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La France, prisonnière
du récit révolutionnaire

« Le récit que la France cultive
l'emprisonne dans des comportements conflictuels
dont elle devrait justement se libérer »

François Cherix


Écrivain et conseiller en stratégie et communication



Article publié dans l"hebdomadaire protestant Réforme
 
du 6 janvier 2022



8 janvier 2022

Circulant sous la trame de l’histoire comme le sang sous la peau, les récits identitaires imprègnent les esprits et influencent le destin des peuples. Il n’existe pas de société sans représentation d’elle-même, pas d’événement sans une grammaire qui l’oriente. Pour autant, le rôle de ces récits reste sous-estimé. Or, quand ils se figent et n’évoluent plus, ils perdent leur qualité de repères et se transforment en dogmes passéistes. Ils attisent alors les pulsions régressives, favorisent l’élection d’un populiste ou jettent un pays entier dans une aventure telle que le Brexit. Sans la puissance de la fable de l’Empire retrouvé, les Anglais réputés pour leur pragmatisme et leur sens du commerce auraient-ils sauté dans le vide ?

En France, la culture politique est marquée par un récit fondateur qui valorise la culbute du pouvoir en place. Synthétisant la Révolution, il idéalise le moment sacré où le roi chute de son trône tandis que jaillit la République. Soudain, lassé des injustices, le peuple se lève, s’insurge et monte aux barricades pour chasser l’oppresseur. Le point culminant de ce roman collectif, c’est l’instant magique où les inégalités sont renversées par la promesse d’une égalité parfaite.

Ce récit a de nombreuses vertus. Tonique, stimulant, progressiste, il peint des individus qui font corps pour défendre leurs libertés. Il rappelle aussi que rien n’est définitivement acquis. Par contre, il devient nuisible s’il est rejoué sans cesse à l’identique, comme si la démocratie n’avait pas été instaurée. Il dit alors que le président élu, quel qu’il soit et quoi qu’il fasse, est le monarque qu’il importe de renverser. Il organise un double scandale, celui d’une démocratie dominée par un roi, et celui d’un roi incapable d’assurer le bonheur de chacun malgré des pouvoirs étendus.


Le président, un monarque élu

Cette imagerie produit une série de réflexes pavloviens. Puisque chaque président est un monarque élu, son dénigrement devient un devoir démocratique. Puisqu’il est un roi jamais à la hauteur des attentes, le débat public se focalise sur sa chute et son remplacement. Puisque l’État c’est lui, le gouvernement est à la fois capable de tout et coupable de tout, alors que les citoyens ne sont responsables de rien. Au final, la politique, recherche collective de solutions pertinentes, est réduite au grand jeu flamboyant, mais aussi artificiel, de la conquête du pouvoir. Guerrier, le récit que la France cultive l’emprisonne dans des comportements conflictuels qui sont précisément ceux dont elle devrait se libérer.

La séquence des Gilets jaunes a donné une illustration frappante de ces phénomènes. Alors qu’elle amorçait un réveil économique, la France plonge dans un climat insurrectionnel. Des émeutiers saccagent les infrastructures et appellent au coup d’État. La violence est revendiquée comme un mal nécessaire. La décapitation d’Emmanuel Macron semble réellement espérée par certains. Or, cette flambée de colère doit beaucoup aux médias. L’occupation des ronds-points reçoit une couverture inouïe. Chaque perturbation possible est annoncée, encouragée, célébrée. Le moindre émeutier est accueilli en héros sur des plateaux complaisants. Les pires comportements sont passés sous silence ou excusés. Bref, un mouvement brutal charriant des pulsions parfois nauséeuses est converti en opéra populaire.

Analyse d’une posture médiatique

Sans surprise, la pandémie reproduira ce schéma. De la médiatisation du professeur Raoult à la promotion des antivaccins, toute protestation sera avivée. Par la suite, l’étonnante bienveillance dont bénéficiera un Éric Zemmour montrera la même attitude. En fait, imprégnés par une culture qui les formate et qu’ils contribuent à pérenniser, certains médias organisent un affrontement systématique entre le pouvoir et les citoyens. Par principe, ils se positionnent aux côtés des opposants, dont les tribulations ne les intéressent guère, et contre le président et ses équipes, qu’ils épient de manière obsessionnelle. Cette posture finit par nuire à la démocratie. Elle empêche le développement impartial de tous les points de vue, détruit l’aptitude du pays à élaborer des compromis et attise la méfiance à l’égard des institutions.

Au cœur de ces tensions, Emmanuel Macron est à la fois un acteur et un révélateur de l’inadéquation du récit collectif. Un acteur parce qu’il tente de dépasser les clivages traditionnels et les affrontements binaires par des solutions moins idéologiques que rationnelles. Un révélateur parce que sa mise en évidence de la complexité des défis actuels montre que la réduction de la démocratie à une lutte sur la barricade est obsolète. Aujourd’hui, la liturgie révolutionnaire française s’enflamme dans une séquence qui est peut-être aussi son crépuscule. Dans un monde ouvert, incertain, en mutation permanente et rapide, nos vieilles démocraties ont besoin de récits rénovés, qui apaisent les esprit et les tournent vers des coresponsabilités fécondes.

 

 



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