mon avis,
dans le sens de la souffrance - il n'y a aucune gloire dans la
souffrance - mais dans le sens de celui qui est allé
jusqu'au bout de sa mission, même et surtout quand celle-ci
finit dans ce qui semble un échec aux yeux des hommes... oui,
la gloire de Dieu passe parfois par ce qui semble être une
défaite.
La gloire de Dieu, c'est aussi la
résurrection, qui s'est
passée dans le silence le plus absolu, pas de trompette, pas
d'orchestre, mais la vie qui triomphe de la mort, mais la vie qui
continue au-delà des apparences...
La gloire de Dieu, c'est la vie, c'est
l'homme vivant. Et comme l'a dit, au 2e s.
Irénée de Lyon, la gloire de Dieu, c'est l'homme
debout.
Et c'est exactement ce que Dieu dit à
Moïse : « Tiens-toi là debout sur ce
rocher. »
La gloire de Dieu, c'est de relever celui
qui est couché, consoler celui qui est abattu, encourager
celui qui n'en peux plus.
Et puis Dieu continue :
Quand ma gloire passera, je te mettrai dans
le creux du rocher et je te couvrirai de ma main, jusqu'à ce
que j'aie passé. 23 Puis je retirerai ma main et tu me
verras de dos, car personne ne peut voir ma face.
Le creux du rocher, cela nous rappelle Elie,
prophète en fuite, prophète dont la tête est mise
à prix, un prophète déboussolé,
ébranlé, désemparé, un prophète
qui, lui aussi, du fond de sa grotte, demande un signe. On connait ce
fameux et beau passage qui nous dit aussi quelque chose de la gloire
de Dieu : « Dieu
n'était pas dans la tempête, Dieu n'était pas
dans le feu, Dieu n'était pas dans le tremblement de terre,
mais dans le souffle doux et léger de la brise du
soir. » 1 Rois 19. Dieu est comparé à une
légère brise du soir... Voilà de quoi nous faire
réfléchir quant à notre conception de
Dieu...
Je te mettrai dans le creux du
rocher.
Oui, il y était Moïse, dans le
creux du rocher, dans le creux de vague, dans le creux du
découragement, dans le creux de la solitude, et Dieu est venu
à sa rencontre :
« Je te couvrirai de ma main,
jusqu'à ce que j'aie passé. 23 Puis je retirerai
ma main et tu me verras de dos, car personne ne peut voir ma
face. »
L'Evangile de Jean nous le dit
aussi : « Personne n'a jamais vu Dieu ; le
Fils, Jésus-Christ, nous l'a
révélé. »
Connaître Jésus, c'est
connaitre Dieu ; rencontrer Jésus, c'est rencontrer Dieu,
voir la face de Jésus, c'est voir la face de Dieu.
De même que chaque homme, chaque
femme, est créé à l'image de Dieu, si l'on prend
le temps, le temps de mettre de cotés toutes les craintes et
tous les préjugés, on verra dans le visage de notre
prochain quelque chose du visage de Dieu. La gloire de Dieu n'est pas
visible dans le face à face avec Dieu, mais elle est
perceptible dans les yeux de celui ou de celle qui est en face de
moi.
La gloire de Dieu, elle peut aussi se voir
ailleurs que dans le visage de mon prochain, elle peut être
rendue visible quand nous mettons en pratique ce que nous avons lu
tout à l'heure dans l'épitre aux
Romains (12.9-16) ; ainsi la gloire de Dieu est visible
quand :
- l'amour est sincère,
- l'amour fraternel s'exprime par des actes et des
paroles de bienveillance et d'entraide,
- la bénédiction remplace la
malédiction,
- quand on partage la joie et la peine des
autres,
- quand l'humilité et la simplicité sont
les marques de nos relations mutuelles.
La gloire de Dieu, ce n'est pas
l'église triomphante, ni son contraire, c'est-à-dire
l'église courbée et silencieuse, mais la gloire de
Dieu, c'est l'église rayonnante, une église qui chante,
une église qui vit, une église qui marche dans les pas
de Jésus-Christ !
« Seigneur, fais-moi voir ta
gloire ! » Moïse
n'a rien vu, rien entendu, mais il a su, il a compris que Dieu,
mystérieusement, était là avec lui ; dans
le chapitre suivant, nous voyons Moïse se relever, tailler les
deux pierres de l'alliance et entrainer derrière lui tout le
peuple dans le renouvellement de l'alliance avec Dieu.
« Seigneur, fais-moi voir ta
gloire ! » Et Dieu répond : Regarde
à Jésus, regarde dans les yeux - dans le
coeur ) de ton frère, de ta soeur, et de ton prochain, et
là, si tu prends le temps de voir, tu la verras, ma
gloire...
Amen !
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