Libre opinion
Jésus le prophète assassiné
toujours bâillonné...
Michel Leconte
psychologue clinicien
16 octobre 2020
Je vais sans doute choquer certaines personnes qui me suivent ou en irriter d’autres à cause de ce que je vais écrire. Mon propos nécessitera sans doute de plus amples développements ultérieurs.
Je ne crois pas que Jésus soit l’incarnation du Fils Éternel du Père. Je ne crois pas qu’il soit Dieu de quelque façon qu’on comprenne ce mot usé jusqu’à la corde. Jésus de Nazareth fut un homme et rien qu’un homme, un prophète sublime, mais un être profondément humain comme il n’y en a jamais eu.
Ce fut un homme qui laissa une forte impression à ceux qui le suivirent jusqu’à sa condamnation à mourir sur une croix romaine. Après un temps de désarroi, ses disciples se reprirent et réalisèrent qu’un tel homme n’avait pu être englouti définitivement par la mort, qu’il ne pouvait pas disparaître dans l’oubli. Certains de ses partisans appelèrent cette conviction intérieure « résurrection » en se référant à une croyance qui était partagée par beaucoup, les pharisiens notamment. Les mots grec employés signifiaient simplement relèvement, remise debout ou réveil.
Ce Jésus de Nazareth avait manifesté une liberté de parole et d’action véritablement extraordinaire. Jamais on n’avait vu une telle liberté chez un être humain. Ce qui était capital pour lui était de libérer la puissance de vie chez tous ceux qu’il rencontrait en guérissant, en accueillant ceux que la société réprouvait, pécheurs, adultères, prostituées, collecteurs d’impôts à la solde des romains ; il leur rendait leur dignité. Jésus apportait la possibilité de bonheur pour chacun et pour tous, au-delà de la malédiction, de la culpabilité, au-delà des classifications ethniques ou religieuses et des jugements humains. Jésus effectuait dans un monde rigide, étouffant, violent, une formidable ouverture par laquelle pouvait entrer un souffle de vie puissant. Jésus ne se laissait pas annexer par une caste de gens pieux, religieux et vertueux qui se pensent meilleurs que les autres. Le Dieu qu’il annonce n’est pas une récompense à la vertu, il se donne tout entier, sans préalable, avant même toute repentance, gratuitement. Cet homme n’hésitait pas à contester les puissants grands prêtres du Temple qui profitaient comme aujourd’hui encore de leur position pour s’enrichir sur le dos du peuple et des pauvres. C’est pourquoi cet homme se rendit rapidement insupportable aux yeux de ces prêtres qui se coalisèrent avec l’occupant romain pour l’abattre.
De tout cela naquit une religion avec un clergé semblable à celui du Temple et son système sacrificiel (quelle ironie !). Alors que le combat de Jésus visait un changement de mentalité dans le cadre de ce qu’il appelait le Royaume, un Royaume forcément à venir - l’état d’esprit des hommes ne peut pas changer du jour au lendemain - c’est une religion et son pesant appareil institutionnel qui se substitua à la praxis de l’homme de Nazareth. Cette religion, au lieu de poursuivre l’action libératrice de Jésus, l’offrît comme objet d’adoration et de prières en s’employant à émasculer radicalement sa parole de feu et son message désaliénant. On alla même jusqu’à enfermer son « corps » dans une sorte de coffre fermé à clef : quel symbole !
Alors me demanderez-vous, où est Dieu dans tout cela ? Eh bien, je vous l’avoue, je n’en sais trop rien. Le Dieu caché, transcendant, ne m’intéresse guère. Je me dis que Dieu étant l’être le plus grand qui soit pour les hommes de ce temps, il leur servit à exprimer et à confirmer leur admiration pour cet homme étonnant. Il est certain que sans son Dieu cet homme serait tombé dans l’oubli et la croix, comme l’a dit Ernest Renan, aurait été seulement « la fin d’un noble cœur ». Quant à moi, Jésus demeure le principe critique de tous ceux qui prétendent se réclamer de lui.
Retour vers Michel Leconte
Retour vers "libres
opinions"
Vos
commentaires et réactions