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le sens de l’Église ?


 

 

Guilhen Antier (éd)

Olivier Abel, Guilhen Antier, Marianne Carbonnier-Burkard, Frédéric Chavel,
Gabriella Iaione, Céline Röhmer, Christophe Singer, François Vouga

 

Ed. Olivétan
146 pages – 15 €

 


recension Gilles Castelnau


2 février 2021

Sept brillants professeurs de la Faculté de théologie de Montpellier (IPT) et un de Bruxelles, enseignant l’éthique, l’histoire, la dogmatique, le Nouveau Testament, la théologie pratique et le Nouveau Testament ont écrit chacun article concernant un sujet mal aimé des protestants : l’Église.
Évidemment il ne faut pas être rebuté par le style universitaire et le langage un peu abstrait. Mais si l’on fait l’effort - somme toutes acceptable– de lire lentement et de réfléchir un peu, les réalités que l’on vit dans nos églises prennent un relief intéressant et la prise de conscience de notre vie ecclésiale quotidienne s’éclaire.

En voici quelques exemples parmi tous les autres

 

 

L’Église en crise et dans la crise, d’après Paul Tillich

Gabriella Iaione

 

L’Église chez Paul Tillich

Corrélation avec le présent et la préoccupation ultime de chacun

L Église doit entretenir un dialogue permanent avec le monde contemporain. Pour Tillich, toute théologie est avant tout une théologie du présent, du dialogue et, en ce qui concerne aujourd'hui, une théologie de la crise. L'Église doit se tenir dans la cité et non en dehors, elle doit intégrer les problématiques liées à la crise. Pour ce faire, l'Église doit se remettre continuellement en question.

[...]

Pour Tillich, la théologie chrétienne dans sa démarche apologétique utilise la méthode de corrélation qui tend à expliquer « les contenus de la foi chrétienne en mettant en interdépendance mutuelle les questions existentielles et les réponses théologiques. » Utiliser la méthode de corrélation, c'est élaborer une théologie qui tienne compte des questionnements existentiels de l'homme contemporain et qui tente d'y répondre en usant de références et de symboles qui peuvent le rejoindre dans sa situation. Les réponses chrétiennes fournies par la théologie (l'Église) doivent rencontrer l'homme dans sa concrétude. Il s'agit toujours de concilier le message chrétien avec la culture et les enjeux contemporains.

La théologie ne peut s'élaborer en dehors de l'homme, de ses questionnements et préoccupations. Il n'y a pas de réponse théologique possible sans questionnement humain ; la théologie s'adresse avant tout à l'homme dans ce qui le concerne et le taraude.

 

Pour une théologie du courage

En ces temps de crises où le monde semble s'écrouler de toutes parts, la mission de l’Église est de promulguer plus que jamais un message d'espoir et de courage. Confronté aux diverses forces démoniques inhérentes à la crise actuelle, l'homme perd non seulement ses repères, mais il perd aussi espoir et courage. Il voit sa vie basculer et son avenir s'obscurcir. Il lui faut un certain courage pour continuer à vivre malgré tout ce qui fait désormais obstacle à son destin.

Pour Tillich, foi et courage sont intimement liés. Le courage se fonde sur la foi et la foi donne du courage ; « la foi est à la base du courage d'être. » La foi du courage transcende l'incertain, surmonte les obstacles et affirme le soi en dépit de tout ce qui peut le menacer. Tout comme l'amour, le courage d'être est une réponse au désespoir et au non-sens. Le courage d'être, notion qui traverse une grande partie de l'œuvre de Tillich, suggère le dépassement de soi et la volonté de s'affirmer en dépit de tous les obstacles ; c'est une affirmation de soi « en dépit de » tout ce qui peut entraver le destin, en dépit de l'absurde et du non-sens, en dépit de toutes les forces démoniques.

[...]


Comme le rappelle Tillich, nous pouvons être convaincus d'être dans la vérité, « mais une vérité sans passion manque de vitalité. Nous avons besoin de plus de passion, de plus de puissance intellectuelle, de plus de protestation protestante contre nous-mêmes et de plus d'espoir protestant pour notre monde. »

 

 


Y a-t-il un pilote dans l’Église

Christophe Singer

 

Église visible – Église invisible

Une distinction dogmatique

Posons dans un premier temps, à la suite des réformateurs, que la « sainte Église universelle », qui constitue l'un des articles de la foi chrétienne telle qu'elle est énoncée par le Credo, est une réalité de l'ordre de l'événement : la proclamation et la réception de l'Évangile dans la prédication (au sens large) et les sacrements (le baptême et la cène). L’Église est « la réunion de tous les croyants parmi lesquels l'Évangile est prêché purement et les saints sacrements conférés d'une manière conforme à l’Évangile. »
En concentrant ainsi la définition de l'Église dans l'événement de la Parole, la Confession d'Augsbourg, comme celle de La Rochelle, entendent préserver l'Église, en tant que corps du Christ, objet de foi, du risque d'une mainmise humaine par le biais de critères d'identification imaginaire, au sens de ce dont on pourrait dessiner une image, une représentation, à laquelle il faudrait ensuite conformer la réalité. Ainsi, André Gounelle oppose cette conception, d'une part, à celle qui associe l'authenticité de l'Église à la légitimité d'un ministère (épiscopat) et, d'autre part, à celle qui cherche à repérer et délimiter la réalité de l'Église dans la fidélité de ses membres évaluée selon des critères spirituels et moraux.
Pour les protestantismes luthérien et réformé, la vérité de l'Église est du même ordre que la vérité du sujet chrétien : elle tient tout entière dans la Parole qui la crée et la maintient. L'Église est donc seconde par rapport à l'irruption de la Parole dans l’existence. Elle en est a conséquence.

[...]

Ainsi, il faut maintenir à la fois une rigoureuse distinction et une solide articulation entre l'Église comme corps créé par la Parole qui nomme, appelle et rassemble les individus en Christ et les diverses associations humaines en lesquelles la foi reconnaît des lieux où s'offrent des manifestations historiques de ce corps, en dépit du caractère partiel, ambigu, faillible et pécheur de celles-ci. Car l'une, que les réformateurs nomment l'Église invisible, n'est pas sans les autres : les communautés, dénominations, confessions, institutions, rassemblements, etc., qui forment l'Église visible dans la multiplicité de ses manifestations.

 

En pratique

Cette distinction dogmatique, classique en protestantisme, entre l’Église invisible et l’Église visible autorise en pratique un certain équilibre entre une grande liberté institutionnelle (car les constructions associatives ecclésiales ne sont que des outils au service de l'Église visible, dont le but est de rassembler des communautés par la prédication et les sacrements) et un grand respect des institutions. Celles-ci sont reconnues comme nécessaires dans la mesure où l'événement de l'Évangile est compris comme s'inscrivant dans le concret des rencontres, de la piété, du culte, de la lecture des Écritures, etc. Elles sont acceptées comme légitimes dans la mesure où elles sont plurielles, historiques, provisoires et critiquables, c'est-à-dire à la fois héritées (et non à construire ex nihilo) et devant être adaptées constamment aux situations nouvelles : Ecclesia semper reformanda. Cela résulte la plupart du temps en une loyauté critique vis à vis des institutions, au sein desquelles les engagements sont plutôt épanouissants, car généralement habités de manière bienveillante.

 

 

Où se trouve le cockpit ?

 

La parole et le sacrement

Ni les conseils presbytéraux, ni les synodes, ni les charismes pastoraux ne sont aux commandes. Le cockpit ne se situe pas dans les lieux décisionnaires des associations locales ou supra locales : il est l’instant de la prédication et du sacrement, car c'est là que le Christ, la tête du corps qu'est l'Église, est désigné, et c'est dans le geste du sacrement, et dans la parole de la prédication que sa voix se fait entendre.

[...]

Le sacrement et la prédication sont le cockpit de l'avion, car ils pointent le fait que l'Église ne vit pas d'elle-même ni pour elle même (et j'inclus la mission dont elle s'imagine souvent qu'elle constitue son essence, ce qui paradoxalement ne facilite pas son accomplissement !), mais de la Parole et pour la Parole du Seigneur sans cesse concrètement rappelée.

 

 

 

A la recherche de l’Église. Promenade à travers le Nouveau Testament
Céline Rohmer, François Vouga

 

 

Surprise 3
le thème n'est pas l’Église, mais le don universel, à chacune et à chacun, d'une identité singulière par la reconnaissance réciproque

L’Église n'est pas le thème du Nouveau Testament parce qu'elle n'a ni son origine, ni son identité, ni sa vocation en elle-même. Mais alors, quelle est donc sa vérité et de quoi est-elle le lieu ?

[...]

La première réponse concerne la tenue des femmes qui prophétisent dans l'assemblée (I Co 11.2-16). Il est important de constater que la discussion se limite à des incertitudes de convenances culturelles touchant la coiffure, et que le présupposé fondamental de l'argumentation paulinienne réside dans l'égalité de la liberté et des droits reconnus aux femmes et aux hommes de présider et de prendre la parole publiquement dans les églises. La deuxième réponse concerne te déroulement du repas du Seigneur (I Co 11.17-34). L'apôtre dénonce le désordre qui règne à Corinthe dans les rencontres hebdomadaires qui devraient avoir lieu en mémoire du Seigneur, entre la commémoration du pain rompu et la coupe partagée. Ces rencontres, constate Paul, ne sauraient être considérées comme des célébrations du repas du Seigneur. Or la raison de ce jugement a de quoi surprendre. Il ne tient :

- ni aux lieux, aux maisons dans lesquelles on se retrouve ;
- ni au menu ou au choix des espèces ;
- ni à la qualification des sœurs ou des frères qui reçoivent et qui président ;
- ni au déroulement liturgique ;

mais à l'absence de ce qui constitue explicitement, pour Paul, le critère de vérité de la communauté chrétienne : la reconnaissance mutuelle. Les célébrations dans les églises de Corinthe, qui reproduisent vraisemblablement les clivages sociaux, n'offrent pas la possibilité de prendre le repas du Seigneur pour la simple et bonne raison que chacun y prend son propre repas (I Co 11.17-21)

 



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