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Évangélisation


 

pasteur Serge Soulié

 

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21 octobre 2020

Il y a des mots qui sans être réservés au domaine technique ne sont utilisés que par une catégorie de la population. C’est le cas du mot évangélisation. A quelques exceptions près et par quelques intellectuels seulement, ce mot n’est pas utilisé par les incroyants. Il est celui des croyants et plus particulièrement des chrétiens. Je l’ai toujours entendu au sein de l’église réformée dans les communautés locales comme dans les hautes sphères des autorités (synodes, conseil régional ou départemental). Les conseillers presbytéraux le remettent sur la table lorsqu’ils sont inquiets pour l’église locale parce qu’ils voient diminuer le nombre de présents aux cultes. Les trésoriers devant la baisse des offrandes et du nombre de cotisants en appellent à l’évangélisation.

Dans ces deux situations, l’évangélisation est comprise comme le moyen d’amener de nouvelles recrues à l’Église pour faire nombre et pour lui permettre d’exister encore. Les églises ne sont pas subventionnées. Leur fonctionnement doit être assuré par les cotisations des fidèles. Mais ne soyons ni négatifs, ni pessimistes, des églises se lancent dans l’évangélisation alors qu’elles vivent confortablement. Elles considèrent que leur mission est d’amener des gens au Christ. Croire en Lui est une bonne nouvelle qu’elles veulent partager avec le plus grand nombre. Si l’évangélisation ne peut se résumer qu’à être seulement un outil pour faire prendre aux sans Dieu le chemin de l’église ou, dans le meilleur des cas, conquérir et sauver des âmes, que peut-elle être d’autre ? Le plus simple serait de regarder aux faits et gestes de Jésus si nous le considérons comme le fondateur même de l’évangile. Tel n’a pas été le commencement du christianisme. Selon la tradition catholique, « Les évangiles ont été composés dans l’Église et pour l’Église. Elle les a reçus, approuvés et distingués... ». C’est clair, l’Église a existé avant les évangiles. Elle n’est pas fondée sur les quatre évangiles. Ceux-ci peuvent disparaitre, l’Église restera.

Pour rendre justice à la position catholique nous pouvons dire en effet que les textes fondateurs de l’Église se trouvent déjà dans les épitres écrites bien avant les évangiles. Ces derniers ont été produits au sein même des premières communautés confessantes constituées des premiers fidèles au Christ. Ces écrits sont d’ailleurs marqués par les croyances de ces premières communautés. On retrouve la trace de ces croyances en comparant l’Évangile de Marc, le premier écrit, à celui de Matthieu et Luc plus tardif. Dans le récit de la tempête apaisée Marc nous dit que les disciples interrogent Jésus : « Maître ne t’inquiètes-tu pas de ce que nous périssons » (Mc8/37), dans Matthieu c’est devenu une prière : « Seigneur sauve-nous, nous périssons ». (Math 8 /25). Comment ne pas penser à la prière de l’église ?

Il est difficile dans les évangiles de distinguer ce qui relève des confessions de foi de ce qui est purement factuel. Il en résulte que les faits, paroles et actes de Jésus non seulement passent au second plan mais encore ne sont connus qu’interprétés selon l’église. Il n’est pas exagéré de dire que du premier siècle jusqu’à aujourd’hui, l’Église catholique a continué et n’a cessé de transformer en doctrines, dogmes, rites et miracles la vie simple de Jésus faites d’actes et de paroles. Les apparitions mariales dès le XVIIIe siècle, ont pris la suite permettant la persistance du côté miraculeux de la foi. L’Église a fait de Jésus un Dieu et de Marie sa mère une quasi déesse selon l’expression « Marie mère de Dieu » à travers le dogme de l’Immaculée conception. Joseph a disparu dans la littérature comme dans l’art à partir du XIVe siècle. La réforme a voulu apporter un rectificatif à ce que nous appellerons des dérives sans pour autant réussir à remettre au tout premier plan les actes et les paroles de Jésus. Aujourd’hui, le protestantisme hésite à maintenir Jésus dans la sphère de l’humain.

Aujourd’hui, la compréhension des dogmes, doctrines, symboles et rites ne sont plus accessibles à nos contemporains. L’éthique de l’Église parait en inadéquation totale avec les connaissances actuelles et les possibilités offertes par la science. Le renouvellement de l’Église passera aussi par une reconsidération de la vie de Jésus telle que les quatre évangiles nous en parlent. Pas besoin d’être grand clerc pour découvrir combien le premier souci de Jésus est de libérer ceux qu’il rencontre, des fardeaux physique, mentaux ou spirituels. « Les boiteux marchent, les aveugles voient, les lépreux sont purifiés... » fait-il dire à Jean Baptiste. Vends tout ce que tu as recommande-t-il au jeune homme riche. Va et ne pêche plus dit-il à la femme adultère autrement dit, libère toi de ta passion. Jésus s’intéresse à la réalité de la vie. Il ne prêche ni doctrines ni dogmes. Il ne propose pas de rites. Il n’entraine pas à la synagogue. Il n’invite ni aux réunions de prière, ni aux offices, ni aux cérémonies.

Cette attitude de Jésus m’a interpelé tout au long de ma vie. L’Église a toujours été pour moi autre chose qu’un simple lieu de prière, qu’une répétition de rites et de dogmes, qu’une prédication cherchant l’adhésion à l’Église et à la religion. Le culte n’a jamais été l’activité centrale. Il participait au programme « pour une vie nouvelle » de tous ceux qui venaient vers nous. Les activités mises en place au cours de mes différents ministères exercés, visaient à libérer les gens de leurs chaînes à travers actes et paroles, les miennes comme les leurs. Elles avaient toutes la même importance.

Se libérer des addictions, des sentiments de solitude, des violences conjugales, des passions destructrices et rencontrer les autres pour retrouver une vie libre tel était le but de toutes ces activités. A ceci s’ajoutaient des activités d’ordre culturel et spirituel. Croyants comme incroyants participaient à ces activités. Certains faisaient un pas supplémentaire en s’engageant dans l’institution. Ils s’intéressaient à son animation et son fonctionnement. Certains, à mon grand étonnement, se disaient désormais protestants. D’autres participaient au culte qui se devait d’être interactif dans la liturgie comme dans la prédication. Un culte d’édification aurait peut-être dit Calvin ! Rien de rituel, rien d’un symbole dont plus personne ne déchiffre le sens. Mais une réflexion approfondie sur la croyance en général, la nature des religions, l’existence de Dieu et autres questions que nos contemporains se posent sans qu’elles soient abordées dans l’église.

Directeur d’un centre de santé pour malades alcooliques pendant douze ans, je ne voyais pas la différence avec ma fonction de pasteur exercée dans deux lieux différents pendant vingt-quatre ans. Dans les deux cas, le but était de permettre aux patients comme aux paroissiens de reconquérir la liberté sans cesse menacée au cours de la vie. Dans les deux cas des hommes et des femmes ont découvert combien Dieu est amour. Ils ont manifesté par la suite cette découverte par des choix différents d’église, de religion ou d’engagements humanistes. Pour moi telle est l’évangélisation.

Si l’Église veut s’émanciper du religieux qui semble s’emparer d’elle, si elle veut rester en contact avec la réalité de la vie, il lui faut regarder au Jésus actif des évangiles tout en ayant le courage de mettre au second plan les rites et les dogmes qui la rassurent. Autrement dit, l’inverse de ce qu’elle fait actuellement ! Elle combattra alors le religieux au profit de la Bonne Nouvelle.

 


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