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pasteur Serge Soulié

 

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3 décembre 2020

Les distributions de nourriture sont de plus en plus nombreuses dans les villes et de plus en plus fréquentes dans les bourgs comptant moins de deux mille habitants. Les files d’attente sont de plus en plus longues. Les distributeurs craignent de ne plus pouvoir répondre à la demande. Les demandeurs peuvent se classer en trois catégories.

Notons tout d’abord ceux qui viennent pour un dépannage en raison de la situation du moment. A cause de la crise sanitaire ils ont perdu leur emploi, travaillent à temps partiel ou ne trouvent pas d’emploi y compris des emplois saisonniers. La baisse de leur revenu les met en difficulté y compris pour l’achat des provisions élémentaires. Ils se rendent au point de distribution à contre cœur. Ils préfèreraient travailler pour subvenir à tous leurs besoins. Parmi eux il y a des salariés mais aussi des commerçants et des artisans. Leur situation devrait s’arranger avec la fin de la crise sanitaire et la reprise de l’économie. Ils ne demandent qu’à travailler.

Dans la deuxième catégorie on trouve tous ceux pour qui l’aide alimentaire est un complément indispensable. Parmi eux des retraités aux petites pensions ne permettant pas d’assumer les dépenses incompressibles du quotidien comme les factures de chauffage, d’électricité, d’eau, produits d’hygiène , soins et parfois loyer. Il y a aussi les mères de famille seules avec enfants. Certaines ne peuvent même pas compter sur le paiement de la pension alimentaire du père des enfants. Ici l’aide alimentaire fait partie de la manière dont la société est organisée. C’est en quelque sorte un complément d’aide indispensable, reconnu et admis par l’administration. C’est un peu comme les allocations familiales versées régulièrement aux familles avec la différence que ce type d’aide alimentaire n’est pas automatique. Les ayant droit doivent la solliciter semaine après semaine. Ils se sentent parfois humiliés

Enfin viennent les personnes qui ne devraient pas être là et pour lesquelles cette aide, indispensable pour le moment afin d’éviter la faim, n’ouvre aucune fenêtre sur l’avenir. Ce sont des personnes qui n‘ont pas reçu ou intégré tout ce qui est indispensable à l’organisation de la vie. Le monde est pour elles un océan sur lequel elles sont naufragées sans qu’elles puissent entrevoir comment revenir au port. Matthieu et Marc dans leur évangile (ch.4 v 4) font dire à Jésus répondant au tentateur que « l’homme ne vivra pas de pain seulement ». Cette expression a été interprétée comme une invitation à entrer en religion. Pain et religion, tel était le menu que l’église proposait à l’humanité. Aujourd’hui, faudrait-il que la religion soit encore proposée à ceux qui viennent demander leur aide alimentaire ?

Il y a quelque temps, lors d’une conférence dans une ville où le protestantisme est significatif, le président de la diaconie, se fit violement interpeler par un auditeur qui lui reprochait de se servir de la pauvreté pour ramener des gens à l’église. « Si vous aidez les pauvres, disait-il, c’est pour les convertir, en faire des croyants et les amener dans l’église ». Dit autrement, l’église transformerait « l’aide aux autres » en évangélisation. La remarque était pertinente. L’auditeur semblait toutefois oublier que les partis politiques usent de ce type de procédé lorsqu’ils cherchent à s’implanter dans un lieu. Pire encore, ils ciblent les personnes à aider parce qu’ils cherchent à susciter un électorat en leur faveur. Les personnes âgées sont leur première cible y compris lorsqu’elles n’ont nul besoin d’être aidées. Il n’y a pas que les religions pour proposer des aides pour servir leurs intérêts.

Faut-il pour autant renoncer à éveiller les esprits qui sont dans l’incapacité de diriger la personne et lui permettre d’entrer dans sa pleine humanité. Lui donner seulement à manger n’est-ce pas la maintenir dans un cycle de consommation sans espérance ? N’est-ce pas encourager, les addictions, une certaine paresse et le confort de l’oisiveté ? Pour Confucius, quand un homme à faim, il vaut mieux lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. Ici apprendre à pêcher serait tenir en éveil une conscience qui n’a pas été sollicitée et rendre ainsi la liberté à celui qui n’a pas pu acquérir la force de sortir de l’enfermement dans lequel il a été placé. A la phrase « l’homme ne vivra pas de pain seulement »  Matthieu ajoute « mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Cette expression contient toute une thérapie. En effet c’est en plaçant la personne en difficulté dans le réseau de la parole humaine qu’elle rencontrera ce qui l’éveillera à la vie. Il ne s’agit plus ici de donner un sac de denrées alimentaires mais d’accompagner la personne par l’écoute de sa parole et l’énoncé d’une parole autre et à plusieurs voix, parole efficace parce que à propos. Cette dernière sera tributaire des compétences et du vécu de celui qui parle mais elle ne devra pas enfermer celui à qui elle s’adresse. Libéré de ses certitudes, de son ignorance, de ses addictions et de tout ce qui l’enchaîne, il pourra faire ses choix comme le faisaient ceux à qui Jésus rendait la liberté. Il ne leur disait pas « suivez-moi » mais « allez... ».

Pour conclure dans l’humour, nous dirons que tout l’art consiste ici à donner à manger sans oublier la boisson : l’eau vive.



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