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Libre opinion


André Dumas


Habiter la vie

 


Stéphane Lavignotte


Ed. Labor et Fides
368 pages - 24 €

 

recension Gilles Castelnau

 

 

30 septembre 2020

Le pasteur André Dumas (1918-1996), professeur de philosophie et d’éthique à l’Institut protestant de théologie de Paris, était durant toutes les décennies de son enseignement, le représentant et la conscience de la pensée protestante dans une société qui se cherchait, en pleine évolution.

Dès lors qu’il était question du dialogue avec le marxisme, d’avortement, de contrôle des naissances, d’écologie, de mourir dans la dignité, de sexualité il était la grande voix incontournable qui éclairait le sujet d’une manière qui paraît alors évidente.
Sa pensée théologique était conservatrice – il était barthien – mais sa compréhension si humaine de la situation, l’empathie dont il faisait preuve à l’égard des diverses position en présence, la clarté de sa présentation des différentes manières d’aborder la question, faisaient de lui une référence respectée dans tous les milieux de pensée.

Lorsqu’une question se posait dans la grande presse, l’hebdomadaire protestant Réforme lui demandait un article explicatif qu’il écrivait volontiers et sans attendre. Celui-ci était généralement repris dans Le Monde. Paris-Match et même des journaux très populaires comme Détective faisaient appel à lui.

Rien de tout cela n’a été perdu. André Dumas ne jetait rien et ce sont 14 cartons d’articles de presse, de notes, de cahiers de réflexions qui ont été sauvegardés par le professeur Olivier Abel, son ami et successeur à la Faculté de théologie.

On peut être admiratif du travail considérable que le pasteur Stéphane Lavignotte a accompli en les examinant tous, l’un après l’autre, pour les recenser et les classer par catégories. Il en a tiré sa thèse de doctorat et nous en livre maintenant le contenu de manière analytique en 12 chapitres, précédés d’une grande introduction et d’une préface d’Olivier Abel.

En voici des extraits.


Introduction

page 28

Les religions ne peuvent plus s'imposer, elles se proposent à côté d'autres religions, entraînant un pluralisme qui laisse du choix aux individus.
[...]
il y a des croyances mais qui ne sont plus régulées par de grandes institutions. On voit ainsi des croyants sans appartenance (à une institution) ou des appartenances sans croyances (se dire catholique comme un repère sans croire en Dieu, par exemple). On ne va plus se confesser, mais on discute à n'en plus finir sur les réseaux sociaux de ses scrupules, les jeunes chrétiens, juifs et musulmans discutent sans fin sur des forums de ce qu'est être un bon croyant... Il y a moins de paroissiens, mais de plus en plus de livres sur la spiritualité et la recherche de soi dans les librairies. Il y a moins de fidèles dans les églises, mais les plus importantes organisations de jeunesse ou de solidarité sont chrétiennes et les Églises sont les organisations qui suscitent le plus d'investissements durables dans les associations, les syndicats, la politique.

À côté des « sans religions incroyants », il y a de plus en plus de « sans religions croyants ». D'après le Global index of religiosity and atbeism, sondage de l'institut WIN-Gallup International (2012), le nombre de personnes, au niveau mondial, se reconnaissant dans une religion est de 59 % contre 23 % de sans religion et 13 % d'athées. En France, ces chiffres sont de 37 % (croyants), 34 % (sans religions), 29 % (athées). Être identifié comme pasteur dans un milieu qui se croit sécularisé, c'est en permanence voir des personnes venir discuter du fait qu'ils ne croient pas en Dieu mais pensent qu’ « il y a quelque chose », croient « en la vie », se reconnaissent dans le message des évangiles, disent combien leur engagement, enfant ou adolescent, dans les Églises, les scouts, la Jeunesse ouvrière chrétienne les a construits..

 

 

Racines théologiques
d’un engagement incontournable

page 85

À la lecture des textes des interventions d'André Dumas dans les débats publics tout au long de sa vie, les termes et les thèmes de l'engagement et de la responsabilité sont ceux qui reviennent le plus, en particulier dans les débats sur l'avortement et la contraception. Engagement et responsabilité s'imposent à l'individu, comme dans la tribune d'André Dumas publiée par Le Monde en soutien à la loi Veil le 13 novembre 1974.

Quand il y a détresse, on peut toujours détourner la tête et le cœur pour se réfugier dans des principes. Mais, y a-t-il alors bonne nouvelle d'un Évangile ? On peut laisser d'autres prendre en charge ce dont on se détourne. Mais y a-t-il alors morale ou préservation de soi ?

Dans les définitions que donne Dumas de la morale au fil de ses textes, toujours proches et toujours variantes, la dimension d'engagement et de prise de responsabilité est rarement absente.

 

 

Dialogue avec le marxisme pour penser la foi dans le monde

 

Une conclusion malheureuse ?

page 137

Instruit par le vécu œcuménique, prémonitoire vis-à-vis de la future exclusion de Garaudy du Parti communiste, André Dumas s'interroge et pose l'un des gestes de son éthique, celui d'une empathie avec l'interlocuteur du débat avec qui l'on « cause » suffisamment longtemps pour réellement comprendre son point de vue :

Je ne sais pas comment évolueront les exégèses marxistes du vécu religieux. En ces temps de dialogues « œcuméniques », trop d'avancées affectueuses provoquent les raidissements doctrinaux, mais aussi trop de rigueur abstraite tue la reconnaissance loyale du vécu des « mouvements historiques ».
[...] Le dogmatisme consiste à s'en tenir aux théories, en refusant de vérifier si le vécu les corrobore ou les infirme. Le vécu à lui seul ne peut tenir lieu de théorie car il remettrait la conviction de vérité au critère de l'efficace ou du sympathique, c'est-à-dire du pragmatisme, ce qui peut à la rigueur convenir à une sociologie comparée des influences

 


Aux balbutiements de l’écologie

 

L’émerveillement devant la multiplicité de la création

page 144

Pour répondre à un scientifique qui s'appuie sur son éducation judéo-chrétienne (et le fameux « dominez la terre » de la Genèse) pour justifier ses expérimentations, le journaliste interroge un prêtre, un rabbin et André Dumas, comme pasteur. André Dumas est l'interlocuteur qui a le plus impressionné le journaliste de Paris Match : « Au vrai, de ces trois ecclésiastiques, c'est celui qui semble le plus intimement concerné par les souffrances animales. » Présenté comme professeur d'éthique, sa position est résumée par le journaliste par le mot « respect » :

« Il ne faut pas, dit-il, avoir peur d'être sentimental car cela empêche de demeurer sensible. » M. Dumas s'inquiète d'un excès de rationalité qui peut « enlever à l'homme la bonté qui seule le rapproche de Dieu ». Il cite le Sermon sur la Montagne : « La bonté paternelle de Dieu s'étend sur n'importe quel passereau. » L'important à ses yeux, est de ne pas « s'habituer » à la souffrance, de ne pas considérer les animaux comme de simples « mécaniques ».

 

 

Penser contraception et avortement
pour déjouer destin et détresse

 

Commencer par s’embarquer dans la complexité de la réalité

page 163

Cette position d'éthique ancrée dans la réalité - que nous qualifions d'embarquée - est encore plus forte dans le cas de l'avortement. Dumas met cette fois en avant chiffres et dureté de la réalité. Dans son premier article sur le sujet dans Réforme le 30 mai 1970, il cite des « chiffres impressionnants » des avortements : 30 millions dans le monde, 250 000 à 300 000 en France clandestins (il citera des chiffres deux fois supérieurs en 1973 lors d'une conférence devant SOS Amitié), 1000 morts de femmes par an, 75 % de cas de stérilité secondaire survenant suite à un avortement provoqué, presque 85 % sans le soutien ni d'un médecin, ni d'une infirmière, ni d'une sage-femme... Il débute son texte en présentant l'avortement comme une « pratique condamnée par l'opinion morale, réalisée dans de détestables conditions d'insalubrité thérapeutique, de clandestinité légale et de détresse psychologique, laissait les femmes en proie à une solitude désemparée. »

[...]

Permettez-moi de dire, la morale ne consiste pas tant à observer des principes abstraits et intangibles qu'à choisir dans des situations compliquées. Suivre une morale, ce n'est pas maintenir des principes en dehors de la vie, mais manifester des préférences à l'intérieur de cette vie. C'est du fait même de son caractère compliqué qu'un problème est moral. Il serait immoral s'il était le maintien d'un principe en dehors du réel. Il devient moral dans la mesure où, dans le réel, nous sommes contraints de choisir le moins mal et, pour ne pas être pessimiste, je dirais le meilleur dans une situation mauvaise

 

 

Fin de vie, le droit à habiter sa mort

 

Habiter sa mort plutôt qu’un droit à la mort

page 194

Une réflexion morale surgit quand il y a complexité, indécision et pourtant conscience que tous les choix ne sont pas équivalents, voire indifférents. [...] La morale s'interroge sur le meilleur au sein du relatif quand le meilleur n’est pas une évidence, parce que les sensibilités s'opposent et que les arguments s'entrechoquent à son propos.

[...]

On meurt mal

Il faut réfléchir à « une mort qui soit bonne » car « on meurt mal », dénonce-t-il en 1976 :

L'homme meurt mal, quand, envers et contre tout, les médecins triomphent à sa place des maux qu'il endure.
L'homme meurt mal, quand on fait de sa souffrance une possibilité purificatrice dont il ne faudrait pas le priver, ou même de sa conscience un seuil à ne jamais dépasser, j'irais jusqu'à dire une exigence à laquelle on l'exhorte à ne jamais renoncer, même quand pour sa part il sait que l'heure est venue de quitter sans s’acharner et de remettre sans retenir.
L’homme meurt mal, quand tous ceux qui l’entourent lui font devoir de refuser la mort et quand dès lors sa vie n’est vraiment plus ni bienfait, ni grâce, mais seulement devoir et fardeau.
C’est cet acharnement vitaliste qui empêche sans doute l’homme contemporain d’habiter sa mort après avoir habité sa vie.


 


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