Libre opinion
Théologie de
l'Ouest américain
Frontier
Theology
Rev. Wes
Seeliger
Houston, Texas,
États-Unis
Fondateur de The
Foundation for Contemporary Theology
11 mars 2008
Il y a deux manières de
comprendre la vie et deux sortes d'hommes. Les uns considèrent la vie comme une
propriété qu'ils faut conserver
précieusement ; ce sont les « colons ». Les autres la voient comme un don brut,
fantastique, éblouissant ; ce sont les « pionniers ».
L'Église visible est composée
de beaucoup de colons et de quelques pionniers.
L'Église invisible est la
communauté des pionniers.
Il y a aussi évidemment deux types de
théologie : celle des colons et celle des
pionniers.
Les colons entendent
répondre théologiquement à toutes les questions,
se réfèrent à une sorte de Tout-Puissant
surnaturel, gravent ses dogmes dans le marbre et immortalisent le
statu quo.
Les pionniers
s'efforcent de rendre compte théologiquement de
l'extraordinaire don de la vie, qu'ils ressentent comme un far-west
inconnu avec ses indiens, ses saloons et ses aventures...
L'Église
Dans la théologie des
colons, l'Église est comme
l'Hôtel de ville. Elle est le centre de la vie sociale. Son
bâtiment domine la cité. Il y fait sombre car les
fenêtres sont étroites comme des meurtrières. Les
portes sont en chêne massif. Personne n'y demeure. Sauf les
pigeons que l'on cherche évidemment à chasser.
Derrière les murs épais de l'Hôtel de ville on
garde les archives, on conserve les casiers judiciaires des
délinquants. C'est à l'Hôtel de ville que tout
est décidé. Pour les colons c'est le symbole de la loi,
de l'ordre, de la stabilité et surtout de la
sécurité. Le bureau du Maire est au dernier
étage. Son oeil d'aigle observe jusqu'au plus petit
détail de la vie des hommes.
Dans la théologie des
pionniers, l'Église est comme
un chariot couvert, une habitation sur roues toujours en route,
jamais sédentarisée. C'est dans son chariot couvert que
le pionnier mange, dort, vit et meurt. Le chariot est marqué
par les cicatrices de la vie et de ses voyages, il grince, il a des
marques de flèches, il est réparé avec du fil de
fer. Le chariot couvert est toujours là où l'action se
passe. Il avance vers l'avenir et ne se glorifie pas du chemin qu'il
a parcouru. Il est vieux et inconfortable mais les pionniers ne le
remarquent pas car ils marchent vers le monde nouveau.
Dieu
Dans la théologie des
colons, Dieu est comme le maire. Il
est confortablement installé dans son bureau de l'Hôtel
de ville. Il garde les rideaux tirés, on ne peut pas
l'apercevoir. On sait qu'il est là car l'ordre règne
dans la ville.
On le craint mais on est content qu'il fasse bien fonctionner la
municipalité qui gère la ville et le shérif qui
contrôle les pionniers qui passent par là.
Dans
la théologie des pionniers,
Dieu est comme le chef. Il vit, mange, dort, se bat avec ses hommes.
Il se préoccupe de leur bien-être. Sans lui la caravane
n'avancerait pas, les pionniers deviendraient paresseux et
obèses et s'en serait fini de la vie libre. Il bouscule ses
hommes quand il le faut, il patauge avec eux dans la boue lorsqu'il
faut pousser le chariot. Il leur communique son élan.
Jésus
Dans la théologie des
colons, Jésus est comme le
shérif qui est nommé par le maire pour faire appliquer
les règles. Il apporte la sécurité. Il
décide qui sera mis en prison.
Dans
la théologie des pionniers,
Jésus est comme l'éclaireur. Il va devant pour trouver
le chemin que les pionniers suivront. Il fait face aux attaques des
Indiens et à tous les dangers de l'inconnu. Ses actes et ses
paroles révèlent l'esprit du chef et ses intentions. En
le voyant faire on comprend ce que signifie être un
pionnier.
Le saint
Esprit
Dans la théologie des
colons, le saint Esprit est comme
une entraîneuse de saloon qui réconforte les colons
quand ils se sentent solitaires, quand leur vie est terne ou
lorsqu'ils sont en danger. Elle leur caresse le menton et cela leur
fait du bien. L'entraîneuse appelle le shérif quand il y
a du désordre dans le saloon. (Note : le whisky qu'elles
servent est sans alcool).
Dans la théologie des
pionniers, le saint Esprit est le
chasseur de bisons. Il accompagne les chariots et fournit la viande
fraîche aux pionniers. Il est incontrôlable et
imprévisible ; on ne peut jamais savoir ce qu'il va
faire. Le dimanche matin, quand les colons ont une petite
rencontre-café à l'Hôtel de ville, le chasseur
apparaît à l'une des fenêtres et provoque la
panique en tirant en air un coup de son terrible fusil : tout le
monde sursaute, les femmes hurlent, les chiens aboient et le chasseur
se sauve en rigolant.
Le
fidèle
Dans la théologie des
colons, le fidèle est
justement un colon. Il se méfie de tout ce qui est inconnu. Il
a de bonnes relations avec le maire et n'a jamais à faire au
shérif. Le
« principe de précaution » guide ses mouvements. L'Hôtel de ville
symbolise à ses yeux la sécurité, la paix,
l'ordre et le bonheur. La banque garde son argent dans un coffre. Il
est ami du banquier. Il ne manque pas les rencontres-café de
l'Hôtel de ville.
Dans la théologie des
pionniers, le fidèle est
évidemment un pionnier. Il ne craint rien, il est courageux,
il va de l'avant, avide de progrès et de nouveauté. Il
est armé pour la vie. Il se désole de l'immobilisme des
gens de la ville et il leur dit la plénitude et la joie d'une
vie ouverte et dynamique.
Le pasteur
Dans la théologie des
colons, le pasteur est comme le
caissier qui garde les richesses de la ville dans les coffres de la
banque. Il se méfie des étrangers. Il a un revolver
dans le tiroir de son bureau. Il est respecté. Il se sent
proche du shérif, qui, comme lui, garde la banque.
Dans la théologie des
pionniers, le pasteur est comme le
cuisinier qui prépare ce que le chasseur lui apporte. Il sait
qu'il n'est pas le chef, ni le guide, ni le chasseur. Il n'est qu'un
pionnier qui sait cuisiner.
L'évêque
Dans la théologie des
colons, l'évêque est
comme le président de la banque. Il la mène d'une main
de fer, définit ses orientations et donne ses instructions au
personnel. Il surveille la comptabilité de son oeil d'aigle.
Il est garant de la confiance que les colons mettent en la banque. Il
accepte les nouveaux clients avec ce qu'on appelle
l' « imposition des
mains ».
Dans la théologie des
pionniers, l'évêque est
l'homme de la propreté qui lave la vaisselle, tient tout
propre et en ordre et aide le cuisinier dans son travail. Le
cuisinier et lui décident ensemble des repas selon ce
qu'apporte le chasseur. Il est souriant, il tient toujours une
cafetière pleine à la disposition des pionniers. Sa
tâche est humble mais elle lui plaît. Il est le plus
important et il sert le plus.
(Un évêque est le serviteur des serviteurs de Dieu et si
les serviteurs de Dieu sont comme des cuisiniers, c'est aussi cela
que sera l'évêque !)
Traduction Gilles
Castelnau
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