Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion



Ce projet de loi vise
ceux qui respectent
les principes républicains


 

François Clavairoly 

président de la Fédération protestante de France

 

propos recueillis par Par Claire Bernole

 

article publié dans l'hebdomadaire protestant Réforme
4 mars 2021

 

4 mars 2021

La Fédération protestante de France (FPF) continue de contester le projet de loi
confortant le respect des principes républicains.
Voté par l’Assemblée nationale le 16 février,
il sera examiné au Sénat à partir du 30 mars.
Durant cet «  entre-deux-tours »,
François Clavairoly, pasteur et président de la FPF,
ne cesse de dénoncer un texte
« discriminant et stigmatisant ».


Parmi ses observations concernant le projet de loi confortant le respect des principes républicains, la Fédération protestante de France estime que l’« accumulation des contraintes et charges administratives et comptables » que fait peser le texte sur les associations et leurs administrateurs peut aboutir à une restriction de la liberté d’exercice du culte. Pouvez-vous expliciter ce lien de cause à effet ?

Il s’explique simplement par le fait que la plupart des associations cultuelles en France sont de petites structures vivant du bénévolat. C’est sur les bénévoles que ces contraintes vont reposer. Cela revient à leur demander un surcroît de travail qui n’est pas destiné à la vie même de l’église, mais bien à la gestion administrative de l’association cultuelle. Il y a donc une fragilisation du système associatif par l’accumulation de telles mesures, qui ne sont pas de nature à favoriser l’expression du culte. Or, faut-il rappeler que les protestants et les juifs, qui recourent dans leur large majorité à la loi de 1905, ne sont pas des séparatistes ? Ce projet de loi fait peser une charge déraisonnable sur des personnes qui ne sont pas soupçonnables d’être des menaces pour les principes républicains.

 

Voulez-vous dire que ce projet de loi réclame davantage à ceux qui respectent déjà la loi ?

C’est ma conviction. Ce projet de loi vise en particulier ceux qui font preuve de respect à l’égard des principes républicains depuis 115 ans et qui n’ont jamais dérogé à cette règle. Qui ont toujours été dans l’acceptation de ces principes et des évolutions de la société française sur ce sujet. Aujourd’hui, cependant, intervient un élément nouveau : comme l’écrit le Conseil d’État dans son avis, une accumulation et un alourdissement des contraintes pesant sur la pratique même de l’exercice du culte.

 

Il y a pourtant bien un problème lié à l’islamisme radical sur le sol français. Nos concitoyens ont peur, l’État ne peut rester les bras croisés. Comprenez-vous ce besoin de sécurité ?

Le projet de loi contient des dispositions concernant la lutte contre les discours de haine, le risque de séparatisme et la déscolarisation d’enfants pour des motifs peu louables. Il prend également en compte la protection des personnes travaillant avec une délégation de service public. Toutes ces mesures, nous les trouvons bonnes et justes. Nous ne comprenons pas le fait que seuls les membres des associations cultuelles soient visés. Et nous sommes loin de tenir une position isolée sur cette question : les protestants, les catholiques, les orthodoxes et à bien des égards les musulmans font la même analyse.

 

Dès son premier plaidoyer, la FPF a dénoncé le fait que les associations cultuelles sont ciblées et par là-même discriminées. Avez-vous le sentiment d’avoir été entendu ?

Nous avons été entendus mais nous n’avons pas été écoutés. Le projet de loi tel qu’il a été voté en première lecture ne tient pas totalement compte de l’ensemble de nos remarques. Deux d’entre elles ont été prises en compte. La première concernait la suppression de l’expression « sauvegarde de l’ordre public » au profit de la notion de « respect des principes républicains ». La seconde, la capacité à gérer des biens immobiliers acquis par dons et legs. Elle a été acceptée, bien qu’avec l’ajout de certaines conditions. Au moins, l’inégalité dont les associations cultuelles ont été victimes disparaît-elle un peu sur ce point. Nous sommes reconnaissants de cela et espérons que le Sénat ne reviendra pas sur cette disposition.

 

Qu’attendez-vous des protestants ?

Les protestants se sont rapidement mobilisés à travers ce plaidoyer. Cette mobilisation va bien au-delà de la FPF : elle implique aussi des Églises non fédératives qui ont à nouveau trouvé dans notre plaidoyer la véritable justification de cet outil qu’est la Fédération protestante de France. Un outil au bénéfice des chrétiens de ce pays. Ainsi, à Lyon, à Bordeaux, à Toulouse, à Marseille et dans d’autres villes, aussi en région parisienne, dans une démarche fédérative locale élargie, des pasteurs et autres responsables d’Églises sont allés à la rencontre de leur député, de leur maire, pour les convaincre de prendre en compte nos arguments. Nous poursuivons également cette action auprès des sénateurs. Cette mobilisation inédite a largement renforcé les liens entre les Églises et associations de différentes sensibilités, et ce n’est pas un hasard : être « vigie » est au cœur de l’ADN protestant dans sa diversité. Cet élan a été largement relayé par les médias nationaux et bien au-delà, je suis heureux que les lecteurs de Réforme y soient associés.

 

Comment envisagez-vous la suite ?

Nous attendons de voir la façon dont le Sénat réagira, mais aussi comment les musulmans vont se positionner une fois le texte définitif adopté. En l’état, il n’est pas avantageux de passer sous le régime 1905. Bien que, si un cadre juridique devait convenir, ce serait bien celui de 1905. Une autre option consisterait à s’adapter au culte musulman en créant un statut juridique spécifique. Comme cela a eu lieu pour le culte catholique, dont l’activité est régie par les lois 1907 et 1921. Ce serait là une audace qui ne serait pas antirépublicaine mais cette option n’est pas à l’ordre du jour.

La concertation continue donc, dans l’attente des décrets qui en détermineront l’application. Il est important que nous soyons associés à leur rédaction. C’est aussi là que va se jouer le concret de la vie des associations cultuelles. Et c’est pourquoi nous tenons à ce que le texte de loi évoque bien des « modalités d’application » et non des « procédures » à définir par décret en Conseil d’État.

Certains n’ont pas vu que ce projet de loi pouvait mettre en cause la liberté de culte. Ils n’ont sans doute pas compris en quoi consistait précisément la séparation « des » Églises et de l’État. Cette séparation affirme clairement que l’administration n’a pas à s’immiscer dans l’organisation interne «  des » cultes. Or, en l’occurrence, le principe de séparation commence à être écorné. Qu’en serait-il demain, avec un gouvernement qui n’aurait pas les mêmes intentions à l’égard des cultes ? Ce type de dispositions pourrait être poursuivi et le principe de séparation des Églises et de l’État ne serait plus assuré. Certes, il y aurait toujours la possibilité de recours devant le juge administratif. Mais nous n’allons tout de même pas devoir nous justifier et nous battre tous les ans devant un préfet, devant le Conseil d’État ou une cour européenne pour rappeler que nous sommes dans un pays libre. Nous n’allons pas entrer dans un processus de judiciarisation de la vie cultuelle. Ce serait quitter définitivement l’esprit de la loi de 1905 !

 

Dans une période de crise sanitaire, pleine de préoccupations multiples, en quoi est-il important de se battre contre ce projet de loi en son état actuel ?

Il faut rappeler au lecteur que c’est l’une des missions de la FPF que de représenter et de défendre les intérêts du protestantisme dans son ensemble. Cette mission est indiquée à l’article 2 de ses statuts. C’est l’une de ses raisons d’être. Son rôle est aussi de défendre la liberté d’expression et de culte pour l’ensemble des Églises de la Fédération et, au-delà d’elle, de toutes les Églises, œuvres, mouvements et organismes se réclamant du protestantisme français. Ce ne sont pas forcément des membres de la FPF mais des partenaires proches et des bénéficiaires de son action.

 

                                                    


Retour vers "libres opinions"
Retour vers "René Lamey"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : gilles@castelnau.eu
Il ne s'agit pas du réseau Linkedin auquel nous ne sommes pas rattachés.
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque