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Critique du Christ dogmatique

 

 

Michel Leconte

 

16 septembre 2020

La christologie de Nicée a fait de Jésus le Fils Éternel de Dieu consubstantiel au Père au risque de tomber dans le docétisme ou le monophysisme selon lesquels Jésus serait Dieu descendu sur terre sous une simple apparence humaine ou que son humanité aurait été absorbée pas sa divinité. Nous savons que ces dérives sont fréquentes chez de nombreux croyants. Le concile de Chalcédoine a rappelé avec difficulté que Jésus était néanmoins vrai homme. Mais cette théologie métaphysique et abstraite a oublié la véritable condition historique de Jésus et son combat pour la libération concrète de ceux que le système religieux d’alors opprimaient : les exclus, les pécheurs, les femmes, les pauvres.

Plus proche de nous, R. Bultmann, pessimiste sur la possibilité d’accéder à l’histoire de Jésus, s’est concentré sur la croix et la résurrection comme jugement du monde et annonce de la grâce. Ces théologies ont ainsi supprimé le caractère subversif de la praxis de Jésus pour ne voir en lui que le modèle achevé de l’homme-Dieu auquel on rend un culte et qui désormais, par sa résurrection, siège à la « droite de Dieu », gage de notre béatitude future, ou bien, dans la pensée de Bultmann, une concentration exclusive sur le Christ mort et ressuscité. Ces théologies ont ainsi défait l’unité entre l’homme Jésus et le Christ ressuscité contrairement à l’intention des évangélistes.

De cette manière, le christianisme a perdu son pouvoir prophétique et messianique de contestation de l’ordre établi. Car la résurrection est d’abord le « oui » de Dieu à la pratique de Jésus, « oui » par lequel Dieu se révèle tel que Jésus l’a effectué durant son parcours historique terrestre. La résurrection de Jésus trouve sa raison dans le combat qu’il mena et dans ce qu’il fut historiquement. Pâques n’abolit pas l’histoire réelle de Jésus mais en révèle la portée. Le Seigneur glorifié est bien le Nazaréen qui compromettait Dieu en entendant le cri des exploités, des pauvres, des opprimés et des malades. « Le roi du ciel n’a pas de visage si ce n’est pas celui du Nazaréen » (E. Käsemann). Car pour savoir comment Dieu règne, il n’y a pas d’autre critère que la parole et l’action de Jésus de Nazareth.

« Historiquement, les croyants ont subtilement écarté la réalité terrestre de Jésus et donné priorité à leurs représentations culturelles de Dieu. La révélation de Dieu en Jésus Christ heurte profondément nos modes de pensée, nos instinct religieux, nos intérêts affectifs, pour qu’il n’ait pas été maintes fois détourné de son sens. [...] C’est en Jésus de Nazareth que nous apprenons qui est le Fils de Dieu, et par lui, qui est le Dieu des chrétiens. » (Ch. D


 

 


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