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Repenser la mort et la vie de Jésus

 

Beyond the Passion: Rethinking the Death and Life of Jesus

Augsburg Fortress Publishers , 2004

 

 

Stephen J. Patterson

professeur de Nouveau Testament
Eden Theological Seminary
Saint-Louis, Missouri, États-Unis

Recension par G. Richard Wheatcroft

 

12 février 2008
L'auteur est convaincu que « l'une des grandes erreurs de la théologie chrétienne a été de chercher à comprendre la mort et la résurrection de Jésus indépendamment de sa vie ».
On entend dire, en effet, « le Christ est mort pour nous », « Accepter le Christ comme sauveur personnel ».

L'auteur fait remarquer que les premiers disciples de Jésus n'ont pas parlé de sa mort et de sa résurrection indépendamment de toute sa vie. Les quatre évangiles présentent sa mort et sa résurrection comme la conséquence de son ministère, de ses paroles et de ses actes.

Dans son chapitre de conclusion, l'auteur dénonce le fait que, pour la plupart d'entre nous, Jésus est mort dans la mesure où on n'attache que peu d'importance - et parfois pas du tout - à ce qu'il a enseigné et fait. On devrait parler de Jésus comme d'un modèle de vie, alors qu'on en parle comme d'un sauveur, en disant par exemple qu' « il est mort afin que nous vivions ». Quelle que soit notre capacité de vivre et notre situation concrète, nous avons, semble-t-il, à le faire mourir afin que nous puissions survivre !

L'auteur propose, par contre, trois compréhensions anciennes de la mort de Jésus : victime, martyr et sacrifice.

Il écrit : « J'espère que ces trois lignes de réflexion permettront à tous de redécouvrir l'importance du ministère de Jésus, de ses paroles, de ses actes et finalement de son destin ».

Stephen Patterson fait remarquer qu'avant d'étudier ces trois explications de la mort de Jésus, il convient de se demander qui a voulu cette mort et pour quelle raison.

 

Jésus comme victime

Lors de sa venue en Galilée, Jésus a proclamé, en plein Empire romain, que « le royaume de Dieu » était proche. La « paix romaine » était fondée sur la violence. L'Empire était basé sur la piété, l'esprit de famille et la loyauté. Sa structure politique, économique et sociale était pyramidale, les riches et les puissants étant en haut, les pauvres en bas.

Le Royaume de Dieu, tel que Jésus le décrivait et le vivait, était structuré comme une table ouverte où tous étaient également bienvenus, pêcheurs du lac, prostituées, lépreux, mendiants, malades et paralysés. Le royaume de Dieu se présentait comme une alternative subversive à l'Empire de César.

Après plusieurs années d'activité, Jésus a été accusé de subversion contre l'État romain et crucifié à Jérusalem sur l'ordre du préfet romain Ponce Pilate, probablement aux environs de la Pâque juive et ses disciples ont compris sa mort comme étant une victime de l'Empire.

Patterson pense que cette compréhension de la mort de Jésus nous amène à prendre conscience des blocages que présente notre monde face au Royaume de Dieu.

 

Jésus comme martyr

Un martyr est celui dont la mort est un témoignage à la foule. L'histoire juive contient d'autres récits de héros demeurés fidèles à Dieu malgré la persécution et les menaces de mort de souverains étrangers et tyranniques. On les considérait comme « serviteurs souffrants de Dieu », « fidèles et justes à Dieu ».

Le monde hellénistique connaissait également les récits de ceux qui étaient morts « avec courage et indéfectible loyauté » pour une noble cause.

C'est dans cet esprit que les premiers disciples de Jésus considérèrent sa mort comme celle d'un martyr ayant volontairement accepté sa mort pour une noble cause.

Patterson comprend que « Jésus est mort en témoin du Royaume de Dieu qu'il faisait connaître par toutes ses paroles et ses actes » et dont il a montré que cet idéal méritait que l'on meure pur lui.

 

Jésus comme sacrifice

Les sacrifices étaient courants au temps de Jésus, aussi bien dans le monde juif que dans le monde hellénistique. On sacrifiait un animal comme offrande aux Dieux et comme repas convivial, signe d'unité dans une famille, une association, une cité et, finalement d'unité de l'Empire. Il pouvait même arriver dans l'Empire romain, qu'un humain soit également sacrifié lors d'une crise militaire, politique ou économique afin de rendre les Dieux favorables. Le sacrifice était même parfois volontaire en faveur du peuple. C'est ainsi que Jésus s'est sacrifié lui-même pour la cause du Royaume de Dieu.

L'auteur étudie la conception du sacrifice dans les lettres de Paul et l'évangile de Marc. Il considère que parler de sacrifice à propos de la mort de Jésus revient à dire que sa vie ne lui a pas été prise mais qu'il l'a offerte volontairement pour la cause du Royaume de Dieu et dans l'espoir que cette mort susciterait parmi ses disciples une communauté dévouée au même but qu'il avait poursuivi lui-même.

 

En conclusion, Patterson fait remarquer que la résurrection était une croyance répandue dans beaucoup d'anciennes religions et que nombre de prophètes, de martyrs et de héros étaient considérés comme ressuscités. L'annonce de la résurrection de Jésus n'avait donc rien d'unique. Dans la tradition juive, dire que Dieu avait ressuscité quelqu'un d'entre les morts signifiait que sa fidélité jusqu'à la mort avait été approuvée par Dieu.

Le problème des disciples de Jésus était de croire que Dieu ressusciterait Jésus d'entre les morts. Il était une victime, un martyr et avait sacrifié sa vie, mais il était né dans une famille humble et était mort comme un criminel. Il n'était personne. Patterson écrit : « Ce qui est remarquable dans la proclamation de la première Église est qu'elle annonçait la résurrection de Jésus et non pas celle de César ».

Patterson fait remarquer que les trois manières - victime, martyr, sacrifice - de comprendre la mort de Jésus, se réfèrent toutes trois à sa vie : « on a attaché de l'importance à sa mort parce qu'on attachait de l'importance à sa vie. On a parlé de sa mort d'une manière qui se référait à sa vie, à ses paroles et à ses actes. »

 La manière dont Patterson comprend la mort et la vie de Jésus présente de façon nouvelle la Bonne nouvelle du Royaume de Dieu que Jésus révélait par ses paroles et par ses actes. Elle invite à nous y engager à sa suite.

 

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