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Chrétien et liberté


 

pasteur Serge Soulié

 

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21 décembre 2020

Le confinement nous interroge sur la liberté du chrétien. La demande jusqu’au conseil d’Etat des évêques plaidant une exception pour la tenue de messes en est un exemple flagrant. Dans une démocratie où le droit s’applique à tous cette demande est à la fois incongrue, peu fraternelle et pas du tout solidaire à l’égard des salles de spectacles, des bars et des restaurants. Nous pourrions aller jusqu’à dire qu’elle va à l’encontre de l’esprit de l’évangile. Ce besoin d’offices religieux tous les dimanches se retrouve chez les protestants. Les pasteurs se sont précipités pour diffuser des cultes. L’autorisation du Conseil d’Etat donnée, ils ont célébré leur culte sans considérer l’injustice qu’il y a à laisser les salles de concert et de cinéma fermées. Une occasion ratée pour montrer la solidarité avec l’ensemble des peuples, croyants et incroyants compris.

Au-delà de cette solidarité, les protestants auraient affirmé deux principes chers à la Réforme, d’une part la conviction selon laquelle le culte n’entre pas dans le plan du salut, d’autre part celui qu’il n’y a pas de lieu privilégié pour être avec Dieu, il n’y a pas de sacré. Dans un temple, la « table de communion » est la table où sont déposés le pain et le vin de la cène, ce n’est pas un autel où est répété le sacrifice du Christ messe après messe. Les fidèles se regroupent autour de la table pour le partage comme on le ferait dans une salle à manger. L’idée selon laquelle il faut des offices réguliers, des dogmes répétés et des rites pour être chrétien est innée chez l’homme tout en étant étrangère à l’esprit des Evangiles. Non seulement ce type d’attitude est absente dans la vie de Jésus mais encore, lorsqu’il va à la synagogue, il remet tout en question y compris les sacrifices comme dans la scène des marchands du temple. Il libère ceux qui pratiquent de tels rituels et ceux qui en attendent des effets.

Aujourd’hui, les protestants sont convaincus que Jésus a mis fin aux sacrifices en s’offrant lui-même en sacrifice. Il n’a pas fui la violence des hommes qui sont allés jusqu’à le crucifier. Cette offrande a eu lieu une bonne fois pour toutes, il n’est pas nécessaire de la répéter symboliquement en y rajoutant le mystère de la transsubstantiation (le vin transformé en sang du Christ et le pain en chair du Christ). Pour le protestant, il n’y a pas de consécrations qui puissent transformer les substances, nous dirions aujourd’hui la matière. La réalité inscrite dans la création doit rester transparente. Seule cette réalité peut-être retenue. Le pain et le vin gardent leur nature. Autour de la table, ils sont un souvenir du dernier repas mettant en route la paix à laquelle tous les humains aspirent sans jamais pouvoir la réaliser. Ce repas crée l’union entre les participants sans que soient oubliés ceux qui n’y participent pas.

Aujourd’hui, il est à se demander si la prière ne tient pas lieu de sacrifice y compris dans les milieux où rites et dogmes répétées ne sont pas des habitudes. Je veux parler de la mouvance évangélique mais pas seulement où le « je prierai pour toi » ou « prions ensemble » est devenu la preuve de la foi et de l’espérance. Comme dans le sacrifice il y a une attente un peu magique de la prière. Celle-ci faite, le priant a le sentiment du devoir accompli. Dieu se retrouve-t-il dans une telle démarche ou a-t-il mis à la disposition de l’homme tout ce qui lui est nécessaire pour construire sa vie ? Il invite l’homme à trouver les solutions par lui-même. Les progrès de la science témoignent de cette invitation.

Je ne pense pas que le Dieu auquel je crois ait voulu contraindre l’homme à le prier pour obtenir ce dont il a besoin. Tout me semble avoir été donné par avance. C’est ce que confirme Jésus désigné dans l’épitre aux Romains (ch. 5) et la lettre aux Corinthiens (ch. 15) le « nouvel Adam », le premier ayant déjà tout reçu. Je ne crois pas davantage que les humains puissent influencer Dieu. Dieu est une force présente en tout être et toute chose, force accueillant la création toute entière. La foi consiste à être conscient de cette présence. Le seul moyen en est la pensée. Rien d’autre ne peut rendre Dieu présent. Il peut y avoir des moments particuliers consacrés à cette pensée et où toute activité s’arrête. Ces moments peuvent être vécus collectivement. Alors la pensée de chacun s’enrichit de la pensée des autres. Mais il n’y a rien à demander à Dieu sinon que de s’assurer qu’il fait partie de notre existence en tout instant. Cette pensée se prolonge par un dialogue où chacun peut se dire. Les regrets comme les attentes ont toute leur place dans ce dialogue. Il n’y a pas de réponse directe de Dieu. Personne ne peut dire « Dieu veut que... » Ou « Dieu dit... ». Ne tombons pas dans ce piège de croire que nous pouvons savoir ce que Dieu dit et veut. Dieu ne parle pas. Il est la Parole. J’entends cette parole à travers tout ce que mes sens saisissent. Sa présence est un accompagnement. L’humain bâtit sa vie sur cette présence qui de plus le rassure et le rend courageux pour affronter les obstacles rencontrés y compris sa propre mort. Un bon accompagnateur ne dit pas ce qu’il faut faire. Il rend possible la décision prise par l’accompagné.

Cette présence de Dieu par la pensée, cette mise à sa disposition de tout notre corps et de tout notre être, rend inutile tout encadrement religieux. Laissons-nous pénétrer par l’esprit de Dieu comme nous nous laissons pénétrer à travers la respiration par l’air dont nous avons besoin pour vivre et notre vie de chrétien se réalisera à notre insu. L’expérience prouve qu’à certains moments l’humain ne peut pas mettre à profit sa volonté. J’ai vu par exemple beaucoup d’alcooliques vouloir arrêter l’alcool sans le pouvoir. J’ai vu des maris et des épouses voulant mettre fin à leur infidélité sans y arriver. Le positionnement par la pensée dans le sein de Dieu puis l’abandon et le laisser aller sans ne rien attendre d’autre que d’apprendre à aimer ce Dieu, permet que se réalise le destin de chacun dans les meilleures conditions. Il ne s’agit pas d’insister sur l’amour que Dieu porte à chacun de nous - cet amour divin ne peut en aucun cas remplacer l’amour de nos semblables y compris celui des parents pour leurs enfants - mais de comprendre combien l’essentiel est d’aimer Dieu. A nous de chercher et trouver ce qui nous donnera le désir de l’aimer. Epris de cet amour pour Dieu chacun retrouvera la liberté et verra se dérouler le film de sa vie dans la paix et le bonheur.



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